‹ Au coin du feu (volume 3)Chapitre 26 sur 30 · LÈS DÉSIRS · texte numérisé non relu

LÈS DÉSIRS

Antoine Lireux, fermier des Jonchères, était debout devant sa maison, dont il examinait la toiture de chaume avec un air soucieux.

— Vlà déjà la mousse qui a regarni le faite, murmurait-il ; la verdure va gagner partout, et les greniers redeviendront humides comme des caves ; mais ceux de la Aille trouvent que c'est bien toujours assez bon pour des paysans.

— Qu'appelez-vous ceux de la ville, mon cher ? demanda une voix derrière lui.

Le fermier retourna brusquement la tète, et se trouva en face du propriétaire, M. Favrol, qui arrivait et avait entendu sa réflexion chagrine. Il salua d'un air un peu déconcerté.

— Je ne savais pas not' maître là, dit-il, sans répondre à la question de son interlocuteur.

— Mais vous pensiez à lui, n'est-il pas vrai ? répliqua M. Favrol en souriant. Je vois que vous serez toujours le même, mon pauvre Antoine, ne voyant dans les rosiers que les épines et dans la vie que les ennuis.

Lireux hocha la tête.

— Notre maître parle à son aise, dit-il sourdement, lui qui est assez riche pour faire tout ce qui lui plait.

— Parce qu'il me plaît de ne fai're que ce que je puis, fit observer le propriétaire; mais limiter ses souhaits selon ses forces est une règle de conduite qu'on a peut-être oublié de mettre dans votre catéchisme.

— Aurait mieux valu ne pas oublier de mettre dans ma poche un bon contrat de rente, répliqua le paysan. Faut pas non plus reprocher trop fort aux pauvres gens leurs désirs, parce qu'ils n'ont pas moyen de les contenter. Il me semble qu'on peut bien, sans trop fatiguer Le bon Dieu, demander un toit qui laisse couler l'eau et n'attire pas la vermine, comme ce chaume maudit.

— C'est-à-dire que vous revenez toujours à votre idée d'avoir une couverture en tuiles ?

— Si bien que si j'étais moins gueux je la ferais faire

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