‹ Au cœur de la vieChapitre 8 sur 8 · TERRITET · texte numérisé non relu

TERRITET

1er après lui. Le lac avait captivé le cœur et les sens de l'impératrice d'Autriche... Il lui avait lait abandonner son palais de Corfou; il devait l'attirer jusque dans la mort... mais dans une mort douce et sans douleur... c'est en allant vers lui qu'elle a été frappée... oh! les beaux romans que font les dieux nos maîtres! Ell« aurait voulu, sans doute, dormir sur sa rive 1 éternel sommeil... le caveau impérial l'a réclamée et, par une touchante pensée, on a placé sa statue dans le cimetière de Territet. Comme aucun caveau impérial ne me réclamera, j'espère pouvoir reposer dans ce doux cimetière au milieu des exilés, des déracinés, des errants, des oubliés et là... vraiment, je ne serai jamais tout à fait morte.

Ce n'est pas seulement le lac qui me donne son âme de printemps, mais c'est Territet et ses environs. La neige a disparu des sommets, les pentes des collines sont fleuries, les champs sont blancs de narcisses et de muguets et les oiseaux chantent éperdument. C'est dans ce renouveau, en présence de cette beauté, que j'ai voulu écrire les dernières pages de ce volume... les dernières pages! hélas!... j'en suis là! Je peux à peine le croire et j'en ai un gros chagrin... J'y ai travaillé deux ans et demi... un an seulement la plume à la main... Combien de temps l'ai-je portai Combien de temps la Nature y a-t-elle travaillé... elle? Voilà ce qu'aucun auteur ne pourra jamais savoir.

Au Cœur de la Vie... Un petit frisson me vient, maintenant, en songeant à la belle inconscience dont ce titre témoigne. Des légions d'êtres humains ont tenté celte exploration. Les uns en ont rapporté la conscience de leur immortalité, les autres la sensation

dn néant. Je suis partie, moi aussi. J'ai pris, non pas un chemin céleste et imaginaire, mais un chemin bien terrestre, cehiioùron rencontre la demeure de l'homme et le nid de l'oiseau, où l'on rencontre la douleur et la joie, le bien et le mal, oii l'on naît, où l'on aime et ou Fon meurt. ïluber, un peintre genevois du xvni"^ siècle, a écrit ceci : « Si l'on fixait, par exemple, de manière à rester visibles, tous les tours et tous les détours que tracent dans les airs les oiseaux de proie et SI l'on copiait exactement ces caractères, on pourrait dire que l'on possède un manuscrit de main divine, » La Terre m'est apparue comme un manuscrit divin. Les romans, les drames, les comédies qui s'y déroulent comme autant de manuscrits que les dieux écrivent et que l'homme vit. J'ai essayé d'en déchiffrer quelquesuns avec mon œil objectif. En voyant le merveilleux tissage des événements, le groupement des individus, l'étroit enchaînement des choses, l'ironie, l'humour iont témoignent certaines coïncidences — coïncidences que l'homme attribue sottement au hasard — je me suis dit de nouveau que la Providence était le plus incompris des auteurs... et il m'est arrivé de la plaindre comme si elle était un confrère... beaucoup plus sincèrement je crois. Ce qu'elle fait est toujours plus fort que ce que l'on peut lire. ïl y a de la naïveté à s'en étonner... Au bout du chemin que j'ai suivi, j'ai trouvé la certitude de notre continuité et de notre devenir. J'ai compris que nous étions travaillés par la radio-activité de l'Eternel Dieu, comme l'alumine est travaillée dans les entrailles de la terre par la radio-activité de certaines substances, et je crois que, comme elles, nous serons transmués en « pierres précieuses ».

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Je n'ai pas pénétré bien avant « Au Cœur de la Vie ». Nombre d'explorateurs sont partis pour le pôle nord et pour le pôle sud, ils n'y sont pas arrivés non plus, mais... ils sont partis!... Il faut toujours partir... là est le mérite. D'autres, puis d'autres encore, reprendront la tâcbe inachevée et, dans le triomphe de celui qui atteindra le but, il y aura le triomphe de tous ceux qui auront tenté l'aventure. Dans la gloire dg celui qui verra Dieu, il y aura la gloire de tous ceux qui l'auront cherché... car ici bas, ailleurs, dans l'Uni- Aers entier, tout s'enchaîne, tout se tient et, comme l'a dit merveilleusement Francis Thompson, le poète philosophe anglais :

On ne peut toucher une fleur Sans troubler une étoile.

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