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sence de Monsieur de Pétrée, l'évêque, qui est en Frence.
Ensuite, venaient les membres du Conseil Souverain, à savoir : les Sieurs de Tilly, d'Amours, de la Tesserie, du Pont et du Mouchy.
Là aussi:le substitut du procureur du Roy, Monsieur de Laubinière et le greffier du Conseil, Monsieur Peuvret e Menu. ?
Enfin, à une autre table: des officiers de la garnison, des gentilshommes de la maison du go iverneur ct quelques autres convives.
Et, pendant qu'auprès de Monsieur de Frontenac, à sa table, l'on discourait des sermons de Monsieur de Condom ##, de ceux de Monsieur de Tulle 34 ou du Père Bourdaloue, qu'on y parlait du Roy, de la guerre de Hollande, des victoires et de la prise par le Roy, de Orsoi, de Burick par Turenne, de Wesel par Condé, puis, des prises aussi de Rimberge, de Emerick, du passage du Rhin par les troupes *5 ou encore que l'on discutait sur la traite de l'eau-de-ie, pendant dis-je qu'on agitait ces choses à la table de notre amphytriun, nous, de notre côté, nous faisions grande bombance et des projets pour
la soirée, afin de mitiger toutes ces rigueurs ; ce qui réussit pleinement, comme vous l'allez voir, Duchesse.
Avant que de laisser la salle du festin, l'on but sur l'invitation du gouverneur, à la santé du Roy, de la Reyne et de Monseigneur le Duuphin. Alors, Monsieur Talon proposa une coupe, en l'honneur de Monsieur de Frontenac. Monsieur le comte lui répondit et fit mille compliments à Monsieur l'évêque absent, aux représentants du clergé, à Monsieur l'intendant, aux membres du Conseil, auxquels il associa toute la Nouvelle-France. Enfin, queiqu'un à notre table, ayant proposé de boire à notre santé, on lui fit voir et entendre, qu'ayant vu à je santé de tous, nous n'avions nul besoin qu'on but à la nô:.e, vu que nous nous portions bien. Oh ! oui, nous nous portions très bien.
Sur cette joyeuseté, nous cessämes de festoyer. Il était huit heures.
Les religieux prirent congé du gouverneur, et nous passâmes dans une salle voisine, où nous fimes quelques parties de hoca, de brelan et de reversi.
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Dans l'intervalle, les dames des membres du Conseil et force autre compagnie priée pour la soirée, avec de gentes demoiselles, toutes en beaux atours, étaient arrivées.
Bientôt, quatre violons que nous proposâmes de faire jouer et que nous envoyâmes quérir, firent leur entrée, avec trois soldats, joueurs de Aûte de musette et de hautbois. Tous crûrent que cette harmonie était de hasard, bien que nous ayions engagé les musiciens à l'avance, dans la journée.
Cette façon d'impromptu parut délicieuse. Aux sons de ces instruments et d'une épinette qu'une dame voulut bien toucher, nous exécutâmes des passe-pieds, des gavottes et des menuets merveilleux; tout comme chez le Roy. Aussi, j'estime que le Sieur Beauchamp, maître de danse de Sa Majesté, n'eut point désavoué la mesure si bien ordonnée de nos pas ni l'honnête isance de nos mouvements si bien cadensés. Enfin, belle Duchesse, ma tante, de voir les demoiselles si joliettes et en atours si beaux, de même que les gentils'iommes, cavaliers si gracieux et si galants, on se fut cru à Marly ou à Saint-Germain. Mais il y a plus. Au milieu
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de la soirée, le plaisir nous gagnant et peut-être aussi quelque bon enchanteur follet nous y poussant, nous dansâmes des bourrées, des sarabandes et des tambourins exquis, en même temps que les plus joyeux du monde.
Au reste, les jouvencelles d'ici, sont faites de gentillesses, de grâces et d'attraits. Que dis-je ? Par la sambleu ! plusieurs pourraient rendre jalouses et en peine, les plus enviées de toutes, à la Cour. C'est à faire croire, qu'elles passent ieurs jours, à lire le Traité de l'embellissement de Jean Liébaut, ou le Secret d'être toujours belle du sire Bodeau de Somaise.** Enfin, Duchesse ma tante, ces dames sont de celles dont on dit : que les fées ont du souffler dessus: tout comme sur vous, Marraine jolie.
Et pour finir, au gré de tous, notredivertissement, nous chantâmes à ia ronde, force chansons de France. Quand vint mon tour, je fis entendre, m'accompagnant d'une angélique, *? l'ariette de la Princesse d'Élide (paroles de Molière, musique de Monsieur Lully), qui commence par ces mots :
Usez mieux 6 beautés fières, Du pouvoir de tout charmer !...
et aussi un madrigal, dont j'avais moi-même fait la mélodie, sur les pe ‘es de Ronsard :
Comment en vous quittant, Adieu pourrais-je dire ?
J'y songe à peine Hélas, Que déjà je me pâme !
Aussi bien, Duchesse, nous n'eûmes point de dérangement, ce soir-là, excepté celui de voir se terminer trop tôt, un amusement si galant.
Comme vous le voyez, ma noble tante, cette Nouvelle-France que votre imagination a peut-être peuplée: de moi:s, de religieux et de religieuses austèrces, de chasseurs, de trafiquants, de colons et surtout de farouches et sanguinaires sauvages, a bien aussi ses agréments.
Ce bal plut puissamment à Monsieur le gouverneur, qui se propose de le recommencer bientôt.
Mais au lieu d'un festin, nous débuterons par une action de théâtre. Peut-être une pièce de Monsieur Corneille où quelque comédie de Molière.
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Au fait, pourquoi pas Bajazet de Monsieur Racine, qui eut tant de succès à Paris, lorsque la pièce y fut représentée pour la première fois, en janvier dernier (1672).
Quoiqu'en pense la marquise de Sévigné, Bajazet est une belle œuvre. ?°
Nous aurons sans doute de la peine, à remplacer a Champmélée ou la DesŒillets, 3° pour le rôle de Roxalane, mais nous essaierons. D'ailleurs, comme le dit Monsieur Jean de La Fontaine, dans ce petit livre de fables qu'il y a quatre ans, il publia, et que j'ai relu pendant la traversée, avec une joie extrème : «C'est Le fond qui manque le moins.» J'avais aussi pensé à Psyché, que Molière avec les collaborations de Corneille et de Quinault, fit représenter au printemps (1672), à Paris, mais à cause de la musique de Monsieur Lully, à plusieurs scènes, cette action serait trop ardue, à mettre en Œuvre.
Mais, ce ne sont là, Duchesse, que des projets; et nous verrons.
Parlant et à propos de la bonne marquise de Sévigné, saviez vous, ma tante, qu'on avait pensé
en certain milieu, à Monsieur de Grignan, son gendre, comme gouverneur de cette contrée de la Nouvelle- France, au lieu et place du noble Sieur Louis de Buade, comte de Palhuau et de Frontenac ? 4° Pourquoi celui-ci et point Monsieur de Grignan ? Je l'ignore... On dit cependant, que Sa Majesté n'était pas marri d'accorder la préférence à Monsieur de Frontenac et de voir s'éloigner de la Cour, ce gentilhomme si grand seigneur, dont les façons n'eurent pas toujours le résultat de lui plaire. On dit encore, sous le couvert, que le noble comte n'était pas non plus trop contrarié, de prendre congé d'une épouse, dont la volonté ne s'efforçait
pas uniquement d'aller de pair avec son vouloir à lui.
Moi qui ne sais rien de science certaine, je ne dis rien.
Au surplus, si l'occurrence vous intéresse, parlez-en avec Monsieur de Pomponne. Ce ministre de Sa Majesté doit savoir bien des secrets. Etant d'ailleurs préposé aux Affaires étrangères, il ne doit être étranger à rien.
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