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Mais au fait, je voulais vous écrire une lettre, Duchesse, et je vous baille un tome. Il me faut donc interrompre mon grimoire, si je veux vous le faire tenir, par l'ultime navire de l'automne, qui fait voile demain, pour l'Europe.
Mandez-moi de vos nouvelles, par les premiers vaisseaux qui lèveront.l'ancre, pour venir vers nous, au printemps prochain.
Je vous rendrais mille grâces, bonne Marraine, si par cette voie, vous me faisiez tenir aussi les premiers numéros du Mercure de France, *! dont Visé a commencé la publication cette année (1672). J'y lirai avec transport, les faits et gestes de la Cour, les beaux usages, les belles manières et les plaisirs des personnes de qualité; enfin, de tout le bel air de Paris.
Et surtout, ne manquez pas de m'envoyer le Dictionnaire de l'Académie. Je sais qu'avant mon départ, on en était rendu à la lettre S, et que Monsieur de Colbert désireux de voir se terminer cette œuvre, pour la plus grande gloire de nrtre maître à tous, en pousse l'achèvement. Il a confié m a-
t-on dit, à Monsieur de Mézeray, l” ” Nuarante, d'y veiller. D'ailleurs, il est ra: vie qu'on le finisse, ayant été commencé par Chapelain, je crois, qui en donna la conception et l'idée, vers l'année 1634, quand le cardinal-duc de Richelieu fonda l'Académie.
Je tiens ces détails du chancelier Séguier, protecteur de cette noble compagnie des Quarante, qui siège en son hôtel.
Et sivous me demandez, Duchesse, qu'elle mouche me pique de vous parler de tout cela, je vous prierai d'avoir souvenance, que votre filleul a été couronné, pour un essai au concours de l'Académie et qu'il a eu les honneurs de la publication chez le libraire Pierre Le Petit, dans le tome paru l'an dernier (1671), sous le titre de : Recueil de quelques pièces de proses si de vers, proposées bar l'Académie.
Je vous dirai en sus: que je ne sais rien de plus beau, pour un gentilhomme, après le service de son Dieu, de son Roy ec de sa Dame, que d'être l'un des Quarante. ‘?
Donc, aimable Marraine, que par vos bonnes grâces, j'aie le Dictionnaire, s'il vous plait.
Faites que j'aie aussi les deux livres de Madame de La Fayette, que je veux relire, à savoir : Zaïde et la Princesse de Montpensier. Cela me reposera des aventures extravagantes du héros de Mademoiselle de Scudery, ce grand bénêt de Cyrus, de même que des récits du Sieur de Gomberville et de toutes leurs fades bagatelles. En attendant, je relirai l'Astrée.
Ecrivez-moi comment se portent mes parents et la petite marquise, qui habite en son hôtel de la rue Saint-Louis, près de celui de Monsieur de Turenne. Ah l" friponne ! Chaque fois que je la voyais à Paris, j'avais toujours envie de lui dire comme le Mascarille de Molière, à sa Madelon :
... Oh ! Oh ! je r'y prenais pas garde.
Tandis que sans songer à mal, je vous regarde,
Votre oeil en tapinois, me dérobe mon coeur.
O voleur ! O voleur ! O voleur ! O voleur !
Mille compliments à Madame de La Fayette et à Monsieur de La Rochefoucauld, de même qu'à Madame de Frontenac, à son amie Mademoiselle d'Outrelaise et aussi à tous les commensaux de l'Arsenal, 4 qui habitent avec elles.
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Mes hommages à Madame la maréchale d'Humières et à ma tante l'abbesse.
Mes saluts au vidame.
Je vous embrasse, de toute mon âme, et je baise les mains de ma belle cousine Clorinde.
Croyez au surplus, noble Duchesse, ma tante et ma marraine, que d'ici, par delà les mers, toute la Nouvelle-France vous salue, avec
Votre respectueux gentilhomme de la maison de Monsieur le gc:.verneur, le comte de Frontenac, en la Nouvelle- France.
Annibal de la TAILLANDIÈRE.
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NOTES ET PIÈCES JUSTIFiCATIVES
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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
1 Saint-Germain-en-Laye: petite ville près de Pariscéièbre par son château. Louis XIV s'y plaisait particulière; ment et y tenait souvent sa Cour.
? Les Feuillants : ordre de religieux, fondé près de Toulouse, par l'abbé Jean de la Barrière. Un couvent de cet ordre s'établit à Paris, dès 1587 et subsista, jusqu'en 1691, alors que cette communauté fut abolie.
Les Minimes : ordre fondé par saint François de Paule, en 1437. Ilexiste encore, notamment en Italie, des couvents de ces religieux.
Ces deux communautés paraissent avoir eu des églises fort fréquentées, par le beau mor.de de Paris: si l'on en juge par ce qu'écrit La Bruyère, dans ses Caractères, au chapitre: De la ville. « Narcisse..., va tous les jours fort régulièrement à la belle messe aux Feuillants ou aux Minimes. »
3 Chevaux chargés de fardeaux. Pour parer aux inconvénients du manque de literie dans les auberges, les personnes de qualité, surtout les grandes dames, en voyage, emportaient ainsi avec elles leurs matelas et leurs garnitures de lit.
“ CYRANO DE BERGERAC, dans son Voyage dans la lune, raconte l'aventure imaginaire d'un homme enlevé dans l'espace, par le moyen de fioles remplies de rosée, soumise à l'action attirante du soleil, et qui choit sur la terre, en la Nouvelle- France, au lieu de tomber dans la lune. Il n'entre pas dans le cadre de cette note, l'expliquer par quel phénomène et comment, enduit de moelle de bœuf, il repart du milieu même de la place de Kébec, encore en l'air et en route pour la lune... Comme Cyrano de Bergerac est mort, en 1655, ses œuvres étaient connues et lues, en 1672. Voir : CYRANO DE BER- GERAC, Voyage dans la lune, pp. 214 et suiv. au tome I de ses ‘Euvres Comiques.
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LA NOUVELLE-FRANCE... ail
5 Claude BARBIN : libraire établi à Paris, dès 1654, où il mourut, en 1703. La Bruyère le mentionne, au chapitre : De la ville, de ses Caractères; et Boileau fait de même au cours de son Lutrin. Il a édité un grand nombre d'écrivains de la fin du 17ème siècle.
8 C'est en ces propres termes, que Frontenac écrit de Québec, au ministre en France, dans une lettre datée du 2 novembre 1672. Voir : FERLAND. Cours d'histoire du Canada. Seconde partie, p. 88.
1 Abbé Auguste GossELiN. — L'Eglise du Canada, de Mgr de Laval à la conquête. Première partie, p. 83.
8 Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement, jusqu'à nos jours, tome Î[, pp. 17, 59, 89, 150, 170, 199.
9 Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement, jusqu'à nos jours, tome I, p. 344.
elations des Jésuites, de 1672, pp. 57 et suivantes. Abbé H.-R. CASGRAIN. — Oeuvres complètes, tome IIT, Marie de L'Incarnation, pp. 421 et suivantes.
9 Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement, jusqu'à nos jours, tome Î, p. 344.
Relations des Jésuites, de 1672, pp. 57 et suivantes.
Abbé H.-R. CAsGRAIN. — Oeuvres complètes, tome III, PP. 432, 433.
11 DoLLier DE Casson. — Histoire du Montréal; au chapitre : De l'année 1671, à l'automne 1672.
12 (F ILLON). — Vie de ia Sœur Bourgeoys, fondatrice de la Congi.gation de Notre-Dame de Ville-Marie, tome I, p. 95, (congrégation externe); pp. 218 et suivantes, (lettres patentes). V. aussi : Histoire de la colonie française en Canada, tome II, p. 284-5-6, (première école).
13 Pièces de bois hérissées de pointes, qui servent de moyens de défense.
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14 Voir : note 18, p. 158.
15 (FAILLON). — Histoire de la colonie française en Canada, tome III, p. 380. Voir : note 0, DOS.
16 (FAILLON). — Histoire de La colonie française en Canada, tome ÎI, pp. 186 et 192.
17 Voir : Les premièrcs rues de Ville-Marie, pp. 195 et suivantes du présent volume.
13 L'abbé Fénelon qui séjournait alors à Ville-Marie, était le demi-frère du François de Salignac de la Mothc-Fénclon, le futur auteur du Télémaque, etc., qui avait, en 1072, vingt et un ans.
1° «...veuve... de Claude de Bullion, surintendant c'es
Frnces, que la mort de son mari laissait maîtresse de grands iens. »
Histoire de la colonie française en Canada, tome 1, P. 413.
30 C'est l'adresse que la sœur Bourgeoys donne, dans un écrit, relatant une visite qu'elle fit à M. de Maisonneuve, à Paris, en 1670. Nous savons aussi, que c est là qu'il mourut, en 1676.
Consulter: Histoire de la colonie française en Canada, tome HI, pp. 114 et 116.
31 Ces bourgs furent incorporés dans la seign urie des Islets, dont le seigneur Talon fut, en 1671, créé baron par
uis ;
Thomas CHAPAIS. — Jean Talon, intendant de la Nouvelle- France, p. 451 et p. 452.
Voir aussi: PARKMAN.— Old régime in Canada, vol. II, D37.
22 Il est intéressant de citer à ce propos, un passage de DoLLiEr DE CASsoN. «...Première réflection sur l'avantage que les femmes ont eu en ce lieu par dessus les hommes, qui est, encore que les froids soient fort sains pour l'un et pour l'autre sexe, qu il l'est incomparablement davantage pour le féminin, FR, s'y trouve quasi immortel, c'est ce que tout le monde a remarqué FAR = naissance de cette habitation et que moi-même j'ai remarqué depuis six ans, car encore qu'il
Le ici bien 14 ou 15 cents âmes, il n'y est mort qu'une seule emme depuis les six années dernières... »
DoLLIER DE CASSON. — Histoire du Montr'al (de l'année 1671 jusqu'à l'automne 1672).
73 « Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre qu'il y ayt eu 700 enfans baptisez l'année dernière et mesme de l'advis que M. l'évesque de Pétrée luy a donné qu'il y en auroit 1100 cette année; mais elle auroit désiré d'estre informée du nombre des mariages qui se sont faicts. .. »
(Lettre du Ministre à Talon) du 4 juin 1672. Collection de manuscrits de la Nouvelle-France, vol. I, p. 223.
‘ 24 « Le recensement de 1673, donne six mille sept cent cinq mes...»
\Peniamin SULTF. — Histoire des Canadiens-Français, tome ND 423.
35 Lire: le récit détaillé de ce voyage, tel que rapporté aux Relations des Jésuites, de l'année 1671-1672, seconde partie, chapitre VI, pp. 42 et suivantes.
26 Voir: Louis Jolliet par E. GAGNON, PP. 49 et suivantes; 66 et suivantes.
27 Voir: lettre de M. de Frontenac au Ministre, datée à c, le 9 novembre 1672. Collection de manuscrits de La Nouvelle-France, vol. I, p. 225.
38 « M. Talon ne s'y trouva pes, estant un peu indisposé ». Extrait de la lettre de Frontenac au Ministre, en date du 9 novembre 1672; déjà citée.
29 « Était-ce une indisposition diplomatique ? » se demande son éminent historien Thomas CaApais. « Nous inclinons à le croire », continue-t-il, « car deux jours plus tard, il assistait à une séance du Conseil...» Effectivement. le ministre adressa à Frontenac, cette discrète admonition : «il est bon que vous observiez. .. que nos rois ont estimé du bien de leur service depuis longtemps, de ne point assembler les étatsgénéraux de leur royaume... étant bon que chacun parle pour soi et que personne ne parle pour tous. »
Thomas CHAPAIS, Jean Talon, intendant de la Nouvelle- France, p. 435.
30 L'intendant Talon, arrivé en la Nouvelle-France à l'automne de 1665, y séjourna d'abord, jusqu'à l'automne de 1668, alors qu'il s'embarqua pour l'Europe. De retour à Québec, au mois d'août 1670, il continua son office d'intendant jusqu'à l'automne de 1672; époque à laquelle il quitta Québec, pour toujours. [Il mourut, à Paris, en 1664. ,
51 Nous avertissons le lecteur que ce diner que nous pouvons supposer assez vraisemblable, au départ d'un personnage comme Talon, n'en est pas moins une reconstruction d'histoire. L'ordonnance du menu, est celle d'un grand repas de gala du XVIIe siècle. (Voir : la Grande Encyclopédie, tome 28ème, p. 433.) On remarquera cependant, que dans la composition de ce menu, saufs les vins de France et les fruits secs importés, tout ce que nous y avons mis : viandes, légumes, poissons et fruits, est de provenance canadienne. Il eut été facile pour le gouverneur de Frontenac, qui aimait l'apparat et le décorum, d'en composer un semblable.
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3:21 On peut lire tous les noms de ces conseillers, procureur et secrétaire, aux procès-verbaux des /ugements et délibérations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, pour l'année 16712; notamment, : les 12 et 17 septembre et les 24 et 31 octobre. Consulter: vol. I, pp. 689 et suivantes
33 Bossuet, alors évêque de Condom.
34 Mascaron: fameux prédicateur français, qui venait d'être l'année précédente, 1671, nommé évêque de Tulle.
35 Louis XIV était alors en guerre avec les Pays-Bas, et les événements dont il est ici écrits, s'étaient accomplis au mois de juin 1672. Voir: Louis XIV et son temps par A. GABOURG, P. 122.
Voir aussi:la partie du discours de Frontenac à ce propos, au Conseil, à vol. I, p. 690, des Jugements et délibérations du Conseil Souverain, de la Nouvelle-France.
se SERGINES, dans les Annales Politiques et Littéraires,
(no du 12 janvier 1913) donne une nomenclature d'ouvrages
anciens, traitant des moyens de conserver la santé, la jeu-
nesse et la beauté, et parmi ceux-là, les deux que nous citons,
à savoir : ceux de Jean LiÉBAUT (1534) et de BoDEAU DE
pose (1666). On peut y lire aussi, quelques formules de ut.
#7 Instrument de musique ancien, qui avait la forne d'une très longue mandoline.
+9 Une lettre de madame de Sévigné, datée de Paris, le 16 mars 1672, contient en effect une critique de cette pièce de Racine.
Lire aussi: ce qu'elle écrit au sujet de Bajazet, dans d'au-, tres lettres, en date des 13 et 15 janvier de la même année. Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, re-, cueillies et annotées par M. MonNMERQUÉ, de l'Institut, tome II, pp. 533, 463, 468.
*° Actrices célèbres de l'époque.
40 « Ayez une vue du Canada, comme d'un bien qui n'est plus à portée, M. de Frontenac en est le possesseur ». écrit madame de Sévigné à sa fille, qui avait espéré ce poste de gcuverneur, pour le comte, de rs son mari. is, en guise de consolation madame de Sévigné ajoute : «C'est une triste chose que d'habiter un nouveau monde et de quitter celui que l'on connaît et que l'on aime... »
Voir : Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, recueillies et annotées par M. MONMERQUÉ, de l'Institut. Lettre du 6 avril 1672, tome III, p. 7.
41 Ce journal qui subsista un commencement du
19ème siècle, publiait les nouvelles de cours, des historiettes p
et des anecdotes.
«2 Ces particularités, sur l'Académie, ses concours et le Dictionnaire, nous les avons cueillies dans une série d'articles Carre sous le titre général de : Autour de l'Académie, par
rédéric Masson, dans Les Annales politiques et littéraires; numéros du 28 juillet au 22 septembre 1912.
43 Autrefois, la résidence du Grand maître de l'Artillerie, qui avait la faculté de mettre à la disposition de qui il voulait, un certain nombre d'appartements qu'elle contenait. Madame de Frontenac, avec son amie mademoiselle d'Outrelaise, en avaient obtenu un. On sait que ce monument est aujourd'hui devenu la Bibliothèque de l'Arsenal.
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