‹ Au Congo et aux IndesChapitre 60 sur 114 · LA BAEQUE BU P. SCHAEFER · texte numérisé non relu

LA BAEQUE BU P. SCHAEFER

forcé de se défendre, essaya d'abord d'enlacer son antagoniste dans ses formidables nœuds.

» Ce ne fut pas un spectacle banal que de voir les ondulations de son grand corps autour du chien, qui, rusé et alerte, par des mouvements brusques et des bonds inattendus, échappait à toutes ses poursuites.

» Le monstre voyant qu'il n'obtenait rien par ces manœuvres, changea soudain de tactique et roula ses anneaux en une masse compacte et immobile ; au-dessus de lui se dressait, horrible et menaçante, sa tête à gueule ouverte, projetant la langue dont le dard s'agitait comme une flamme...

» Le chien x^assa à l'offensive et, par des voltes rapides en tous sens, tacha de désorienter le serpent en fatiguant son attention, épiant en môme temps le moment opportun pour se lancer en avant et le prendre à la nuque...

» Debout sous l'embrasure de la porte, je suivais haletant toutes les péripéties de ce combat homérique où, à tout moment, les chances de succès semblaient passer d'un adversaire à l'autre.

» Tout à coup, une feinte admirable du chien, tournant à gauche pour se précipiter aussitôt à droite, puis un bond rapide comme l'éclair, et ses terribles mâchoires serraient le cou du serpent...

» Il y eut un broiement formidable suivi d'un sifflement affreux; quelques secousses convulsives et la tète du monstre, lâchée par le chien, retomba inerte sur son corps inanimé.

» Je reprenais longuement haleine en caressant le vainqueur qui frottait sou large museau contre mes genoux, lorsque la voix criarde de la vieille Vitanachy, ma voisine, vint frapper mon oreille.

« Ah! le malheureux chien! )) s'écria-t-elle avec colère, qu'a-t-il fait ? Il a tué mon serpent ! Ah ! mon i^auvre nayâ ! te voilà mort ! qui chassera désormais les rats de la maison ? qui empêchera la vermine des jungles de venir l'infester!... »

» Surpris de ces plaintes étranges, j'allai aux informations. Leur résultat m'affecta désagréablement, car j'appris qu'au lieu de délivrer la terre d'un monstre redou-

table, Pândou n'avait fait que tuer un animal inot'fensil' qui, malgré son apparence farouche, servait de chat à ma voisine. »

Qu'est-ce qu'une visite d'es/afes? N'allez pas croire que chez

•ce soit une visite ordinaire, comme celle que ferait un '^* Tamouis. pasteur dans nos régions. Marcher, courir, sauter, x^asser les rivières avec de l'eau jusqu'aux genoux, chercher les -catholiques disséminés dans une population nomade et les rassembler : œuvre fatigante, dont les fruits sont peu apparents. Mais il y a là des baptisés; peut-on les laisser privés des secours de la religion? 11 y a là de pauvres parias, et les déclassés du monde n'occupent-ils i^as la première place dans le royaume du Christ?

Comment résister d'ailleurs à tant d'appels, comment ne l)as tenir compte de leur foi, de leur générosité? Si de leur maigre salaire ils ont pu soustraire une obole, une petite chapelle — oh ! bien modeste — • s'élève dans les plantations <it quand le pi'ùtre est annoncé, le soir après leur rude journée, ils partent à sa rencontre pour lui faire un de ces accueils enthousiastes dont le Père Théodule Xeut nous a laissé la description.

« Leur cortège n'est certes pas à comparer à celui de Laréceptioa Saint-Lambert, à Liège, ou aux processions de Bruges.

» A Udaboye, il pleut à torrents; néanmoins les clarinettes vont leur train, les tambours trempés d'eau sont vite réduits au silence, mais malgré la pluie la petite sonnette ne se tait pas. Cette pauvre petite fille, qui marche devant moi, ne s'aper^-oit ni delà rafale, ni de la fatigue. Outre sa clochette qu'elle agite d'une main, elle tient de l'autre deux drapeaux. Ses sœurs en portent trois chacune. De temps en temps, ses forces trahissent son courage et les drapeaux lui échappent au risque de me crever un œil. Vite elle les ressaisit. Plus d'une fois j'ai envie de l'aider, mais il paraît que cela ne m'est pas permis. Heureusement, son père qui dirige tout le cortège vient à son secours. »

Aussitôt arrivé, le Père se met à l'œ-uvre, fait réciter les prières, interroge sur le catéchisme, entend les confessions; puis, vers minuit, tous se retirent dans leurs chaumières.

Dès 3 heures, ils sont debout, et dans la petite chapelle édifiée à leurs frais, ou dans la misérable hutte élevée de leurs mains, Jésus descend sous les voiles eucharistiques.

A 6 heures ils se remettent au travail, plus courageux, plus vaillants juscxu'à la prochaine visite de Dieu.

Et quand le missionnaire, malgré les misères qu'il a dû. déplorer, malgré ses longues marches et ses pleines, qui n'ont peut-être profité qu'à peu d'âmes, quitte la plantation où le Christ s'est fait le consolateur du paria, d'elle-même l'hymne d'action de grâces monte à ses lèvres.

Durant des semaines il court ainsi d'estate en estate, se souvenant que Jésus pleurait sur les foules qui erraient sans i)asteur.

Page 1