‹ Au Congo et aux IndesChapitre 6 sur 114 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE MODE d'ÉVANGÉLISATION

Limites de la Mission. — Intelligence du Noir. — Trait de mœurs. — L'éducation de la jeunesse.

La Mission du Kwango a été fondée en 1898. Voilà treize ans qu'elle existe. Eu ce court laps de temps, d'immenses progrès y ont été réalisés; progrès spirituels et progrès matériels.

Les voyageurs qui ont parcouru les sauvages contrées congolaises sont stupéfaits quand, arrivant à Kisantu (Bergeyck-Saint-Ignace), ils se trouvent pour ainsi dire brusquement transportés en pays civilisé.

« On reste confondu, écrit le comte Hippol^'^te d'Ursel, devant la hardiesse avec laquelle, réduits à leurs seuls moyens, les missionnaires ont, sous ce ciel brûlant, fait plier la nature elle-même devant la ténacité de leur labeur (i). »

Comment les Pères s'y sont-ils pris pour arriver à ces résultats?

La Mission confiée par la Propagande aux Jésuites Limites

belges comprend le district du Kwango et la majeure partie du Stanley-Pool.

A l'ouest, elle a pour limite le chemin de fer; au nord, le fleuve Congo jusqu'au Kassaï, puis le coude du Kassaï jusqu'aux montagnes qui séparent son bassin de celui de la rivière Kwilu-Djuma; à l'est, ces mêmes montagnes

(i) Lettre du Comte d'Ursel au Mouvement des Missions catholiques au Congo. Sept. igoS.

jusqu'aux limites méridionales de l'État; au sud, l'Angola portugais.

La superficie du territoire ainsi délimité est environ quatre fois celle de la Belgique.

Voulant civiliser et conquérir au christianisme cette vaste région, les missionnaires font marcher de front la colonisation et l'apostolat.

Restaurer, chez les pauvres Noirs, avant d'y faire régner la grâce, la nature humaine si profondément déchue, faire de ces nègres paresseux et vicieux, non seulement des baptisés, mais encore des hommes actifs et industrieux, tel fut, dès le début, l'idéal qu'ils se proposèrent. Pour l'atteindre, inutile de songer à travailler sur les adultes, déjà encroûtés dans la paresse et dans les tristes misères qu'elle engendre.

Intelligence Le Congolais adulte, du moins

dans le Bas- Congo, paraît, en général, incapable d'apprendre.

Abruti par l'inaction et la vie uniquement animale qu'il mène, c'est tout au plus s'il parvient à comprendre les notions les plus élémentaires.

Lui demander de retenir, c'est trop exiger de lui. Une vieille sauvagesse était toute fière d'avoir

su apprendre le signe de la type de nègre du bas-congo

croix. . . en quatre mois ! . . . Encore

ne réusbissait-elle pas chaque fois aie tracer correctement. A partir de i5 à 20 ans, les casiers de la mémoire semblent remplis. Plus mo3^en d'y loger quelque chose.

du Noir

A quoi se réduit donc l'action du missionnaire sur les adultes ? A lâcher d'amener les indigènes aux prières et

nécessaire suffisent, on en fait, « un voleur

aux catéchismes publics pour leur faire saisir peu à peu ce qu'est Dieu et la religion.

Ou peut ninsi, lorsqu'un nègre est malade, lui rappeler brièvement les grandes vérités déjà souvent entendues.

Une bonne mémoire n'est pas alors, Quelques courtes questions et, si le moribond est bien disposé, selon une pittoresque expression :

de paradis ». Dans une foule de postes déjà, quand un païen est gravement malade,les autres accourent chercher le missionnaire ou à son défaut le catéchiste. Jadis, on n'appelait que le sorcier! Satisfaits, faute de mieux de ne convertir les adultes que par raccroc, les Pères ont porté leur principal effort sur l'éducation de la jeunesse nègre. Ils tâchent trois jeunes élèves des pères d'inculquer aux petits sauvages

des principes religieux, le goût du trav^ail ; de leur montrer, par les expériences qu'ils leur font faire, le bien-être qu'on peut se donner moyennant un peu de peine.

D'après les coutumes congolaises, les enfants n'appar- Trait de mœurs, tiennent pas à leur père, mais bien à leur oncle maternel. Les enfants, du reste, ne s'occupent pas de l'auteur de leurs jours.

Le Père Opdebeeck demandait un jour à un négrillon : « Comment se nomme votre papa?... » L'autre crut qu'il se moquait de lui. Il se mit à rire et s'en alla sans répondre.

Le père, du reste, ne se soucie guère de sa progéniture ; quant à l'oncle, il ne voit dans les enfants que leurs services ou le profit qu'il peut en retirer.

Dès lors, il confie, sans beaucoup de difficultés, la jeunesse aux « Blancs de Dieu », surtout quand ceux-ci, pour

arranger les choses, offrent quelques cadeaux : brasses d'étoffe, couteaux, canifs.

Tout profit, pensent ces messieurs noirs : bouclies de moins à nourrir et matabîche (cadeau) bien gagné. Éducation. A la colonic, Ics jeunes gens apprennent le catéchisme,

la lecture, l'écriture, le calcul et divers métiers, suivant les capacités dont ils font preuve.

Des plus intelligents on fait des catéchistes agronomes, qui sont placés à la tête des postes secondaires.

Ces postes, nommés fermes-chapelles, donnent à la Mission du Kwango sa phj'^sionomie propre.

Disséminés dans les villages indigènes, ils sont comme des jalons dans la zone où les missionnaires étendent peu à peu. leur influence.

Ils sont visités fréquemment par un prêtre, qui donne aux jeunes colons conseils, encouragements ou réj^rimandes, et, en restant quelques jours au milieu d'eux, renouvelle leur piété et leurs bonnes dispositions.

A côté des Pères, éducateurs des jeunes gens, se trouvent les dévouées Sœurs de Notre-Dame. Elles élèvent et instruisent les filles, de manière à en faire un jour des épouses et des mères chrétiennes. Le comte d'Ursel a fait, en ces quelques lignes, un magnifique éloge de leur œuvre : « La patience des bonnes Sœurs arrive à faire de ces sauvages des enfants soumis, instruits, et chose non moins étonnante... propres! J'ai vu leurs classes irréprochables, classe de lecture, d'écriture, de calcul, classe d'ouvrage, où sont confectionnés à la machine les robes des enfants, des vêtements de femmes, — une des grandes fiancées venait de terminer sa robe de noce ! — et même, d'irréprochables costumes pour les agents blancs. »

L'action d'un côté sur les jeunes gens, de l'autre sur les jeunes filles, prépare une génération chrétienne en bonne voie de civilisation.

Page 1