PRÉFACE
Mon cher Mille,
C'est une idée fort heureuse que vous avez eue de reprendre les correspondances que vous aviez adressées au Temps, de les compléter et d'en faire un livre. Le succès en avait été vif dans le journal et elles ont eu la plus utile influence sur l'opinion, alors encore hésitante au sujet de la valeur de nos possessions de l'Afrique équatoriale. Cela méritait de ne pas être oublié. Votre livre en fixera le souvenir.
Vous êtes un esprit curieux et sérieux. El vous avez l'humeur gaie. Vous ne répugnez pas aux études approfondies et vous savez en présenter les résultats d’un ton aisé et riant. Si
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votre excursion au Congo a été courte, vous l'aviez préparée par une consciencieuse enquête sur les conditions dans lesquelles l’exploitation économique en a été organisée en Belgique. Ce fonds solide se reconnaissait partout sous l'agrément de vos récits. Cependant si votre livre, comme je n’en doute point, trouve un accueil aussi favorable que vos correspondances, j'imagine qu'il ne le devra pas seulement aux qualités que vous y avez mises, mais aussi au moment où vous le lancez dans la circulation. C’est toujours une grande chance que d'arriver à son heure; et en vérité, il ne me semble pas que je surfasse l'intérêt de votre ouvrage en disant qu'il constitue le document caractéristique de l’une des étapes décisives de notre histoire coloniale.
La France a obtenu un morceau immense dans le partage de l'Afrique. On peut en apprécier diversement l'étendue selon qu'on y fait entrer ou non le Sahara. Mais même en mettant hors de compte des déserts où, dans l’élat actuel de nos connaissances, il ne semble pas qu'il y ait rien à faire pour les hommes, ce qui reste est encore grand comme cinq à six fois le
PRÉFACE VII territoire de la métropole. Dès que nous avons commencé à entrer en possession de ces parties utilisables, la question s’est posée de savoir comment nous les utiliserions. Problème qui rapidement a passé au premier plan parmi ceux qui préoccupent notre génération, problème capital qui domine l'horizon colonial, si étendu qu'il soit, et où notre avenir national se trouve forcément engagé. Ce n’est pas impunément en effet que nous nous sommes annexé ce vaste empire. Nous en supportons la responsabilité. De sorte que la proportion où nous saurons en tirer parti sera désormais un des principaux éléments pour établir à nos yeux, comme à ceux du monde, la note de nos moyens d'action, de nos capacités intellectuelles et morales, et de notre vitalité. Nous ne pourrons pas y réussir sans que le prestige de la France s’en accroisse, et nous ne pourrions pas y échouer sans qu'il soit fortement amoindri.
Deux systèmes ont été immédiatement opposés l’un à l’autre.
L'un a eu pour lui l'autorité de deux hommes d'État qui ont laissé de grands souvenirs au