LES ECOLES
Importance et difficultés. — Genres d'écoles. — Une classe. — Le Collège Saint=Louis, à Galle. — Les bâtiments. — Les élèves. — Les études. — Académie singhalaise.
A Ceylan, tout comme ailleurs, la question scolaire est pour la mission une question de vie ou de mort.
L'adulte échappe presque totalement à l'action du missionnaire. Hcste la jeunesse; à l'école, de la transformer, de créer ainsi une génération nouvelle en facilitant l'instruction et la persévérance des élèves catholiques, en rapprochant du prêtre les enfants bouddhistes, qui forment la majorité de la population scolaire. C'est l'œuvre la i)lus féconde, mais celle aussi qui réserve au missionnaire le plus de tracas : ennuis pécuniaires, difficultés de recrutement du personnel enseignant, rivalité des bouddhistes et efforts de l'apostolat protestant, il y a de tout!
Ah ! la pauvreté, que de fois elle arrache des larmes au
Importance
et difficultés.
prêtre! La multiplication des écoles décuplerait les conversions, et par malheur la bourse est vide. Comprend-on alors la joie du missionnaire, quand, un matin, un pli venu d'au delà des mers — de la Belgique aimée — lui annonce l'envoi d'une aumône? Vite l'école surgit de terre; elle s'ai^pelle Saint-Michel, Sainte-Barbe, Saint-Servais, du nom d'un collège qui l'a fondée ; si elle est due à la générosité d'un particulier, ses murs suffiront à garder vivant au cœur du prêtre et des enfants le souvenir du bienfaiteur.
La présence journalière de soixante enfants est requise pour que l'école soit enregistrée par le gouvernement; elle acquiert alors le droit à un subside, pourvu que le résultat des examens soit satisfaisant.
Seconde source d'embarras : les maîtres et maîtresses. Il faut de l'argent pour les payer, de la patience pour réparer leurs maladresses et avant tout de la prudence pour les choisir.
« J'avais besoin d'un maître d'école, écrit le Père Staclie; je mis une annonce dans les journaux, et voici la traduction d'une des lettres que je reçus alors. Ai^rès m'avoir offert ses services et décliné tous ses titres : « Je » suis un catholique, ajoutait le candidat, mais pas un » catholique romain; mais je suis un chrétien et j'adore le » même Dieu et Sauveur; en retour, vous voudrez bien » m'aider, si vous êtes un réel bon Samaritain. » Mais, hélas! je ne fus pas, ce jour-là, un réel bon Samaritain. Outre qu'il n'était pas un catholique romain, il n'avait aucun certificat de nature sérieuse, témoin le suivant : « Je connais monsieur un tel, je le crois capable de faire » face à toutes les situations dans lesquelles on pourrait le » placer. » On x^eut craindre avec raison ceux qui ont des connaissances si universelles. »
Devant les progrès du catholicisme au sein des jeunes générations, l'ardeur des bouddhistes se réveille : articles virulents publiés dans les journaux, défenses faites aux parents d'envoyer leurs enfants à l'école des prêtres, sonneries de cloches et processions, distributions de x:)rix pour les fleurs portées à Bouddha, tout est mis en œuvre avec d'autant plus de facilité que l'argent ne fait pas défaut.
Les Wesleyens, eux aussi, déploient une activité digne
d'une meilleure cause ; mais la stérilité de tant d'efforts n'est pas loin de décourager bon nombre des leurs.
Les exigences sociales de la colonie nécessitent à Ceylan Genres d'écoies. deux genres d'écoles catholiques : les écoles singhalaises gratuites et les écoles anglaises payantes.
Les premières sont des écoles primaires où l'on enseigne le dialecte de la région, l'aritlimétique et la géographie.
L'école anglaise comprend neuf classes : F « alphabet class » et les huit « standards ». L'enseignement s'y donne en anglais ; les exercices principaux sont la dictée, la lecture et l'arithmétique. Dans les trois cours supérieurs, le maître a la faculté de mettre au programme l'algèbre, la géométrie et bien d'autres branches encore,... le latin même : ce qu'il ne manque pas de faire, s'il connaît tant soit peu ses déclinaisons.
Les English bigh schools des Pères sont spécialement estimées des bouddhistes eux-mêmes ; elles fournissent à leurs yeux la vraie éducation anglaise, et l'éducation anglaise est précieuse pour les vSinghalais qui dédaignent fort la culture des champs et n'ont pas d'autre idéal qu'un poste dans l'administration.
Une classe à Ceylan rappelle-t-elle une classe de Bel- uni classe, gique ?
Oh ! que non ! C'est plus original.
Aboyez d'abord ce mélange plus ou moins harmonieux de têtes noires, brunes, presque blanches, demi-rasées ou coiffées d'un fez, et cette variété d'accoutrement depuis la blouse et le veston à l'européenne jusqu'au pagne indigène.
La classe commence. Une petite prière durant laquelle les catholiques s'agenouillent; les autres restent debout.
Neuf cours : donc trois professeurs. C'est coutume reçue, faute d'argent et l'on s'en tire à merveille. Los élèves de deux cours font un travail fixé pendant que ceux du troi-
sième récitent leur leçon j)rès du professeur. La récitation terminée, ils s'en vont avec un devoir; un autre cours leur succède.
Aussi bien, n'est-il pas question ici de silence. Chacun de ces gamins étudie à haute voix; le tintamarre ne gêne
personne. Pour les empêcher do s'entr'aider, on les enverra même au besoin travailler dans tous les coins de la classe : mesure dangereuse peutêtre, chez nous, là-bas nullement incompatible avec le bon ordre. Les jeunes catholiques sont seuls tenus d'assister au catéchisme; les rassembler n est pas toujours chose facile et tel Père se souvient encore de son premier essai de convocation, qui échoua complètement ; aucun des enfants ne répondit à l'appel. Une fois l'école créée, les choses marchent mieux : il faut bien venir en classe. Pas n'est besoin de brillants discours dans l'exposé de la religion ; on instruit surtout et l'on prémunit contre le retour au bouddhisme.
LES ELEVES DU P. STACHE A RATXAPURA
Collèg:e
Saint-Louis
à Galle.
Écoles singhalaises, écoles anglaises. Les efforts de Monseigneur et des Pères ont réalisé davantage : Galle possède un véritable collège, le Collège Saint- Louis. Outre Valphabet class et les huit standards ordinaires, il a ouvert des cours préparatoires aux examens de l'Université de Cambridge.
Un établissement qui préx3are au Cambridge examination, vous vous imaginez peut-être une seule et immense construction. Eli bien! ce n'est pas cela du tout, c'est tout simj)lement un ensemble de trois maisons séparées et sans étage.
La principale est la grande salle; grande salle aux jours de re^Drésentation, en d'autres temps classes et études. Dans ce vaste local de 27^5 de long, 10 mètres de large et 12 mètres de haut, se donnent, tous les jours, simultanément sept classes à un total de deux cents élèves. Sept classes simultanément?
Oui. Chaque cour est emjDrisonné dans une cloison de toile de i™75 de hauteur : cela coui)e la vue; mais... le bruit!
A quinze pas de là, s'élève une seconde habitation à trois pièces, dont l'une réservée à un prof es- ^, ^
Les bâtimeots.