MON TEMOIGNAGE
Octobre. — le viens de traverser une phase singulièro et qui D'était pas sans danger pour ma santé morale. Je m'évertuais à tromper les autres et moi-même, à entrete- Dir une illusion dont je savais pourtant la fausseté, l» croirùt-onT il me plaisait de me traiter et de me voir trmter en malade. Comme la maladie est un accident, ud étal transitoire, un visiteur qui traverse notre logis et dod un commensal qui demeure avec nous, j'aimais qu'on me parlât de ma maladie, je me laissais entretenir de convalescence, j'écoutais, sans protester, le mot de guérison... J'ai enfln secoué et rejeté loin de moi cette tentation d'un faux amour-propre. Non, je ne suis pas malade ; les promesses que l'on me lait parce que je les ù sollicitées sont àes flatteries ; les potions qu'on me donne sont des boissons de gourmet ; ce que j'éprouve n'eX pas de la malar die, c'est de l'af^blissement; tranchons le mot, c'est de l'infirmité. Ma chute m'a fait Mm bien du chemin ; j'ai descendu une pente que je ne remonterai plus.
Chose étonnante I depuis quej'ai reconnu franchement ma situation devant moi-même et devant les autres, je m'y suis accUmaté sans peine, je n'ai pas tardé à m'y trouver à l'aise ; depuis que j'ai renoncé à me cramponner à l'illusion et que j'ai mis pied k terre sur le sol ferme de la réalité, j'ai retrouvé le repos et le bien-être. Il semble que la nature soit jalouse de notre confiance ; elle attend que nous nous soyons abandonnés à elle pour nous accueillir et nous découvrir les ressources qu'elle nous tenait en réserve. On se fait à tout, dit la sagesse vulgaire;
LE DERKIEBE ETAPS. .137
sons cette Térité il y a bien des mystères qtie nous ne ' savons pas voir, bien des gr&ces dont nous devrions âtre reconnaissants; où nous ne voyons qu'une résignation d'habitude, dont nous ne savons gré qu'à la fatalité on à Dous-mémes, il y a une dispensation préméditée, une largesse de la Providence.
Je me rappelle avoir autrefois roApu plus d'âne lance en l'honneur de l'&ge où je suis aujourd'hui, et qui est certainement la phase la pins décriée de toute la vie. Je prenais sa défense , en m'appnyant sur le raisonnement «t aussi poussé par une sorte de foi instiDctive. 11 me semblait qu'aucun Age, qu'aucun moment de l'existence ne pouvait être absolument dépouillé de toute signification, de toute raison d'être, et par conséquent de tout bonheur. Hais on m'objectait mon inexpérience, les illusions généreuses de la jeunesse, la vanité des théories que dément la réalité, et l'on me mettait sous les yeux une imposante collection d'exemples bien faits, je l'avoue, pour me déconcerler, et qui en effet ne me laissaient pas sans quelque trouble.
Aujourd'hui, on ne récusera pas ma compétence; les cheveux blancs que j'aperçois là-bas, en face de moi, dans la glace, sont décidément des titres incontestables k la maturité du jugement et de l'expérience ; mon opinion est plus qu'une opinion , c'est un témoignage. J'y suis , . dans cette décadence si réprouvée ; m'y voilà descendu , au fond de cet abîme si noir; et nul ne peut me contester le droit de crier à ceux qui en mesurent de loin les sinistres profondeurs avec eStoi : — Rassurez-vous, approchez sans crainte ; ce n'est pas si affreux que vous vous le Sgurez ; il y a de l'air, il y fût jour, on y voit clair, on y respire I
Ce D'est pas que je songe k nier les privations qu'im-
SM BODTEnntS DTDR VrifLLAIlD.
jmat le vieMeMe, q«e Je niate de recoBoaMK Iw^paBw
qu'il teHt Mibif. Si eltei snt ènâMM» paarven qiâ icK
ebBerrent, ettes M te aoat jpas wmo» jinriiie» q^em
■ooffre. Oui, les fow»ii«a>MM'Mias: OBBMMSt ■'€■
coBrifloteNS-ie pM, BM qû, cbaqae-nutw, pMrftâft
quelques pas dans ma chambre, k bewiB Ai aeewara-A
BqittrttrMw aeMs'AmiiiBt et d— s mtÉaMt, nit,
je n» saarai» dln ts OD>tnii«, qnasA him- , t^^èsarair
épuisé Mum les pains de hiKelle»4f|aréts Atm mmM~
rOBs, j'ai été (^igé dwebûeliRipar Rwfar la Mto9*
iM nie, et j'ii cteisi é« iriértirTiiiMféciWB aaglite
qw'iaitratoia.j'MwiÉi be»a>a{ii. Je' m aMMMai p«»'É»-
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IMM redouter ée viuMcr, l'aBHNiuHMM â»fearitte^
r«^rit ; j'aceonto q/m la net
f ea ai faftl'oqtériaa» yar—i niOwettairn
•t si l'on yréttad (fm llDtdligaice déoaltnaati , .
prit k oMer eMUreavr ovfBii*; ai je ti
aMi9crire,ie J6ni»te9nBngrà;mrtsBnéB«aaÉlé... T«ià
certes bien des ruines ; mais je les i^MdBKfn. oait Ma»-
quille, caraa ailiKi éegevnôe» qwlqfaechoBa nste
debout; ail ndàn deca&di
■absists; «t cttfÊti^oàeimÊtrtNstim»
l'Orne; ce qaàqÊei^tm,dtat\%
qu tout sottférdB, je di» ^astoat oIibb^T
A présent, je ne ma twa djaperifà «wbm hwaHiUi; je ne UisserBi pas rriaiaier la Tiiitbanii ; kisii-faaniâ aecat4é par V&ge, ansâ àbfOwM, jneaidéfrlÉI cp» iM détracteurs de la vieiUesse aiBCRni-à Itis^pBMC, je 4ii' due que je me aeatirak laéseiDiàns aam f p»fisessi«a de la aature hnmaise, aaisi<ci et de bonheur, que les plus rlcbemeut doués des w do cai2»«tdflresyrit.^{>MuqHS'B0diiiiH'pMJDa
LA DERNtËltE ETAPE. UO
pensée tout cnliÈre T Je ne veax pas décourager les jeunes de leur jeunesse , les torts de leur force , dégoûter les intelligents de lein-inlelligence,— j'aurais tort, et d'aillear» je n'j parviendrais pas ; — mais j'estime que Je n'ai riea à regretter de cette parure extérieure de la vie/qui attire nos yeux éblouis à la surface, non au fond de nou^ mêmes, et que, loin d'être désliénlé. Je ma trouve en de plus avantageuses conditions. Me rappelant dans queSes. chimères décevantes le sentiment do mes forces m'a autrefois égaré, dans quelles ambitions foHes, ennemies de la Térilé et de ta paix, des facultés assez satisfaisantes ou plutôt satisfaites d'eiles-mSmes jetaient mon orgueil, comment me pkindrais-je de n'aroir plus maintenant que de quoi connaître tes vrais biens et les îûmerT Sentant que la vie de l'&me est la vraie vie, la joie de l'&me la vraie joie, comment ne me fëlîciterais-je pas d'être délivré du reste et d'en être réduit à mon îmeT Je proteste contre cette comparaison que l'on a caatume de faire de la vie avec une montagne dont, à peine est-on monté «u sommet, il Auit descendre le versant ; con^taraison désespérante, qui ne laisserait pas un seul moment de IxanquiHité à ceux qui la répètent, s'ils y croyaient. Non; la vie ressemble il l'échelle de Jacob, qui sort de terre et ne redescend pas ; âiaque échelon domine le précédent; chaque pas ^ve^ on monte, on monte encore, on monte toujours.
U y a cependant. Il est impossible de le nier, des vieiflesses dont l'aspect, loin d'encourager, ne peut inspirer que la tristesse et la pitié. Leurs propres plaintes ne non» soDflnnent que trop te malheureux dénùment dont elle» sont affligées. Mais je soutiens que ce n'est pas la vieillesse èlle-mérae qull en fautaccuser; c'est la jeunesse, c'est rSge* mûr. Quand l'automne est stérile, c'est la faute du printemps et de l'été. Comment ceox qui ont éloaBè oa
tiO SOUVENIRS D'DN VIEILLARD,
labsé s'éteindre ce qui seul était fécond et durable èo eux, ce qui devùt être impérissable, ne se trouveraient-ils pas dépourvus, désoles, quand ils viennent à perdre ce qui ne leur ét£ut donné que pour un temps , ce qui était sujet à s'user et à se détruire t Impatients d'exploiter l'beure présente, n'accordant de réalité qu'aux choses visibles et palpables, ils n'ont cultivée» eux que les facultés subalternes et passagères, instruments de i'&me, comme les muscles sont les instruments du corps, et ils ont laissé l'&me ellemême , le foyer de notre vie , le soufQe même de Dieu , périr de langueur et d'inanition. Mais vous qui avez eu souci dq la dignité de votre nature, pour qui les mots de justice et de devoir n'ont pas été de vains sons , qui avez mis au-dessus des jouissances vulgaires les joies de la conscience, vouspouTezTleiltirsanscrainte. Quand même votre esprit ne saurait plus enchaîner ses idées avec une aussi exacte rigueur, quand même votre mémoire aurait perdu les souvenirsqui la peuplaient, vous n'en aurez pas moins votre vie Intacte, complète, au centre de votre être. Comme vos manifestations extérieures auront diminué, comme vous ferez moins de mouvement et de bruit, le monde, qui ne voit que la surface, déclarera que l'anéantissement vous gagne ; mais vous saurez bien qu'il se trompe. Si vos yeux se sont fermés au jour, une lumière intérieure brillera au dedans de vous , et celle-là ne s'éteindra pas. Si les sons du dehors n'éveillent plus votre Attention, vous aurez au fond de vous-même une voix retentissante , une parole joyeuse qui jamais ne tarira. Et ainsi, au moment même oii peut-être le monde vous plaindra , loin d'envier les autres ou de regretter votre passé , vous remercierez votre vieillesse et lui rendrez ce boa témoignage, que jamais vous n'aviez goûté une paix si pure, une rirénité si profonde et si assurée.
LA DEItNIËRE ÉTAPE.
DEItNIÈnES PENSÉES.
Novembre. — Il est temps de mettre fin à ce jonmal ; mes yeux et ma main me refusent leur service, et me forcent à leur donner un congé définitif; d'ailleurs mon histoire, non-seulement celle de mes actions, mais celle même de ma vie intérieure, est maintenant terminée. Mon esprit a jeté l'ancre dans une pensée unique, invariable et inépuisable à la fois ; elle me fait l'effet d'une vaste mer, toujours la même, et cependant toujours nouvelle par son immensité et le mouvement incessamment varié de son onde.
Cette pensée est celle de la mort; elle s'est faite ma compagne assidue : il est rare que je m'endorme le soir sans qu'elle plane au-dessus de mon chevet, que je rouvre les yeux le matin sans qu'elle vienne visiter mon réveil ; il n'est pas de jour où elle ne se présente devant moi à l'improviste, au milieu d'un chemin qui ne semblait pas devoir me conduire vers elle. Tout ce que je vois finir, le soleil qui secouche, le jour qui décroît, mon foyer qui s'éteint, la rappelle bien vite auprès de moi, s'il lui arrive de m'oublier trop longtemps.
Du reste, je ne cherche pas à l'éviter. Même avant d'avoir sérieusement pensé à la mort, je n'ai jamais formé le vœu de la retarder, non plus que de l'avancer, d'un siîul jour. Par nature autant que par principe. Je me suis toujours appliqué is. régler le pas de mes désirs sur celui de ma destinée, h. conformer le mieux possible mes volontés & l'ordre souverain qui régit toutes choses, et
que j'accepte avec la conviction instinctive de sa sagesse et de sa bonté. J'ai trouvé dans cette méthode, ou, poar être plus modeste et plas vnû, dans cette tendance, un guide excellent qui m'a condnït conune par ia main aux moments critiques de ma vie, un soutien qui m'a po-,-ié dans les pas diScUes, et m'a sans doute évité bien des luttes aussi inutiles que fatigantes.
Aujourd'hui ce n'est plus seulement k mon parti pris de paisible résignation qje je dots de ne pas redouter la mort. J'ai fait en quelque sorte conoaissance avec elle, el sans en être encore à ce point de fomiliarité de la considérer comme uae intime amie que j'appelle de tous mes vœux, je suis persuadé qu'elle ne me veut pas de mal ; si je ne cours pas k sa rencontre, du moins je m'avance vers elle sans crainte, je puis même dire avec une «crête
Pauvre mort I de quelle ingrate (oncti^ elle est chargée, et qu'elle a de peine à se réhabiliter, k se faire comprendre parmi les hommes 1 II est vrai qu'an premier abord, r^parente destruction dont elle seioble l'implacable ministre la revêt d'un caractère formidabia ; mais un examen plus attentif perce ces terribles dehors ^ nons rassure en nous découvrant sa nature véritable. IL en est d'elle comme de ces sombres alchimistes du moyen Âge dont le peuple redoutait les sortilèges meurtriers, et qui o'étaieat au fond que des serviteurs de la scieoce et des adorateurs des lois divines.
Kon, la mort u'a mission de rien détruire, et le mot d'anéantissement, dont on la qualifie, dont même on lui &U un synonyme, est un de ces sobriquets injurieux que ie vulgaire, comme pour se venger, jette aux inconous quilui en imposent. 11 me suffit de l'interroger attentivement pour m'en convaincre ; je n'ai besoin que d'un peu
jde clairvoyance pour désouvrir en elle, an lieu d'une iBUvre cruelle et aveugle dcat toutes les larmes du moada ne parviendraient pas k épuiser la tristesse, une merveille àe préro^auce, un ahime .de fécondité : ce m'est un vit plaisir d'y plonger ma pensée, bien que je ne puisse en sonder les boEds ; d'arrêter mon regard sur un étce quelconque, le premier qui s'offre à. moi, le brin d'herbe ou l'insecte qui campe à mes pieds, et de aûvxe son histoire ; ii voir, ausignal mystérieui du ilaltce invisible, les élè* menls qui le composaieut, non se détruire, mais se tranfifonner, nandispaiatre, mais .s'échapper pour aller aulce part, l'oD à deux pas, l'autreJi mille lieues, remplir une bDCtÎDn nouvelle; chacuD d'eux, voiture sur l'aile an yeai, par la^goutle de rosée, dans Les vagues de l'océan, .se tendre an poste^ui lui estaasigné, se fixer mais pour Fepartic, repartir mais pour se fixer encore, ne jamais échouer sur l'écueil de la mort que pour y reprendre son élan, et parcourir ainsi, sous toutes les formes, tous Iss sentiers du tourbillon qui constitue notre monde. Non, jamais de destruction, toujours des métamorphoses ; aucune Ûn.qul ne soit un commenoemenL Rien ne se perd, nen n'eet maudit ; toule chose qui tombe, tombe dans les hras d'un ange iuvtsJMfi qui le recueille et l'emporte quelque pact.
Je ne puis donc avoir aucuue inquiétude sur l'avenir de mon être corporel; je sais que tout ce qui le constitue, jusqu'au plus imperceptible atome, est emprisonné k jamais dans cette admirable et féconde création où un râle lui sera toujours réservé. L'humanité, les forêts, les troupeaux, les ruisseaux des vallées, les Beiges des montagnes, le réclameront toujours. Il aura toujours sa plaee assurée au festin éternel de la vie, sa note .à chanter dans le concert uoiverseL
Tranquille sar la destinée de mon corps, de la partie de mon être dont j'eusse pourtant sans répugnance fait le sacrifice, comment ne le serais-je pas sur celle de mon esprit? Ici j'avoue que la nature ne me fournit aucunes preuves palpables, que l'iiistoire des âmes n'est pas écrite en caractères visibles pour nos yeux; mais je déclare en même temps qne je n'en ressens aucun trouble. Je me passe môme volontiers des raisonnements les mieux fondés de la plus solide philosophie. Je crois à l'immortalité de mon imc, parce que j'en ai lacônscience, cette science toute faite, qui n'attend pas les conclusions des dialecticiens pour proclamer sa certitude. J'ai une foi instinctive que ce don magnifique, ce don divin que j'ai reçu de pouvoir dire mot, de me connaître moi-même, de vivre et de sentir ma vie, d'y coopérer par l'assentiment joyeux de ma volonté, ne me sera pas retiré. Il est vrai que je n'en sais pas plus; mais n'est-ce pas assez, n'est-ce pas tout? Mourir, ce n'est donc autre chose que partir et changer de patrie. Oh I quel voyage et quelle destination! Traverser, avec la conscience de soi-même, les espaces incommensurables de l'univers I rouler dans le torrent des êtres, pour devenir une nouvelle créature I aller, avec le consentement d'une volonté librement soumise, se placer soi-même, matière intelligente, entre les mains de l'Ouvrier divin I A cette perspective, j'éprouve un sentiment indéfinissable : c'est une sorte d'attente solennelle, traversée par des tressaillements de joie. J'éprouve ce que doit éprouver un voyageur prêt à s'embarquer pour l'Orient ; il aime encore le rivage natal qu'il presse d'un pas tremblant, et il aime néanmoins d'avance la belle contrée dont il pressent les splendeurs; rempli d'attendrissement, mais aussi d'espérance, il tient son œil fixé sur l'océan immense qui se déroule devant lui, et qui vient
LA DERMËRB ËTAPE. US déjit baigner ses pieds sur là plage, comme pour l'avertir et le solliciter
Se peut-il qu'avec l'idée de plus en plus sereine que je me fais de la mort, je sois encore sujet par moments fi de si tristes impresslousl Cette nuit particulièrement, comme je ne pouvais dormir, d'insurmontables appréhensions se sont emparées de mon cœur. Je me représentais avec amertume, presque avecefiroi, l'isolement de ma dernière heure : II me faudrait, à ce moment suprême du départ, ne m'appuyer que sur moi-même, n'entendrt que ma propre respiration dans un silence glacé ; je n'aurais pas, pour me consoler et me fortifier, les témoignages de tendresse, les adieux de mes enfants I
Hais ces pénibles impressions se sont dissipées d'ellesmêmes avec l'obscurité de ta nuit, et ont fait place à des sentiments plus justes et meilleurs. Loin de savoir gré h mon cœur d'une senaibiUté dont j'étais seul l'objet, je reconnais que j'étais simplement victime d'une de ces dispositions malsaines dont notre faiblesse est la source; je cédais k ce besoin de se prendre en pitié, de pleurer sur soi-même, auquel nous assujettit la susceptibiUté maladive de notre égoîsme.
Oui, les choses sont bien comme elles sont, et me fût-il permis de les changer, je crois que je m'en abstiendrais, je n'ai jamais aimé, au moment de partir en voyage, à m'entourer de mes parents ni de mes amis. L'heure des adieux, avec son attente anxieuse, ses larmes contenues, ses soupirs éCoufFés, n'inspire pas seulement la tristesse légitime de la séparation, elle oppresse, elle suffoque, elle déchire les fibres du cœur. Combien la mort, avec son lugubre appareil, n'est-elie pas mieux faite encore pour troubler! Semblable & ces fées des légendes, qui Toilaient sous des haillons repoussants leur jeunesse et
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4e ma coBfaskmmffliientaDée. Eïst-ce ià (te l'orj^iRil'T j'ai OBBSciefieeiqiie aeo; c'esl la dignité de l'âlpe bnnain qne ■je avÈB k beieàa de sauvegarder en moi. LoiU'àem'opposer à la oature, je ae fais que céder à l'impulsiM t^'ttiB jn'iBçmne «llB-xnAme. 11 7 a des benreB oA elle n'aisoe im& & se laisEer eurpiEiidre, il 7 a des se^en ()ii'irileTeait«eréBerver,et.c'estponr celaqu'eMe7ré]t8iiâ -qiidqae oboa» cle futèhre. Tontes tes crépines, même -tos|Éiis hiuiides, eenlilmt.c(Hnpnnâre son vos et s'y ;(iMtfenHaitt : quioid le momant eâ vesn de mourir, te itfticvpeuU s'-nfeuse as {dus {«^and de la torU, le passenauiae cadie daM le taillis le plus touffu, riotaDte-s'en- Inske daB&B«i M^iéaétiable (teUide de sàe pour 7 e>- ^Kelû.le m^re deasiétmioriAase. .,,...,...
iêmevemére. — Je massàtit^m h» BwmtWB pagns de Booit j»un^ ; je soie bées ai» Nantir po les éxrire. liiiae semble qu'elles résnnifiDt anez exactemeoLteat œ qui se passe en moi, epi'eLtoB dasoent-uii refiet &dèle de ma we, intérims. Je anmttte avec plaisir qu'il n'est pas va ie m^ eaàiaaiatatptBiipxfBa perm^tents, aoe de mes peofiées. je psrie^ mes pensées fondauentaleB et peFUStantes, que je ne doive laii^ftiler là qudquime d'elles. Je prôîeiaiaii lire, si je ma iaisBiûs.aUer à iA-
ut lOUTENIBS D'OR TIBILLARD.
peindre h joie un pea orgueilleuse que j'éprouTe en voyant ma tâche achevée, au moment oà mes forces, toujours décroissantes, dltaent sans rémission m'obligw de l'abandonner.
Ennuis amers, dégoûts, regret du passé, haine du présent, terreur de l'avenir, sombres fantômes dont la vieillesse, au dire du monde, est !e lugubre rendez-vous, où étes-vousT Je suis entré, et je ne vous ai pas vus. Avec la fatigue et la faiblesse j'ai trouvé l'indulgence de la conscience, la douceur d'un repos mérité, des occupations qui sont des plaisirs ; en même temps que l'Isolement, la consolation du souvenir et de la pensée, d'une intimité plus étroite avec mon JLme ; au sein môme de la maladie et de l'inârmité, des compensatioos qui me les ont rendues aussi chères que la santé; ra&n, au seuil de la mort, une immortelle espérance.
n est vrai que le sort ne s'est pas montré bien sévère à mon égard; je serais un ingrat si je ne me comptais pas moi-même au nombre des privilégiés ; toutefois, je sois persuadé que le plus précieux des privilèges est à la portée de chacun, et que c'est la simplicité, la bonne volonté du cœur. Comme le philosophe et le savant s'imposent d'aborder l'objet de leur recherche avec un esprit dépouillé de tout préjugé, de même j'ai t&ché de me délivrer de toute injuste prévention, de la mauvaise humeur, du mécontentement anticipé, perfides tyrans auxquels nous nous' laissons trop souvent assujettir, et de m'otfrir h la vie avec un cœur droit et ouvert.
Puisse mon témoignage n'être pas inutile h mes amis et à mes enfants, qui seront les seuls lecteurs de ces pages I i mes enfants surtout ! Fuisse-t-11 les aider à se relever aux heures d'abattement et de doute, k marcher en avant avec une inébranlable confiance, à se convaincre qu'une
providence paternelle mesure toujours nos fardeaux i nos forces, ne laisse jamais notre route sans ombragea rafraîchissants, sans fontaines jaillissantes, et qu'elle ne manque ni de puissance ni de bonté pour justifier nos espérances, quelque sublimes qu'elles soient t Quelle joie j'emporterais avec moi, s'il m'était permis de penser que, même éloigné d'eux par la nécessité, même réduit par l'âge à la dernière faiblesse, je n'ai pas manqué à la mission dont je devais m'acquitter à leur égard ! si je pouvais me dire que, même séparé d'eux par la mort, je continuerai encore & les appropriera la vie, à les élever, c'estk-dire à les exhausser sur mon cœur, au-dessus de l'aride poussière et des brumes d'en bas, jusque dans la pure région du devoir et du vrai bonheuri