CORDONNIERS
(i) Missions Belges de la Compagnie de Jésus, 1900.
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capables aujourd'hui de former à leur tour de nouveaux ouvriers.
BRASSEURS A KISAKTU
Littérateurs nègres.
A côté des^travailleurs manuels, il y a « les ouvriers de la pensée », les écrivains rédacteurs du journal.
Car Bergeyck-Saint-Ignace a son journal : le Ntetembo eto (Notre Étoile).
Les articles sont écrits par les Pères, mais aussi par les jeunes nègres. Leurs sujets : ordinairement les jeux en usage, les a^jologues de leur pays... Ils ont des tournures originales, des expressions typiques, si congolaises, que les Blancs ne parviennent pas à les égaler.
L'imprimerie de Kisantu ne chôme pas. Le scolastique qui la dirige, le Père Fernand Sadin, édite, outre le Ntetembo eto, des catéchismes, des livres de prières, de lectures, non seulement j^our notre Mission, mais même pour le Consfo français.
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Il est assisté par des négrillons, mais, hélas!... Dans le métier d'éditeur, il est une bien grande lacune!... On n'a pas encore trouvé le moven de plier j^roprement du pa])ier avec des mains sales I... Ce n'est pas qu'on n'ait essayé,... les gamins ne cessent de tenter l'expérience, au grand dé-
l'imprimerie a kisantu
sespoir du Père imprimeur!... Il ne peut pas cependant leur demander d'avoir les mains blanches!...
Tous ces petits travailleurs et travailleuses reçoivent un salaire mensuel, on les paye en monnaie.
Quand vient le grand jour depaye,ilfaut voirl'animation qui règne sous la véranda, parmi les nègres et négrillons. Il faut savoir qu'à la même occasion le magasin d'étoffes est ouvert et qu'on leur permet d'acheter au prix coûtant les tissus qu'ils désirent!...
Pour le Congo les salaires sont relativement élevés ; de quatre à quinze francs par mois.
Salaire.
Ceux à qui l'on donne une instruction plus soignée reçoivent le vêtement et quelque cliose pour leurs menus plaisirs (i).
Notez bien que nous ne comptons pas les nombreux pourboires dont on les gratifie. Pour le plus petit service, un niatabiche... que si par hasard on l'oubliait, une petite question discrète vient bientôt rappeler à l'ordre!...
Au magasin d'étoffes, le rayon devant lequel stationnent le plus d'acheteurs est celui des tissus aux teintes voyantes. Plus l'assemblage des couleurs est criard, x^lus c'est beau! Les grands jeunes gens et les pères de famille sont de vrais enfants.
Et quand le Père s'étonne au spectacle d'un choix si baroque, ils rient de tout leur cœur. Les nègres du Congo ont du reste le rire extrêmement facile. Il suffit d'un rien pour exciter leur joie.
Que le Blanc fasse mine de sourire... A cette vue, hilarité générale, battements des mains, cris de jubilation ! . . .
Puisque nous parlons du goût des Congolais, disons un mot de leurs accoutrements :
Le dimanche à la grand'messe, c'est à pouffer de rire tant les costumes sont extravagants. Quelques-uns des indigènes sont très correctement mis, quant à la partie inférieure du corps : culottes d'un blanc irréprochable... Levez les yeux, le contraste est impayable.
Tel porte une chemise, dont les pans s'étalent majestueusement en dehors du pantalon et flottent comme des oriflammes. Tel autre a donné tout l'argent qu'il avait, pour se procurer à un jîrix invraisemblable une petite robe d'enfant. Il est tout fier de cette dentelle qui tranche affreusement sur le noir d'ébène de ce cou de taureau.
Un troisième — c'est la parure ordinaire des chefs — porte une longue redingote. En Europe, nous sommes
(i) Missions Belges, mars 1906. Réponse du Père Banckaert au rapport de la Commission d'enquête.
liiibitués à voir ce vêtement complété par le pantalon... Ici, on n'y regarde pas de si près...
En voici un qui, outre le pantalon et la chemise flottante, d'après la description ci-dessus se drape de plus dans une pièce d'étoffe en tissu écossais. Une vraie marionnette, quoi!... C'est le boy-cuisinier, un homme important; il voulait le faire voir. Il a réussi, sinon aux yeux des Pères, au moins aux yeux des natifs...