LES DEBUTS
La propriété. — Le provisoire. — Les travaux.
L'établissement serait fondé. Mais à qui en confier la direction? Le Pape tourna ses regards vers la Compagnie de Jésus. La Province belge, surchargée déjà par l'entretien de tant de collèges et de résidences, et qui, à cette heure même, dans sa florissante Mission du Bengale occidental, pouvait à peine suffire au grand mouvement de conversion provoqué par le Père Lievens, répondit pourtant au désir du Souverain Pontife. Dieu appelait. Il pourvoirait à tout.
Restait à choisir un bon emplacement. Dans ce grand pays, le croirait-on, trouver ne fut pas chose facile. Aidé du Père Grosjean, qu'il avait fait nommer Supérieur du futur séminaire, Mgr Zaleski se mit en route, explora toute l'Inde, courut plateaux et vallées ; plus d'un an de recherches!
Enfin, on découvrit à Ceylan, à 2 kilomètres de Kandy, sur les hauteurs d'Ampitiya, un site unique. Le temps de reconnaître les lieux, de réaliser les achats et l'on se trouva en possession d'un magnifique lot de 100 hectares.
La propriété couvre une chaîne de cinq collines, dont elle occupe les deux flancs. D'un des sommets, regardons au sud : devant nous s'étend une petite vallée de i kilomètre de largeur ; au fond, le joli village d'Ampitij^a, coupé par la grand'route de Kand}^ et là-bas, derrière, une dentelle de collines qui atteignent jusqu'à 3oo mètres.
Retouriions-nons vers le nord; le spectacle change et devient grandiose : à 20 kilomètres, fermant l'horizon, un mur de montagnes de 2,000 mètres; au pied même de la propriété, le « Grand fleuve au sable «, le Mahaveli-ganga, qui serpente dans la vallée et roule vei-s l'est ses eaux bloudes; entre les deux, des terres fertiles remontant en pente douce.
A l'ouest, à quelque I25 mètres plus bas, dort, au milieu d'une végétation tropicale, le grand lac de Kandy; tout près, le temple de Bouddha, la ville, et plus loin des cimes élevées se découpant dans un de ces ciels purs de l'Inde.
Le terrain acquis était caché tout entier sous la jungle; et la jungle, c'est le pêlo-mêle impénétrable des herbes, des lianes et des plantes, dont rien en Europe ne rappelle l'aspect ni les proportions.
Il fallait détruire tout cela, bâtir ensuite.
Mais alors, à quand l'ouverture du séminaire? Le Père Grosjean ne connaissait pas les retards; on ouvrirait sur l'heure. Les prospectus sont lancés, une maison est louée sur une colline, non loin du lac, et, le 3 mai 1898, le premier élève se présente. Au bout de trois mois, on était quinze, et l'on dut se procurer un second immeuble.
Pendant plus d'un an, pour la classe les uns montaient, pour les repas les autres descendaient, pour l'étude chacun avait sa j)etite table de bois. Le Père Grosjean resta seul avec ses séminaristes pendant près de cinq mois : c'étaient les pénibles et humbles débuts qui marquent les œuvres de Dieu.
Enfin, le renfort arriva : trois missionnaires débarquèrent en octobre 1898. De nouvelles demandes parvenant sans cesse au Père Suj)érieur, les deux habitations se firent trop petites. Où aller? Le défrichement s'opérait lentement; du beau séminaire projeté rien encore n'était sorti de terre. Le Père Grosjean décida d'élever un bâtiment provisoire dans la propriété même, à proximité du futur édifice. Des pierres extraites sur jalace, de la boue faite d'un peu de chaux et de beaucoup de sable : c'était
plus qu'il n'eu fallait. La construction fut vite debout, simple, pauvre, et, au milieu de la seconde année, on quittait les abords du lac pour s'établir là-liaut, chez soi, à 400 i)ieds au-dessus de la vallée.
Ce provisoire allait durer cinq ans, car la nouvelle bâtisse s'élevait avec une lenteur désespérante. Oli! ce n'était pas la faute du Père Grosjean, ni surtout du Père Koch, l'arcliitecte en titre. Il avait fallu d'abord niveler le sol au sommet de la colline, miner les roches gênantes, ouvrir des carrières. Et quels tristes travailleurs ! Le Père Koch mit à conti'ibution toute sa patience pour les former, pour leur apprendre la diligence, même en l'absence du maître, pour obtenir un ouvrage qui ne fût -pas à recommencer le lendemain. Quand l'ouvrier fut formé, l'argent manqua, les plans traînèrent, les entrepreneurs faussèrent compagnie, des pluies diluviennes arrêtèrent les travaux.
Enfin, la persévérance triomi^ha de tout; au début de 1899, une aile était achevée et la majeure partie des séminaristes s'abritait sous un toit définitif.
A la fin de la même année, toutes les constructions étaient terminées : le séminaire, dédié à saint Erançois Xavier, l'apôtre des Indes, se dressait, dominant la plaine, comme un heureux pié&age pour l'aA'tnir.