‹ Au Congo belge; avec des notes et des documents récents relatifs au Congo françaisChapitre 6 sur 32 · Voir pièces justificatives, p · texte numérisé non relu

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territoriales en les faisant ratifier par simple décret. Ce fut ce qui eut lieu pour MM. Daumas et Verdier. On alla trop loin. M. Daumas avait le droit de police, c'est-à-dire qu'il pouvait lever des. troupes : il devenait un petit roi. Quant à M. Verdier, on lui donnait le monopole de l'exploitation des forêts de la Côte-d'Ivoire, qui étaient déjà exploilées par pas mal d'intéressés. Ceux-ci se trouvèrent lésés. Il y eut de vives critiques, et enfin, des arrêtés de déchéance. Puis on transigea, et le monopole forestier de M. Verdier fut transformé en un droit de propriété sur des terrains d'une élendue limitée, la délégation de souveraineté el le droit de police étant supprimés. C'était bien, ou mal, pour la Côte-d'Ivoire et M. Verdier. Mais les demandes de concessions continuèrent à se produire : il y a des gens qui s’entêtent. Alors, dans la séance du 9 février 1898, le ministre des colonies, qui était à ce moment M. Lebon, se fit autoriser par la Chambre à accorder des concessions par simple décret, mais en promettant, au cours de la discussion, de soumettre les contrats au Conseil d'État.

C'est dans ces conditions que la concession de la région de l'Oubanghi fut demandée. Le ministre a signa, puis l’énvoya au Conseil d'État. Et le Conseil d'État la regarda, demanda pourquoi on la lui envoyait, puisque la concession était râtifiable par simple décret, puis la regarda encore, et se perdit en méditations. Et M. Lebon s'en alla avec M. Méline, et le ministère des colonies eut un autre titulaire, qui était M. Trouillot. Peutêtre eût-il fait un excellent garde des sceaux, mais rien ne le préparait à administrer nos domaines d'outre-mer. Il ne les connaissait pas. Sir Arthur Helps conta certain jour à l'historien Froude que Palmerston, au moment de former un nouveau ministère, ne trouva personne pour prendre le portefeuille des colonies. « Allons, dit-il à Helps, je vois bien qu'il faudra que je m'en charge. Dites donc, quand la conférence sera finie, nous moriterons à la bibliothèque, et vous me montrerez sur une carte où elles sont, ces colonies! » Je crois que M. Trouillot ne se fâchera pas d'être comparé à Palmerston.

Donc, il ne faut pas s'étonner si M. Trouillot, ne

connaissant pas les colonies, et par ailleurs étant un homme consciencieux, ait eu très peur de faire des choses irréparables. On lui demandait des terres quelque part, très loin, sur les bords d'une rivière nommée Oubanghi. Il pensa à la concession Verdier, tant de fois reprochée à l’un de ses prédécesseurs. Peut-être trembla-t-il des responsabilités qu’il encourait. L'examen du Conseil d'État ne lui suffit même pas, et il créa dans son ministère une commission spéciale chargée d'examiner les dossiers des concessions. Cette commission est composée d'hommes très scrupuleux, très bons juristes et très savants, qui n'ont jamais été, pour la plupart, aux colonies. Leur conscience n’en est que plus méfiante; ils veulent du temps pour éclairer leur religion. Mais aussi voilà un an et demi au moins que le traité est rédigé, et l'affaire n'est point faite.

* Elle va se faire, dit-on, et dans les conditions qui réjouiraient doucement l'âme d'un psychologue parlementaire. Les 25 millions d'hectares ayant effrayé bureaux, députés et sénateurs, on les a réduits à six ou sept. Seulement, comme il ne

s'agit en somme que de la possibilité de faire recueillir le caoutchouc par les indigènes, et comme la société n'a pas de voisins, les susdits indigènes pourront récolter pour elle le caoutchouc sur 25 millions d'hectares au moins. Il paraît que de telles hypocrisies sont nécessaires pour faire une bonne chose. Les Belges y gagneront! C'est entendu, mais nous aussi, puisque les deux tiers des administrateurs et les deux tiers des capitaux sont français. Je regrette seulement une chose : c'est qu'on n'ait pas demandé à ces mêmes Belges une petite concession, aux mêmes condilions, sur le territoire du Congo léopoldien. Il est vrai qu'aucun Français n'a songé à la demander : et c'est dommage, pour bien des raisons.

Je n'ai pas eu un seul inslant, d’ailleurs, l'intention de plaider pour ou contre cette combinaison franco-belge. Mais cette « espèce » m'a servi à montrer la différence de méthodes et de principes qui existe entre nous et nos voisins. Ceux-ci considèrent qu’il faut créer de grandes sociétés

pour essuyer les plâtres. En trois mois, elles peuvent être formées. En France, il faut deux ans. Ils ont organisé en même temps une exploitation par l'initiative collective. Nous n'avons organisé ni l’une ni l’autre. Ils ont dans leur Congo une armée de 22 000 hommes, un budget de l'agriculture de 500 000 francs, et même des Français qui vont chez eux parce qu'ils ne trouvent pas à s'employer chez nous. J'ai dit ce que nous avions

dans le nôtre.

Défaut de justesse des critiques habituelles. — De l'exploitation dite exhaustive des produits. — Les dangers réels. — Manque d'organisation sociale indigène. — L'anthropophagie. — Exploitation de l'indigène. — Recrutement des troupes. — La Révolte du Nord-Est.

Je n'ai pas épargné les éloges à nos voisins qui sont un peu nos rivaux; je n'ai même pas songé à railler les expressions, parfois naïves, de leur juvénile orgueil : d'abord parce que cet orgueil est justifié, et parce que, si nous avions donné les mêmes preuves d'énergie, de direction dans la volonté, d'astuce ingénieuse dans le lancement, de solide patience dans l'effort, nous serions probablement beaucoup plus insupportables.

Et maintenant que j'ai dit tout cela, il m'est permis, je suppose, de me demander s’il n’y a pas de crevasses dans l'édifice léopoldien du Congo, ni d'erreur dans son architecture; et si tout est bien, dans une œuvre qui se présente si bien.

Je suis de ceux qui croient que cette œuvre sera durable, et qui s’en réjouissent. Le capitaine Salesses, dans une étude lumineuse sur le chemin

de fer du Congo, a très nettement, et très courageusement prouvé — car il faut du courage, à l'heure qu'il est, pour affirmer un certain genre de vérités — que dans notre intérêt, il fallait souhaiter que l'État Indépendant du Congo pût rester aux mains du roi Léopold, de ses héritiers, ou de la Belgique. Si la Belgique renonçait à cet héritage, c'est à nous qu'il reviendrait : mais d'abord, nous ne l'obtiendrions pas à titre gratuit, il faudrait payer l'héritier renonçant. Ceci n'est rien, je l'admets. Seulement, et c'est une objection plus grave, croit-on que certains adversaires européens nous laisseraient tranquilles possesseurs du Congo tout entier? On nous demanderait de partager. Si nous y consentons, nous aurons des voisins bien dangereux. Si nous n'y consentons pas, il faudra peut-être en découdre..….. et quand on voit ce qui vient de se passer pour Fachoda! Somme toute, je préfère souhaiter du bien à la nouvelle Belgique qui se crée là-bas, dans l'Afrique équatoriale. Elle est neutre, comme sa sœur. Il faut seulement prendre soin que cette neutralité ne soit pas un vain mot : et c'est à quoi

nos administrateurs au Congo français, c'est à quoi nos diplomates à Paris doivent veiller. Il me suffit d'indiquer cette nécessité sans insister. Je me suis imposé à moi-même, dans ce livre, de ne pas aborder les questions de pure politique. Je veux seulement que mes lecteurs, quels qu'ils soient, sachent bien que si je fais quelques réserves sur certains points de l'œuvre belge au Congo, ce n'est nullement pour le plaisir de la dénigrer. Et je commence même par dire que parmi les critiques de certains écrivains antérieurs il en est que je considère comme parfaitement fausses.

Ces critiques ont été résumées par M. L.-H.

Courtney, membre du Parlement anglais, président de la Royal statistical Society, dans une conférence faite à l'United Service Institute, le 13 décembre 1898. La première est une bonne naïveté : il n’y a au Congo léopoldien que 1 678 blancs, dont 1073 fonctionnaires. C'est donc une déplorable colonie. Il me paraît inutile de répondre pour rappeler la distinction entre les colonies de peuplement et les colonies d'exploitation. Et ce qu'il y a de tout bonnement admirable au Congo léopol-

dien, avec cependant une réserve qui importe, et que je ferai tout à l'heure, c'est que la plus grande partie de ce millier de fonctionnaires constitue en réalité un personnel actif d'exploitation.

La seconde est que les résultats sont déplorables, puisque le revenu de l’État est seulement de moins de 9 millions, les dépenses s’élevant à un peu plus de 17 millions, « dont plus d'un tiers consacré à la guerre et à la police ». Et d'abord, c'est une erreur : les prévisions budgétaires pour l’année 1899 donnent 20 millions pour les recettes et un peu plus de 19 millions 1/2 pour les dépenses. Là-dessus, la Belgique fournit seulement 2 millions de subvention. Je voudrais que nous pussions, hélas! ne payer annuellement que cette somme pour Madagascar. Le tiers en est consacré à la guerre et à la police. Je crois bien qu’en Angleterre, en France et dans beaucoup d'autres pays européens, la proportion est la même, sinon beaucoup plus forte. Et tandis qu'en Europe ces dépenses militaires sont onéreuses, improductives, et même ruineuses, au Congo léopoldien — je l'ai démontré — elles sont un placement : le roi Léo-

pold ressemble au sultan du Maroc. Il a une armée pour percevoir l'impôt en nature. On verra, d'ailleurs, dans un moment, qu'il est allé trop loin, trop vite et trop fort dans cette voie.

Autre reproche. Le total des échanges commerciaux de la Belgique est de 5 milliards 757 000 francs. Le commerce du Congo est de #1 millions, c'est-à-dire de 0,70/0 du commerce de la Belgique. À cela je réponds que c'est 0,7 0/0, c'est-à-dire quelque chose; et ensuite qu'il faut bien commencer, et que l'Angleterre elle-même fait beaucoup moins de commerce avec ses colonies qu'avec la seule Europe. Je l'engage donc à renoncer tout de suite aux Indes. Elle peut me les donner : j'accepterai.

Enfin, le procédé d'extraction du caoutchouc usité au Congo léopoldien épuisera cette mine aérienne en trente ans. Et alors, il n’y aura plus rien. Cette critique a été tant de fois répétée, et par tant de monde, qu'il y a lieu de s'y arrêter. D'abord ce n'est pas vrai, tout simplement parce que le caoutchouc repousse, parce que M. de Brazza lui-mème a constaté qu'aux environs de

Loango des territoires, abandonnés par les cueilleurs, étaient retrouvés, au bout de sept ans, aussi riches qu'ils n'avaient jamais été. Il y aurait donc lieu seulement à aménagement, juste comme dans nos forêts d'Europe pour les plus vulgaires essences. Mais ce n'est pas tout. Il faut regretter d'être obligé de rappeler cette vérilé à la La Palisse, qu'un pays qui contient des richesses naturelles végétales est un pays naturellement riche, et qui le reste, parce que cela tient au soleil, au sol, aux fleuves, aux pluies qui tombent du ciel, et que ces choses ne changent pas. Mais ce qui importe à la colonie, c'est quon y vienne. Et pour qu'on y vienne, il faut qu'on y soit attiré par des tentations violentes, par une avidité et, si vous voulez, par une rapacité de conquistador; il faut, pour qu'on aille risquer sa peau et ses capitaux, dans un pays où personne encore n’a pénétré, où chaque pas est une angoisse, où l'ennemi n’est pas seulement l'anthropophage dont la flèche donne le tétanos, et fait mourir en trois heures, mais aussi l'armée mystérieuse, impalpable et cruelle des infiniment petits, qui se

cachent dans les airs et les eaux, — il faut, pour qu'on s'y risque, que cette peau et ces capitaux soient payés très cher. Et si, pour qu'ils soient payés très cher, les caoutchoucs de la forèt humide doivent être saignés à blanc, je dis que cela ne fait rien, ou du moins que cela vaut mieux que d'y laisser éternellement jouer les singes, et bâiller les hippopotames.

Et je dis aussi que cela ne fait rien, parce que la nature étant féconde, l'homme est ingénieux, Mais il faut d’abord que l’homme entre en contact avec la nature. Une fois que ce contact est établi, vous pouvez laisser passer sans crainte l'ère des premières brutalités. L'or ne se renouvelle pas, et le caoutchouc se renouvelle, et beaucoup de choses peuvent pousser à côté du caoutchouc. Voyez pourtant ce qui se passe dans les pays à or. Les premiers arrivants font des fortunes hasardeuses, rares, et surprenantes. Ils achètent le métal aux indigènes, ou bien ils exploitent en surface les placers les plus riches, Il semble alors que les mines s'appauvrissent ; on ne voit plus de ces grands coups de pioche et de

forlune, et les prospecteurs vont plus loin.

Croyez-vous que le pays se vide? C'est justement alors que la grande exploitation, que l'extraction scientifique par des procédés perfectionnés, commencent. On ne gagne plus que 10 francs d'or à la tonne, mais partout où se trouvent ces 10 francs à la tonne, on peut marcher. Laissez de mème les grandes compagnies, laissez ces ravageurs, passer dans les forêts équatoriales, la hache et le machéte à la main. Quand ces compagnies auront détruit les arbres, si elles sont assez folles pour le faire, elles auront du moins acquis de puissantes réserves d'argent, et autant de crédit qu'il en faudra pour trouver de quoi replanter ce qu'elles auront détruit. La période de l'exploitation pure et brutale est finie, celle des plantalions commence. C'est la médecine, si vous voulez, remplaçant la chirurgie. On ne gagne plus 100 pour 100 par un grand coup, qui ne réussit pas toujours, mais on a 20 pour 100, et on est sûr de les avoir, et ce sont là des vérités bien simples!

Mais si les dangers, pour le Congo léopoldien, ne sont pas ceux que dénoncent des économistes

un peu myopes, et des concurrents un peu jaloux, il en est d'autres, et de deux sortes, un peu parentes d'ailleurs, qui viennent d'erreurs commises, et de la fatalité même des choses.

Qu'on se représente d'abord ce pays grand comme cinq fois la France, soixante-quinze fois comme la Belgique, peuplé de trente ou quarante millions d'hommes. C'est cela que la Belgique ou son roi doivent gouverner, exploiter, tenir en ordre. On dirait vraiment l’un de ces chiens courageux qui, dans le pays wallon, tirent une voiture infiniment plus grande qu'eux-mêmes, contenant deux hommes, toute une boutique de fruitière, et des jarres de lait. On plaint le chien, on l’admire, et on a peur que la voiture reste en place. Ils sont six millions de Belges vivant en Europe sur un tout petit territoire, avec des capitaux et un budget limités, attelés à une des plus énormes tâches coloniales qui soit à accomplir aujourd'hui sur la terre. Encore n'est-ce pas eux tous, c'est leur roi; ils sont seulement plus ou moins intéressés au succès. Là-bas, ils sont une poignée, 4 600, c'est-à-dire un homme par

4500 kilomètres carrés, avec une armée de 22 000 barbares tatoués, mal dégrossis, mal disciplinés, levés sans préparation dans les tribus les plus sauvages parmi les plus sauvages. Et ces tribus se comptent par milliers; quand on en tient une, on ne tient rien. Nos adversaires d'Afrique, à nous, sont des musulmans; ils ont une foi, une espèce d'honneur, une mentalité assez haute. Ce sont des nègres, mais des soldats. Ils nous comprennent presque, et nous les comprenons. Ils forment des agglomérations relativement vastes, parce que leurs chefs ont des marabouts qui savent écrire l'arabe, et qu'ainsi les ordres d'un seul peuvent se transmettre à de longues distances : et quand on tient la tête de ce corps rudimentairement organisé, ce corps vient à vous, ou bien entre en dissolution; en tout cas il n’est plus à craindre. Les noirs du Congo sont fétichistes; il y a autant de fétiches que de sorciers, autant de sorciers que de chefs, autant de chefs que de villages. Ces noirs n ont pas plus la notion de l'État qu’un singe celle de la propriété. Enfin un Sénégalais ou un Malgache a des trou-

peaux ou des champs, il mange de la viande d'animaux domestiques réputés purs, et des grains. Le noir du Congo ne possède pas, ou presque pas, d'animaux domestiques. Presque partout il vit de bananes, de pèche, de chasse, et de chair humaine.

L'habitude de l'anthropophagie est générale dans tout le Congo jusqu'au Stanley-Pool et dans le Mayombé, beaucoup plus bas. Dans le pays Bangala — et tout ce qui suit a été noté sur place, écrit sous la dictée de témoins sérieux, timides même, et qui craignaient de déshonorer leur Congo — on voit parfois un indigène vendu au marché comme viande de boucherie. Il a les deux pieds pris dans un billot de bois, et chaque acheteur de cette viande sur pied dessine sur le corps frémissant, avec un morceau de craie ou d’ocre rouge, la parlie qu'il se réserve : trois côtelettes, un cuissot, un filet. Les sentiments maternel ou paternel mêmes cèdent avec hypocrisie à cet étrange besoin de manger de la viande humaine. Les parents ne mangent jamais leurs enfants; mais ils les vendent pour en acheter d'autres et

s'en nourrir. La chair des enfants est d'ailleurs la plus estimée; elle est tendre et délicate, et l’on ôterait difficilement de la tête des noirs que les blancs ne l’aiment pas : seulement ils se cachent pour s'en rassasier. Le major Storms, qui vécut longtemps sur les rives du Tanganyika, remarqua que son boy, un gamin de douze ans, devenait triste. Il le confessa :

« Tu dois me manger dans une quinzaine, répondit le boy, et malheureusement je le sais. Il n'y a pas de quoi rire. »

Le major jura que jamais il n'avait eu cette intention.

« Tu es bien bon de nier, repartit l'enfant : quand les conserves de petit blanc seront finies, il faudra bien que tu manges du petit nègre. »

Le mystère s'obscurcissait. Il fallut quelque temps pour l'éclaircir. À la fin le major découvrit que le négrillon avait fait de profondes réflexions sur les enluminures des boîtes de conserves dont il avait la garde. Des guirlandes de pelits anges roses y dansaient parmi les fleurs : admirable spécimen d'art américain. « Les blancs

sont malins », avait pensé le boy, d’ailleurs confirmé dans ses soupçons par-un cuisinier intelligent, et anthropophage lui-même : « Ils ont peint sur la boîte ce qu'il y a dedans : de l'endaubage de petit blanc; mais la provision s'épuise. Il va leur falloir de la chair fraiche, et je ne suis pas là pour rien. »

Les braves sauvages de l'Arouhouimi, du Haut- Congo et de l'Ouellé, savent bien, en effet, quel goût peut avoir la viande de blanc. Lors de la révolte baltétéla, qui détruisit l'expédition Dhanis, 17 des Européens qui la composaient ont été mangés. C'est la coutume de se nourrir des vaincus. Les agents et les officiers de l'État Indépendant la déplorent, el cherchent à l'abolir. En temps de paix, quand les centres administratifs sont bien organisés, on y arrive : mais en lemps de guerre! Beaucoup de ces officiers avouent qu'après la prise d’un village, certains de leurs soldats s’absentent myslérieusement, et ne rejoignent leur bataillon qu'au bout de quelques heures : le temps de faire, avec la nourriture horrible et chérie, un feslin réparateur.

On ferme les yeux. D'ailleurs, ce sont là presque des représailles. En entrant dans le village, on a trouvé des marmites abandonnées pleines de débris humains. Et puis, cette coutume a d'autres avantages, exposés avec une sorte d'humour féroce, d'ironie qui cache une amère pitié, par un médecin anglais, le D' Hinde, qui accompagnait l'expédition belge contre Tipo-Tib. Cet affreux usage empêche les épidémies : il est des régions où l'on ne trouve pas une tombe, sinon celle des chefs : et l'on comprend, sans qu'il soit besoin de le dire, ce que deviennent les cadavres.

Faut-il attribuer cette habitude générale de l’anthropophagie à la rareté de la nourriture animale, ou à des traditions religieuses? On sait, en effet, que les Orangs Battangs mangent leurs pères pour conserver leur âme en eux; et beaucoup de cannibales océaniens croient s'assimiler le courage des guerriers dont ils mangent le cœur. Mais il semble que dans la plupart des cas le motif religieux ne soit pour rien dans le cannibalisme des noirs du Congo. « Ils mangent de l'homme parce que c'est bon », me disait avec simplicité le curé de Matadi.

Cetle opinion contient un grand fond de vérité, mais il faut ajouter que l'anthropophagie règne surtout dans les régions forestières, là où le gibier est rare, et où l'on ne peut élever, dans d'étroits défrichements, qu'un petit nombre de chèvres, ou même seulement des chiens comestibles. « Voilà de la viande, de la viande qui passe; de la viande, de la viande! » criaient à Stanley les sauvages de l’'Arouhouimi, et de ce Congo même que sillonnent aujourd'hui quarante-huit bateaux à vapeur. Et je crois qu’il faut entendre là le cri d'un véritable besoin : le besoin d’une forte nourriture animale, de graisse surtout, chez les hommes qui ne vivent ordinairement que des bananes et des fruits du grand sous-bois africain.

Mais il faut bien remarquer aussi que même dans les provinces où le gibier et les animaux domestiques sont plus abondants, le cannibalisme est resté comme un goût héréditairement acquis. Ainsi chez nous la chasse est un sport après avoir été chez nos ancètres une nécessité. L'homme est au Congo une nourriture noble. L’antropophagie devient ainsi, dans certaines circonstances, et

seulement par contre-coup, un rite religieux ; elle est alors posthume, si je puis dire. Il existe une partie du Congo où lorsque meurt un moufou, un chef, on descend quatre femmes dans une fosse profonde. Elles s'y mettent à quatre pattes et reçoivent sur leur dos le cadavre de l'époux. Alors on les enterre vivantes : le maitre aura de la viande pour le grand voyage. Aïlleurs, sur la Lomami, un chef massacra des centaines de ses sujets à l'occasion de la mort d'un parent. Je suppose qu'une partie des morts fut mangée au festin des funérailles; mais le reste est laissé au défunt pour sa nourriture chez les ombres. Le gouvernement de l’État avait le projet de détruire ce grand destructeur de vies humaines : la révolte des Batlétélas a retardé le châtiment.

C'étaient ces barbares que les Belges avaient à gouverner. Cette division infinie de peuplades ne permettait pas de les mater d'un coup; on ne pouvait atteindre la tête de ces grands corps presque inorganisés, par la raison qu'ils n'avaient pas de tête, et qu'on ne savait où frapper. Mais il semblait par contre que de vasles mouvements

insurrectionnels fussent impossibles. Ces mouvements se produisent cependant, à cette heure même : et il faut le dire, ils se produisent parce que la politique léopoldienne a été imprudente en un point, et que ses agents parfois ont manqué de modération et d'humanité. J'ai parlé de conquistadores : ils ont été trop semblables à leurs devanciers espagnols.

La base de la politique économique du roi Léopold a été, on l'a vu, de former une armée assez forte pour qu'elle pût obliger les indigènes à payer l'impôt de l’ivoire et du caoutchouc. Or, des noirs musulmans d'une mentalité supérieure, et fidèles à leur parole et à leur drapeau, tels que ceux qui suivirent par deux fois Stanley, et qui nous ont suivis nous-mêmes jusqu à Madagascar, cela coûte trop cher, quand il en faut une vingtaine de mille. L'État indépendant recruta donc ses troupes chez lui. Il prit surtout des Bangalas et des Battétélas, des hommes des deux grandes races guerrières du Congo équatorial et de la Haute-Lomami, dans le Manyéma. En l’on n'eut pas, ou l’on n'eut pas assez, le talent que montra

Carthage, qui opposait ses mercenaires les uns aux autres. Groupés en compagnies et en bataillons, Battétélas et Bangalas ont pris conscience d'eux-mêmes. Au service des Belges, ayant dans leurs mains des armes perfectionnées, et sachant l'art de s’en servir; subissant une discipline, ce qui ne leur était jamais arrivé, et comprenant pour la première fois la force que donne l'obéissance à un chef, peut-être après avoir utilisé leurs armes et leur discipline neuves contre les ennemis des Belges, songèrent-ils à les employer contre les Belges eux-mêmes. Mais il fallait qu'ils trouvassent une sorte d'appui moral dans des populations faliguées ou excédées du joug de ces blancs, venus de la mer mystérieuse. Justement, ces conquérants si vigoureux n'avaient assez songé à se faire aimer.

On montre, dans les magasins qui sont sur les bords du Stanley-Pool, du caoutchouc qu'on nomme le caoutchouc rouge : c'est qu'un jour, quand certain conquistador, jadis fonctionnaire militaire de l’État, et devenu l'agent d’une grande compagnie privilégiée, partit pour une grande

expédition de butin industriel et de conquête avec 25 000 cartouches, 1l déclara que ces cartouches représentaient 25 000 kilos de caoutchouc : et l'on dit qu'il tint parole!

Il faut passer sur les accusations de M. Parminter en 1896. Je suis porté à croire qu'elles contiennent une part de vérité. Cependant le témoin n’est pas sûr : employé par l’État indépendant et par la Société anonyme belge, il les quitta, je ne sais trop pourquoi. Peut-être avait-il des motifs personnels de voir les choses en noir. Mais en mai 1897 le Times, le Daily Chronicle, révélèrent des faits aussi graves, et cette fois celui qui parlait était un missionnaire baptiste, d'origine norvégienne, dont il n'y a aucune bonne raison de soupçonner la véracité. Il avait, disait-il, traversé quarante-cinq villages incendiés, vingt-huit abandonnés, il avait vu des cadavres flotlant au fil de l'eau, ou gisant au bord des chemins, la main droite coupée. C'étaient les victimes de la levée de l'impôt. En février 1895, tandis qu'il prèchait à Ébira, on avait tué à coups de fusil, sous ses yeux, un vieillard dont le crime

était de s'être livré à la pèche, au lieu d'aller recueillir du caoutchouc. Un enfant de huit ans reçut l'ordre de trancher la main du malheureux fusillé, qui vivait encore, et fit un mouvement pour retirer cette main quand le couteau entama la chair. On la coupa, pourtant, on la fuma, et elle fut placée sur un tronc d'arbre, avec quatre autres, pour servir d'avertissement aux indigènes. Parfois, dans le village de la mission, des émissaires passaient avec des mains boucanées, qui élaient présentées au commissaire, avec le caoutchouc. Le 14% décembre 1895, une sentinelle amena une femme qui avait été capturée, et forcée de porter dans un panier dix-huit mains d'hommes, de femmes et d'enfants.

Il n'y a aucun motif de croire que ces accusations, très précises, ne sont pas exactes. Ni Stanley, dans une lettre au Times en automne 1896, ni M. von Eetvelde, secrétaire d'État du Congo, interviewé l'année suivante par l'Étoile belge, ne les ont démenties. Ils ont donné des explications et des palliatifs, ils ont réclamé le droit pour l’État de percevoir des impôts sur les

indigènes, en quoi ils ont eu absolument raison. Il faut le dire : de tels crimes, aux colonies, ont été commis par tous les États civilisés. Je n’en veux pour preuve que la photographie, qui ne ment pas : l’effroyable instantané placé par Olive Schreiner en tête de son volume Trooper Peter. Halkett, nous apprend de quelle manière Cecil Rhodes a fait la conquête du Matabéléland. Les colonies allemandes de l'Est Africain ont vu des crimes sans nom, prouvés par des procès ou des enquêtes retentissantes, et bien que sir Charles Dilke, qui n’est pas suspect de partialité à notre égard, ait constaté que la France se conduisait, dans ses possessions africaines, « d'une façon moins répréhensible que le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'État du Congo », je rappellerai certaines photographies, publiées par l'lustration après une expédition menée par nous au Soudan. On y verra aussi des indigènes alliés arrivant au bord d'un fleuve avec des chapelets de têtes et de mains. Mais là au moins, c'était la guerre, la guerre féroce et inexpiable. Et comme, en temps de paix, nous ne demandons rien à nos alliés

noirs, que de se tenir tranquilles, comme nous ne savons pas encore exploiter nos conquêtes, de tels faits sont rares, ou restent excusés par la bataille. Le Congo léopoldien, au contraire, a organisé, et réalisé, la perception de l'impôt. Seulement il l'a fait avec des agents choisis pour leur vigueur plutôt que pour leurs qualités d’intelligence et d'humanité. Il s’en est trouvé, comme l'a dit Stanley, quatre sur mille qui se sont conduits comme des criminels. C'est encore trop, et jamais on n'énumérera le nombre des féroces sous-agents noirs qui les ont imités — et qui n'avaient pas besoin de leur exemple! L'État Indépendant a été trop vite, et il paye sa précipitation. La révolte brutale de troupes noires recrutées sans discernement, mal disciplinées, et peut-être maltraitées; l'appui que prêtent à cette révolte les provinces du nord-est de l’État Indépendant, où les agents du roi-propriétaire n'ont pas su se faire aimer, où ils ont organisé une exploitation commerciale intensive de l’indigène, en s'occupant insuffisamment d'établir d'abord une administration à la fois équitable et forte,

crainte, mais respectée : voilà en une phrase comment on peut résumer la trop fameuse insurrection battétéla.

Le manque du « sens de gouvernement », si l'on admet que, suivant une formule devenue banale, gouverner c'est prévoir; et une énergie militaire poussée jusqu à la véritable intrépidité : - voilà les qualités et les défauts que les Belges ont montrés depuis deux ans et demi dans la partie supérieure de leur domaine. Ils ont atteint le Nil, et perdu toute action effective sur la plupart des provinces du nord-est. Ils ont pris Redjaf, et compromis leur domination sur les peuples qu'il leur faut traverser pour atteindre Redjaf. Il leur importait de se garnir les mains, d'occuper en effet ce que l'Europe leur avait donné sur le papier, l'enclave de Lado. Les Anglais allaient arriver par le nord dans l'ancienne province équatoriale d'Émin, les Français marchaient sur Fachoda, il fallait être à Lado, ou plutôt à Redjaf, qui a remplacé Lado, détruit depuis longtemps. Le baron Dhanis partit de la station des Stanley- Falls, le commandant Chaltin du Haut-Ouellé,

les deux colonnes devaient se rencontrer devant la forteresse des mahdistes.

Le commandant Challin arriva le premiér au rendez-vous. Sans nouvelles de Dhanis, plein d'inquiétudes, il envoya 100 hommes au-devarnit du courrier : ils révinrent sans avoir rien trouvé. Alors, réduit à ses seules forces, privé de la plus grande partie de l'effectif prévu, avec un grand et froid courage, il attaqua seul, et vainquit. Il prit sept cents fusils à tir rapide, des canons, des équipages, des mule{s, et, murmure-t-on, les restes du trésor d'ivoire entassé par Émin. Ce fut une grande victoire et un grand butin. Mais pendant ce temps de la colonne de Dhanis il ne restait plus qu'une troupe défaite, qui fuyait.

C'était à Dirfi, plus haut que le lac Albert, aux sources mêmes de l'Ouellé, dans un pays de fièvre et de misère, dont les habitants avaient à peine assez pour eux-mêmes. On les pilla pour se nourrir, on fit le vide autour de soi. Il resta le désert, et la famine. Les recrues battéléla et bakoussou de l'avant-garde avaient faim. Le soir du 44 février 1897 elles se soulevèrent. Le com-

missaire Leroy, et presque tous les blancs furent tués. On les mangea. Trois cents’ soldats, onze officiers, avaient élé massacrés. Ce fut un beau festin. Le ventre bien rempli, les rebelles retournèrent chanter leur victoire aux autres détachements, et la promesse d'un grand repas de chair humaine entraina tout le monde. Huit cents hommes, armés de 1 500 fusils Albini, munis de 20 000 cartouches, tombèrent à Ekouanga, le 47 mars, sur le gros des troupes de Dhanis, lui tuèrent son frère, et plusieurs de ses officiers; lui-même, avec les débris restés fidèles, regagna à grand peine la slalion des Falls.

Depuis ce temps, les 4 500 révoltés, grossis de tous ceux qui aiment la guerre, des voleurs d'ivoire, des chasseurs d'hommes de Tipo-Tib, et de tous les anthropophages de la région, continuentsur un immense territoire, de l’'Arouhouimi à la Loukouga, leur marche lourde et indécise de barbares. Une idée confuse les hante : regagner leur pays d'origine sur la rive gauche du Congo, dans le bassin de la Lomami. Ils n'y sont pas parvenus jusqu'à présent. Mais ils vivent de pillage

et de massacres, et il ne semble pas qu'ils s’affaiblissent. Un jour le commandant Henri les bat. On croit tout fini : on les retrouve dans le Torou anglais sur la frontière de l'Ouganda, dont ils soulèvent les populations. Ils infligent un échec au lieutenant Chargeoïis, qui prend sa revanche, mais a 5 morts et 22 blessés; tuent 31 soldats sur 100 au lieutenant Dubois, près du lac Kivou, leur prennent leurs fusils et enlèvent 1 500 cartouches. Ils battent le capitaine de Bergh le 18 mai 1898; ils sont battus, trente jours plus tard, par le capitaine Glorie, et ne paraissent même pas s’en apercevoir, semblables à ces monstres marins, d'organisation inférieure et résistante à la fois, qu'un harpon traverse de part en part sans qu'ils en souffrent ni s'affaiblissent. Ils avancent toujours, pénètrent dans le Manyéma, dispersent ou mangent les détachements qu'on leur oppose, surprennent enfin le commandant Long dans le poste important de Kabambaré, lui prennent quatre canons, l'obligent à fuir après avoir perdu la moitié d'un très gros détachement. Le baron Dhanis a repris Kabambaré le 31 décembre. On

annonce une grande campagne, on s'émeut, on veut en finir, et rendre saisissable ce qui pour l'heure est insaisissable.

Cela est difficile. Je crois, pourtant, qu'on réussira. « Ce n'est pas, dit fort bien M. A.-J. Wauters, maintenant que l’État Indépendant possède une floitille de 40 steamers, un chemin de fer et des hommes d'expérience, qu'on peut douter du succès de la partie. » Et il est parfaitement vrai que les hommes qui ont édifié en vingt ans ce bel organisme du Congo léopoldien, auquel on ne me reprochera pas de ne pas avoir rendu justice, il est parfaitement vrai que ces hommes ont eu, depuis le début, une qualité qui suffit toujours à triompher : celle de regarder les obstacles en face, et de faire alors, sans hésiter, ce qu'il faut pour les franchir, quoi que ce soit et quoi qu'il en coûte.

Donc, ils vaincront. Mais pour que leur victoire soit définitive, il faudra qu'ils reconnaissent les erreurs commises. Ce fut — et je crois m'en être expliqué assez clairement — un excellent principe que de vouloir organiser dès le début la per-

ception de l'impôt sur les indigènes, et de percevoir cet impôt surtout en produits qui, n'ayant dans la région d'autre valeur que celle de la main d'œuvre, acquièrent une plus-value considérable sur les marchés d'Europe. Pour percevoir l'impôt, il fallait une armée : et le rendement de l'impôt a été proportionnel à la puissance de cetle armée, le bénéfice a plus que couvert les frais; enfin l'occupation a été effective. Seulement, dans les bassins inférieur et moyen du Congo, une administralion civile, une magistrature qui comprend sévèrement ses devoirs, a garanti à l’indigène — il n'est pas là-dessus bien difficile — le minimum de justice et de sécurité qui lui sont nécessaires pour vivre. Les agents militaires du bassin supérieur, chargés du recouvrement des impôts en caoutchouc et de l'ivaire, et en somme de l’exploitation commerciale — toutes tâches pour lesquelles ils ne sont point faits — ont pris du caoutchouc comme on prend des villes.

Le commandant Long, accusé d'erreurs stralégiques, se défend en attribuant la révolte « au peu de respect qu'on a eu pour la famille et la

LES POINTS FAIBLES DU CONGO LÉOPOLDIEN 199 propriété indigène », et je crois bien qu'il n’a pas tort. L'insurrection actuelle prouve que le principe de la séparation des services et de leur hiérarchisation, en mettant au sommet ceux qui ont pour fonction de protéger la justice contre l'arbitraire, ont du bon, même aux colonies. Ceci ne signifie nullement qu'il faille faire demander l'impôt à un nègre par un gratte-papier civil. Je crois qu'un sergent de haoussas y réussira toujours beaucoup mieux. Mais il s'agit de surveiller le sergent de haoussas, et c'est là qu'est le problème. Quand les Belges l’auront résolu, on pourra dire que la grande entreprise commerciale et humanitaire qu'est ou que doit être l'État indépendant du Congo a définitivement réussi.

Budget des recettes en 1898.

Contributions directes (impôt foncier sur les indigènes et les Européens, patentes,

licences, etc.)........,... ss... 85.000 fr.

Contributions indirectes (droits d’importa-

tion et d'exportation, etc.)........... s... 955.000 Divers impôts et revenus (enregistrement,

timbre, postes et téléphone, etc.)........ 108.000 Subvention métropolitaine pour le budget

local ........ Dons esse nsessssnenesese . 1.353.000 Subvention métropolitaine pour l'Oubanghi. 1.000.000

Perceptions de diverses natures résultant de conventions avec les chefs ou collectivités indigènes............ APRES EEE Mémoire.

Total...... cs. 3.501.000 fr.

Budget des dépenses en 1898.

Somme versée par la colonie à la métropole

à titre de contingents coloniaux........ . 16.290 fr. Personnel et frais du gouvernement colonial. 59.992 Personnel et frais du secrétariat général et

de la direction des affaires indigènes... 83.594 Personnel, frais, matériel des postes et sta-

tions (administrat., chefs de stations, etc.). 305.354 Milice..... ss ssssssosssosessecocssse.se 342.920 Justice. ......... soso secsereseussee 17.280 Instruction publique..... soon ssersosee 27.600 Cultes...,........ PRETEE cossssososese …. 5.380 Enregistrement... css ns 350 Douanes........,.......,.. PERTE cesse 150.348,50 Postes et télégraphes. PRET EEE TETE 79.951 Ligne télégraphique Loango-Brazzaville. . 50.000 Police et prisons........... soso 22.045 Imprimerie......... nn onssoessose 18.120 Service sanitaire et assistance publique... 50.740 Cultures... ..,........sessossssesssssse . 20.550 Travaux publics............ csssessssee . 197.428 Ports et rades........................... . 12.020 Phares et vigies...... soso... css. 29.917 Magasins et vivres.....,............ ss 298.067,50 Accessoires de la solde..................." 139.000 Dépenses diverses et imprévues.........., 43.455,94 Flottille (Haut et Bas-Congo)............. . 28.460 Frais de transport......,.......... cesse 365.000 Mission Gentil..........,..... conso. . 92.147,60 Haut-Oubanghi........ css vos 1.000.000

Total général.... fr. 3.455.946,54

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