NOUS NOUS PORTONS A L'ARRIÈRE POUR RÉPONDRE AUX ADIEUX
lancée; avant un mois il aura sa chaudière et sa machine, dans deux mois, il sera à Bangui. Marchand, du matelas sur lequel il est allongé, peut le contempler avec satisfaction ; c'est bien à lui que ce vapeur doit son existence, de même que ce chaland, de même que la pirogue en aluminium qui flotte à côté du d'Uzès. C'est à lui aussi que M. Gentil devra les miliciens et les ravitaillements que nous allons déposer sur les bords de l'Oubangui, à l'entrée de la route du Chari.
A six heures, les cinq tirailleurs et les ving-cinq miliciens de M. Fredon embarquent. A sept heures, les amarres qui fixent
Tous les Européens de Brazzaville sont sur la berge, beaucoup nous regardent avec envie. Plus heureux qu'eux, nous partons vers l'inconnu, vers l'action.
Lentement nous virons. Nous nous portons à l'arrière pour répondre aux adieux de ceux dont la voix et les gestes nous lancent les derniers vœux. Au premier rang est M. de Kerraoul, près de lui le commandant Morin et M. Rousset, le directeur de l'Intérieur, devenu pour nous un véritable ami. Leurs regards nous suivent, et nous devinons leurs pensées; ils se demandent s'ils nous reverront C'est nous qui ne devions pas les revoir !
Pouvions-nous penser que, deux mois plus tard, Morin succomberait dans cette case où nous avions fêté si joyeusement le lancement du d'Uzès, que Rousset le suivrait de près dans le cimetière de Brazzaville • que de Kerraoul irait reposer bientôt dan? ^une tombe du poste de Bonga, au confluent de la Sangha?
Un nouveau coup de timbre du con mandant Lindholm ; et la Yille-de-Brugi accélère son allure. Sur la berge le silhouettes s'effacent ; les dernières cas< de la maison hollandaise sont dépassé' les toits se confondent dans le feuill des arbustes; Brazzaville disparaît... L bangui et le Nil sont en avant.