A LA COLONIE DES SŒURS
Religieuses missionnaires. — Premier départ des Sœurs de Notre=Dame. — Souffrances.
— Un contraste. — L'éducation des filles.
— Internes et externes. — Les pénitences en usage.
Quand on parle de missionnaires, nous nous représen- Religieuses tons ordinairement des hommes à grande barbe, bâtis missionnaires, exprès, semble-t-il, pour affronter les dangers, les douleurs et les maladies.
(i) D'api'ès nue lettre du Père Sadiu.
Et nous ne songeons pas qu'à côté de ses prêtres, de ses apôtres, l'Eglise a ses vierges missionnaires, d'autant plus grandes par leur courage, qu'elles sont plus faibles par leur sexe.
En Amérique, en Australie, aux Indes, au Congo, en Chine, dans les léproseries de Molokaï, partout on les trouve, consacrant leur vie à l'éducation de la jeunesse, servant de mères aux petits orphelins et d'infirmières aux pauvres malades dans les hôpitaux.
La Belgique seule a cinq cents de ses filles ainsi dispersées par le monde, et dans ce nombre ne sont pas comptées les nombreuses Belges qui font partie des congrégations religieuses étrangères (i).
Dans la Mission du Kwango, ce sont les Sœurs de Notre- Dame, de Namur. « J'ai vu partir nos premières reli- Premier gieuses, disait le Père Van Tricht. Elles étaient sept ce drisiotre-Da°^"e'^* jour-là... leur Supérieure ne descendit pas seule la iiasserelle qui conduisait au navire, elle guidait doucement, comme on fait d'un enfant, sa vieille mère... Oh! les
(i) La Métropole a donné, en igoS, le nombre des missionnaires que la Belgique possède à l'étranger.
« ... 29 congrégations d'hommes et 18 congrégations de femmes envoient aujourd'hui de leurs membres aux pays infidèles; nos compatriotes, à ce titre actuellement à l'étranger, se répartissent comme suit :
Hommes : Jésuites, 202; Pères de Scheut, 179; séminaire américain de Louvain, i3o; Rédemptoristes, 100; Prémontrés, G7 ; Capucins, 4'j; Frères Mineui's (Récollets), 4^ ; Pères Blancs d'Afi'ique (Lavigériens), 38 ; Congrégation de Picpus, 87; Frères de la Charité de Gand, 3-; Oblats de Marie, 3o; Marianites, 2(3 ; Xavériens, 25; Missionnaires du Sacré-Cœur (Borgei'hout), 20; Prêtres du Saci'é- Cœur, 17; Bénédictins, 16; Trappistes, i3; Carmes, 10; Passionistes.g; Dominicains, 8. Au total, 1,101.
Femmes: Sœurs de la Charité de Lovendeghem, 08; Sœurs de Charité de Gand, 59; Filles de la Croix de Liège, 52; Dames du Sacré-Cœur, 40; Dames de l'Instruction Chrétienne, 3G; Franciscaines missionnaires deMarie, 35 ; Religieuses des Sacrés-Cœurs, 3i; Sœurs de Notre-Dame de Namur, 2G; Dames de Saint-André de Tournai, 25; Sœurs de Sainte-Max'ie de Namur, 19; Ursulines de Thildonck, 18; Sœurs de Gyseghem, 17; Sœurs Franciscaines, i() ; Franciscaines de Gand, i5; Sœurs de Berlaer, i3; Sœurs de Champion, 12; Réparatrices, 10; Sœurs Blanches d'Afrique (Lavigériennes), 6. Au total, 5oi.
regards de cette mère sur cette enfant qui s'en allait ! Comme elle la dévorait, sentant bien qu'elle ne la reverrait i)lus !... Elle ne lui parlait pas, mais sans cesse l'appelait de son nom, de ce petit nom d'enfance, dont elle l'appelait quand elle la tenait sur ses genoux...
w La sirène hurla son signal lugubre... l'heure était là!... Sanglotante, la mère se jeta au cou de sa fille et longuement l'étreignit dans ses bras... Elle partit... mais elle revint, elle revint encore, ne sachant pas s'en aller...
» Et quand des amis l'entraînèrent et que démarra le navire, elle, debout sur le quai, penchée comme pour suivre son enfant, de loin, avec ses vieilles mains tiemblantes, lui envoyait encore ses baisers.
■>■> C'est la coutume au Christ de demander en sacrifice le sang des cœurs, et i)armi ceux qui Le connaissent et qui L'aiment, nul ne s'étonne; sachant qu'il a donné sa vie pour nous, nous savons que nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères (i). »
Souffrances Parmi CCS sept religieuses de ce premier départ, aucune
n'est morte. Deux sont rentrées en Belgique pour rétablir leur santé : l'une est déjà repartie; la seconde repartira bientôt.
Une autre est revenue en Europe en décembre dernier, avec une compagne récemment arrivée en Afrique. Huit ans durant, la maladie la tint clouée sur son lit à Kisantu. Complètement paralysée, elle ne pouvait qu'offrir ses prières et ses souffrances pour le salut des nègres.
Si la mort n'a pas fait de victimes parmi les sept premières missionnaires, elle n'a cependant pas épargné complètement la communauté des religieuses du Kwango. Deux Sœurs irlandaises ont succombé, et là-bas, au milieu des Noirs, elles reposent en la terre d'Afrique.
Puissent-elles, du haut du Ciel, protéger leurs compagnes d'apostolat !
(i) Vax Tricht. Conférence : « Le Congo belge ».
Il y a quelque chose d'étrange à la fois et de touchant dans la destinée de ces femmes.
Hier, dans leur calme couvent de Belgique, elles allaient de leur cellule à la chapelle, de la chapelle à leur classe ou à leur salle d'étude.
Aujourd'hui, portant le (basque par-dessus leur blanche cornette, elles élèvent de petites sauvages, parcourent les villages congolais, font de l'élevage, dirigent des cultures.
Tout est changé : leurs habitudes, leur nourriture, leur vêtement même, tout... sauf leur cœur, leur dévouement, leur foi!
Au lieu des paisibles promenades, dans le petit jardin du couvent, elles vont à la chasse aux âmes à travers la brousse.
Cinq d'entre elles détachées de Kimuenza pour aller s'établir à Ndembo, à travers forêts et savanes, sous le lourd soleil d'Afrique, entreprennent le rude voyage. Après deux ans d'efforts, elles vont fonder la colonie de Kisantu, où bientôt toutes les Sœurs de Kimuenza viennent les rejoindre.
Elles ne se découragent pas pourtant. De Kisantu part une nouvelle équipe et l'on va tenter à Nlemfu ce que l'on a autrefois tenté à Ndembo.
Maintenant, grâce à Dieu, la petite colonie de Nlemfu semble en pleine prospérité.
Contraste.
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L'établissement des Sœurs est à quelques minutes de celui des Pères. Rien cependant n'est commun entre les deux colonies, sauf les exercices qui se font à l'église paroissiale.
Education des filles.
Somme tonte, on pourrait répéter pour les filles presque tout ce qui a été dit pour les garçons.
Une différence essentielle pourtant. Tandis que les jeunes gens, pendant leurs temps libres, jouissent de la plus absolue liberté, les filles, elles, demeurent sous la surveillance de leurs maîtresses, ^ absolument compoe les