MICHEL LÉVY FRÈRES, ÉDITEURS
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A LA LIBRAIHIE NOUVELLE
*870 Drolti de reprodacUon et de traductioa r«fer*«i
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AU LECTEIJB
En debors âes enseignements directs qui nous viennent de l'expémnce, il en est d'autres doDirimagination fait tous les frais. L'homme ne s'éclaire point seulement par ce qu'il a vu, mais par ce qu'il a su{>posé, et les fables ne donnent pas mmns de leçons que ta réalité.
Les peintures idéales de la vie, désignées, seloD les peuples et les époques, par les noms d'apoioérues, de poëmes, de romans, sont toujours' entrées pour une part importante dans l'in^rucUon des races. Au moyen âge, les fabliaux galants et chevaleresques, répétés aux veillées, complétaient rédticatioo des (sciiliisliom-
i AU LECTEUR.
mes et des dnmoiselles ; on y donnait en action la soIdtien de tous tes problèmes de sentimentalité ou de chevalerie alors soulevés; on habituait les écrits, par des exemples imaginaires, & reconnaître ce qu'ils d^ vaient préférer ; on faisait enfin concourir l'élément romanesque à cette éducation domestique des flmes, la seule qui persiste à travers les entraînements do la vie, et constitue l'esprit d'une nation.
De nos jours, où l'imprimerie s'est substituée è la tradition orale et est devenue la véritable institutrice des générations, la presse continue, sous une autre forme et pour d'autres desseins, le rMe des ménestrels du moyen âge ; c'est h elle que la famille demande les récits romanesques qui raccourcissent les heures de loisir. Ces lectures faites sons les tonnelles aux dernières lueurs du soleil couchant, ou au coin du feu pendant les longues soirées d'hiver, sont devenues, en même temps, une habitude et un tien. Grâce è c^e nouiriture commune, les intelligences grandissent ensemble et acquièrent, pour ainsi dire, le même tempérament. A force de s'associer dans le rêve, on s'accoutume k s'associer dans la réalité.
AU ticnirk.
Iivll, IMUl écOotioM qi
Qaa TOI» lUu loat bmnt, u
Dont Motion* i'alInnsT ea b
En prsDUit en eomman ca doux repu dM ftuM i
Htsw* pliura, mima lii, mt[neipeBHri1...Alori
Parmi nooi ■'«^balaient de mirreillanz Mcordii
El, vibrant dam noa leint i la mAme Modaue,
Lb lyn loUrtoiK fierait m toIi douM 1
0ht «ooiBM l'on t'aimait dana te» mIti d'abandonl
Qaandiltninitanipaa, kaplaurt'nndMiliibon!
Uon, mon flii, noa taon n'avalent qn'ono raclas,
DeloaarDiualli&entaJe UTala rorigloe,
Et, nom tanant la miia, dam la monde Idéal
■a mardiioai lanjoun d'an pu jgal (I).
Alors même que la diRérence des natures ne permet point aux lectures communes d'opérer cette fusion, du moins la lumière se fait pour tous ; la variété des sensations révèle le caractère de chacun ; ou peut se pénétrer réciproquement, se mieux coonaitre, et, par suite, éviter des chocs douloureux.
Mais le choix des livres est difficile ! Cette lecture en famille donne à l'œuvre je ne sais quel caractère offieiel ; c'est un acte de magistrature domesUque dont la responsabilité incombe au chef de famille et exige nue grande prudence. Puis, l'âme humaine a ses tyrannies et sa pudeur. Tel volume, qui nous charme on nous émeut quand nous le lisons tout bas, perdra son prix si nous l'entendons lire E Tant6t c'est un parfum
(I) Ua SmKtt» OR FiBiLLE tMagatn piUtraqm, année 18», p. tM}.
subtil qui ne peut £tre respiré que dans la sirïitude, tantôt des sentiments qui nous remuent assez profondcment pour que le regard des tiers nous embarrasse, tantôt des images trop vives pour être facilement contemplées à plusieurs. L'intimité domestique a ellemême ses réserves, elle ne permet guère de lire que ce qu'elle permettrait de raconter. La brièveté des loi- , sirs communs exige, en outre, de courts récits ; on aime A se séparer sur une impression complétée, que cbacun emporte comme un tttème pour ses réflexions. La lecture des longues œuvres est difficilement achevée, ou entraîne h des empiétements sur les devoirs* et alors l'idéal, au lieu d'agrandir le réel, finit par le dévorer.
Quant à la nature même des romans ordinaires, elle s'oppose encore plus aux lectures de famille. Tandis que quelques auteurs refont Amadù de Gaule et ne sortent ni des grandes passions, ni des grandes aventures, ni des grands coups d'épée ; que d'autres, attentif au monde véritable, mais obligés de réveiller A tout prix des curiosités blasées, vont chercher dans l'exception des tableaux qui salassent; les plus pai»< sants entrent au cœur même de l'homme et delà société, dont ils nous dévoilent les sombres profondeurs I
AC ISCTEUB. T
Pour tous, il y a sans doute une raison d'être; mais quelque jugement que l'on porte sur leurs créations* au moins faut-il reconnaître qu'elles ne répondent pas au tMSoin que nous avons constaté plus baut. Au-dessous de ces grands drames, il reste le drame familier; loindecesrenomméesbruyantesqul fatiguent la presse, t'bumble réputation qui ne chercbe point à ft'ancbir le cercle domestique: à celles-là de briller, A celle-ci d'être aimée t
Les récits qui suivent ne sont qu'an essai, mais peut-être donneront-ils l'éveil. Parmi tant de charmants conteurs, dont l'accent se fausse un peu à crier dans la foule, il en est peut-être qui se lasseront enfin de ce tumulte qu'on appelle de la célébrité ; ils viendront s'asseoir sous le toit domestique, et, baissant la • Toix au ton de la vérité, Us nous feront entendre quelques-uns de ces récits éternellement toucbants, parce qu'ils sont éternellement sincères. Alors l'auteur des Romani de Famille se taira sans regret pour laisser la parole à de plus dignes «t reprendre sa place parmi les auditeurs.