LA NOUVELLE-FRANCE, A L'ARRIVÉE DE FRONTENAC
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La Nouvelle-France, à l'arrivée de Frontenac
Du douze Septembre 1672.
...« Veu au Conseil les lettres patentes du Roy données à Versailles le scptiesme Auril dernier, signées, Louis, et sur le reply Par le Roy, Colbert et scellées du grand sceau de cire jauine, par lesquelles Sa Majesté auroit estably Gouuerneur et Lieutenant général en Canada, Acadye, Isle de Terreneufue et autres païs de la france septentrionalle, hault et puissant Seigneur
essire Louis de Buade frontenac Chevalier Comte de Palleau, Conseiller de- Sa dicte Majesté en ses Conseils; Ouy et ce requérant le Substitut du procureur général. Le Conseil a ordonné et ordonne que les dictes lettres seront registrées au pres d'iceluy, pour estre exécutées selon eur forme et teneur.
Cour CELLES. TALON.
Jugements et délibérations du Conseil Lane r Seul de la Nouvelle-France, vol. 1, P. 689.
Le vicomte Annibal de la Taillandière, gentilhomme de la maison de monsieur le gouverneur, Louis de Buade, comte de Palhuau et de Frontenac, écrit à sa tante et marraine, la duchesse d'Orée, à Saint-Germain. !
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De Québec, en la Nouvelle-France, ce novembre 1672.
Belle Duchesse, ma tante :
Voulez-vous faire le plus merveilleux voyage qui se puisse? Îl en coûtera, je vous le promets, peu de dérangements à votre beauté. Vous en aurez, je vous l'assure, moins de fatigues que pour aller en calèche de Saint-Germain à Pontoise: ou même en chaise à porteur, de votre hôtel à Paris jusqu'aux Feuillants ou aux Minimes, ? lorsque vous vous y rendez accomplir vos dévotions.
Vous dites qu'oui, Duchesse ?
Alors, dans votre bergère de tapisserie rose, au coin de la cheminée de votre petit salon, ou dans la grande salle, sous la garde tutélaire des portraits d'illustres, qui surmontent les lambris,oyez l'odyssée de votre filleul et suivez-le dans la Nouvelle- France, en lisant son vélin.
L'été dernier, quittant Saint-Germain où j'étais allé prendre congé du Roy, de la Cour et aussi vous embrasser Marraine, je fus à Paris, comme un
tourbillon, préparer mon paquet; et de ce lieu au port d'embarquement.
J'y devais retrouver Monsieur le comte de Frontenac, aux fins de faire voile vers ce pays.
Comme je voyageais en coche, brûlant les étapes, et lui, ainsi qu'il convient à un grand seigneur, à petites journées, en :arrosse, avec plusieurs chevaux-Ce-bats® portant ses effets, je le rcjoignis bientôt en route, et en compagnie de sa suite, atteignis le havre d'ancrage de nos nefs.
Le lendemain, au point du jour, notre vaisseau battant pavillon fleurdelisé levait l'ancre et tournait Sa proue vers le Nouveau-Monde, vent en poupe, suivi de l'escadre vice-royale.
Les nombreuses semaines de la traversée qui s'écoulèrent après, furent assez monotones; la brise nous étant tour à tour propice, puis contraire ou languissante. Que n'ai-je pu franchir l'océan, pour venir en ce pays de la Nouvelle-France, à la façon du héros de Monsieur Cyrano de Bergerac, qui y fut transporté celeriter, par l'azur,4 en un jour.
Hormis quelques forbans-flibustiers que nous croisâmes en haute mer et que nous prîmes pour des navires hollandais, auxquels nous donnâmes en vain la chasse, nous n'eûmes que peu de divertissements.
Par bonheur. j'avais fait chez Barbin, 5 force emplettes de livres, qui m'aidèrent à supporter l'ennui du voyage et à attendre le bon piaisir d'Eole, despote des zéphyrs.
Enfin, nous fûmes au début de septembre, devant Québec; notre destination.
Ah Duchesse ! qui n'a point vu la splendeur sylvestre de cette contrée et la majesté des flots de la grande rivière de Saint-Laurent, qui n'a point considéré l'aspect toujours changeant des bords qui la contiennent, n'a pas vu de nature aussi enchanteresse.
Je ne puis vous dire, Marraine, l'excès d'agrément que me donna le spectacle de cr ives, sans cesse renouvelées.
Depuis l'estuaire du golfe, jusqu'à la ville de Québec, ce ne sont que rochers abrupts, promon-
toires altiers, hauts de plusieurs centaines de piques, plaines ou plateaux panachés de sauvages et gigantesques futaies, aux puissants rameaux.
Si canamus sylvae, sylvae sint consulae dignae» disait Virgile. Si nous chantons les forêts, encore faut-il qu'elles en soient dignes !
Quand je vous prise les magnifiques grandeurs de celles de la Nouvelle-France, Marraine jolie, c'est qu'elles méritent, sans réserve, d'attirer les beaux yeux et la noble attention d'une grande duchesse.
Les bois luxuriants, aux feuillages de couleurs diverses en cette saison, donnent à la vue le tableau le plus exubérant qui soit et récompensent avec usure des contretemps fâcheux de la traversée trop lente, de même que de la mauvaise humeur d'Amphitrite et de Neptune, à la conque sonore.
Monsieur le gouverneur de Frontenac en fut puissamment touché.
Quelques jours après que notre nef eut mouillé dans le havre de Québec, il nous dit, parlant de la sereine altitude du cap Diamant, où se trouve établi le bourg : « Rien ne m'a paru si beau et si magnifique que la situation de la ville de Québec, qui
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ne pourrait être mieux poslée, quand elle devrait devenir un jour la capitale d'un grand empire ». ‘ Et nous pensâmes comme lui, Marraine jolie.
Quant à moi, j'opine beaucoup de bien pour la colonie, de cette impression spontanée de Monsieur de Fronteac.
Au reste, vous savez, Duchesse, quel air de grand seigneur et qu'elle volonté Monsieur le comte porte, avec ses cinquante deux années. On dirait une altesse. Têtebleu ! il est aussi alerte de son esprit et vigoureux de son corps, qu'à vingt ans.
Aussi bien, je voudre.s que vous l'eussiez pu voir, quelques jours après l'enregistrement de ses lettres et provisions au Conseil Souverain (ce qui fut le 12 de septembre dernier 1672), je voudrais que vous l'eussiez pu voir, commencer la tournée de son nouveau gouvernement.
Il n'y eut rien que son œil ne voulut considérer et son doigt toucher. Il visitait les établissements des bourgs et ceux de leurs environs, parlait avec les religieux, se renseignait auprès des trañquants, des colons, des coureurs des bois et des sauvages.
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C'est alors, que je fis avec lui et quelques gen. tilshommes, d'interminables vuyages, en de frêles embarcations d'écorces, dont Monsieur le gouverneur, ami des magnificences, s'accommode bien peu. C'est une chose à quoi il ne s’habitue point. Il trouve indigne du représentant de notre auguste monarque, d'être contraint de voyager, tapi au fond d'un canot, lui, accoutumé aux équipages somptueux, aux gabarres royales et autres navires des flottes de Sa Majesté.
Enfin, Québec n'est ni Paris ni Versailles ni Saint-Germain, et cette neuve contrée n'est pas la France encore. Mais tel qui se veut reposer du bruit de la Cour et s'en distraire un temps, le peut
faire ici, à son saoûl, honnêtement.
Au cours de ces pérégrinations, nous nous convainquîimes bientôt, que l'élan donné par nos prédécesseurs et surtout par Monsieur l'intendant Talon, homme fort averti, a déjà produit ses résultats féconds: et autorise l'entretien des plus beaux espoirs, pour cette France nouvelle.
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pierrotées pour les citadins, un hôpital, un séminaire, une église paroissiale, un monastère de moines
Récollets, arrivés il y a deux ans (1670), ? de plus, un collège de Jésuites, où il y a plusieurs élèves, et