PONT DANS LE BAS-CONGO
jamais reçu les soins affectueux d'une mère, sont mal constitués. Parfois ils semblent vraiment atteints de cleptomanie. Un jour, au commencement du dîner des Pères à Kisantu, on amène un de ces gamins qui pour la centième fois avait été pris à dérober.
— Pourquoi volez-vous ainsi? lui dit-on.
— Parce que j'ai faim.
— Hé bien, chaque fois que vous avez faim, venez me demander ce que vous voulez, je vous le donnerai ; mais ne volez plus.
Le gamin s'en va en disant : c'est bien. Avant la fin du dîner on le ramenait : il venait de commettre un nouveau larcin !... Pauvres diables !...
Ils arrivent si maigres, si faibles, qu'il faut des années pour leur donner quelqu'apparence de vigueur. Puis, rejetés par leurs proches, ne recevant aucune nourriture, ils n'avaient à manger que ce qu'ils parvenaient à dérober. Aussi, sont-ils les plus incorrigibles voleurs qui soient sous le soleil.
On pourrait les décrire tous en détails, ils en valent la peine, mais ce serait trop long... et trop triste... (i).
Trois fois par an, au Nouvel an, à Pâques et en septembre, les jeunes habitants de la colonie ont des vacances, pendant lesquelles ils peuvent retourner dans leurs villages s'ils le désirent. Quand on leur accorda pour la première fois cette faveur, plusieurs missionnaires étaient assez sceptiques : « Vous verrez, disaient-ils, les pigeons envolés ne reviendront pas au colombier ! »
Ils se trompaient : au jour fixé pour la rentrée, le colombier se remplit de nouveau !... Il faut croire que les oiseaux ne s'y trouvent pas mal !...