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LE LABOURAGE

travailleurs ou de travailleuses retournent le sol à la houe.

Au milieu de ces négrillons, un jeune Père en soutane blanche, le front ruisselant de sueur, donne l'exemple. Ardent à la besogne, il frappe et creuse, égayant de ses joyeux lazzis les petits moricouds. Parfois dans une bouffée de gaieté folle, Blanc et Noirs, s'appuyant sur leur outil, sont pris d'un rire homérique.

Puis les houes s'acharnent de plus belle sur la terre à retourner et le travail avance rapidement.

Cent soixante à cent soixante-dix hectares ont été ainsi conquis sur la brousse par les élèves des ^ Pères et les filles des Sœurs. Le sol travaillé, ^ viennent les semailles. Bientôt germeront riz, haricots, arachides, patates douces ; d'immenses champs de manioc s'étaleront au soleil et, plus loin, dans les parties moins humides, les bananiers s'aligneront en vastes plantations (i).

Les lianes à caoutchouc cultivées à Bergeyck-Saint- Ignace sont destinées à être répandues dans les fermeschapelles. Le paj^s sera ainsi mis en valeur.

Dans le jardin légumier, le long des chemins, des arbres de toute esi^èce, des fleurs, des plantes médicinales. C'est le jardin d'essai du Frère Gillet.

Plusieurs découvertes, vraiment

intéressantes, ont été par lui communiquées au Jardin botanique de Bruxelles.

MUSA GILLETH

(i) Voici quel était, en mai igoS, l'état des cultures appartenant aux Pères de Kisantu.

Manioc, 27 hect. 44; "z, 14 hect. 76; sorgo, 2 hectares; patates douces, 9 hect. 73; maïs, 8 hectares; arachides, 3 hect. 5o ; haricots, I hectare; bananeraies, i3 hect. 58; prairies artificielles, 11 hectares ; caoutchouc, 3 hect. 3?. ; eucalyptus, 2 hect. 4-5 cannes à sucre, 2 hect. Gi ; jardin potager, i hect. 5o. Total : 100 hect. 86. Depuis en a beaucoup augmenté. Rien que pour le riz, il y a 10 hectares de plus qu'en mai igoS.

Actuellement, c'est le Père Louis van Naemen, fils de l'honorable député de Saint-Nicolas, qui dirige les cultures à Kisantu. Les souvenirs des jours d'enfance passes au château paiernel, dans le pays essentiellement agricole de la Flandre, lui rendent de bons sei'vices et lui tiennent lieu d'expérience.

A l'époque de la guerre du Transvaal, les journaux Lebétaii illustrés ont publié beaucoup de gravures représentant les grands attelages à bœufs des Boers. Pareils attelages sillonnent l'exploitation de Kisautu.

Quels grands yeux ils ont ouverts, les sauvages congolais, quand, pour la première fois, ils virent un équipage de ce genre, ces huit ou dix animaux, aux cornes puissantes, tirant une lourde charge de pierres ou de madriers. Ces grosses bêtes sont donc autre chose que du mbizi (viande) et peuvent être utiles ailleurs qu'aux repas!.,. Peut-être les vieux ont-ils pensé au portage de jadis! En tout cas, de plus en plus convaincus, ils répètent : « Le Blanc est malin ! »

Le gros bétail élevé à Kisantu est ensuite répandu dans les grands postes et dans les fermes-chaijelles. Si aucune épidémie ne vient s'abattre sur le troupeau, ce sera, dans quelques années, une immense source de richesse pour les Noirs en voie de civilisation.

Une cinquantaine de porcs « nègres » — car au Congo les cochons sont aussi noirs que les hommes — trottent en liberté dans le bois et la brousse, fraternisant avec quelques chèvres et les trois cents poules de la Mission.

Culture et élevage, tout se fait évidemment sous l'impulsion et le contrôle direct des Pères. Cependant, les jeunes gens ne sont pas simplement des manoeuvres. On tâche d'en faire des hommes, capables de diriger à leur tour une exploitation agricole.

De fait, dans beaucoup de fermes-chapelles, le kaj)ita, formé à la Mission centrale, arrive à des résultats excellents.

«Un jour, raconte le Père Brielman,je revins àKisantu, Les métiers, après une absence assez prolongée. L'air résonnait de coups de marteaux, de coups de truelles; ici des forgerons, là-bas des brasseurs, plus loin des menuisiers, ailleurs des briquetiers, des bûcherons, des laboureurs, des maçons. Le bruit sourd, le bourdonnement de tout ce monde au travail, me faisaient comparer l'endroit à une ruche d'abeilles.

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LE P. VAN NAEAIEN

)) L'ensemble me rappelait les grandes usines de Belgique, que plusieurs fois j'avais eu l'occasion de visiter... (i). »

Etrange côté de la vie du missionnaire, que cette nécessité de pourvoir soi-même à tous ses besoins !

Ici en Belgique, a-t-on envie d'un écrou, on appelle le forgeron.

Je veux bâtir... Un arcliitecte accourt, suivi d'un entrepreneur avec ses charpentiers et ses maçons.

Je désire des souliers... Le cordonnier prend mesure... Voilà, monsieur!...

Au Congo, il y avait bien quelques forgerons indigènes, mais ces pauvres diables en étaient à l'A B C du métier.

De cordonniers, de maçons, il n'en était pas question, puisque les nègres courent pieds nus et ne bâtissent pas en briques !... Les Pères, donc, et surtout les excellents Frères coadjuteurs, ont dû se faire tour à tour, suivant les besoins du moment, scieurs de long, menuisiers, maçons, briquetiers.

zingueurs, jardiniers, laboureurs, !' fermiers, etc. ! •''"

Avant de partir, on avait eu soin de les initier quelque peu à ces divers métiers. f

Les résultats ont dépassé les espérances, car les élèves qu'ils ont formés rendraient des points à bien des ouvriers d'Europe.

Aujourd'hui, les Frères n'ont plus qu'à indiquer l'ouvrage à faire. Ils ne doivent même plus surveiller l'exécution.

Les apprentis d'hier ont été si bien dressés, qu'ils sont

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