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CHAPITRE Vil

LES MARIAGES t'IIRÉïIEXS

La demande officielle. — Fiançailles. — Le mariage religieux. — Le mariage civil.

L’œuvre principale des Sœurs de Notre-Dame est de préparer des épouses elirétieuues aux jeunes gens élevés par les Pères.

Très originale, très congolaise surtout, la manière de se marier là- bas.

Chez le missionnaire arrive un jeune homme.

— Mfumu, je voudrais une femme.

— Ah ! ah !... C’est très bien, mon ami! C’est une excellente idée...

Et ., vous connaissez une fille qui vous plaise?

— Non, mfumu !...

— Alors vous désirez choisir parmi celles qui sont chez les Sœurs ?

— Oui, mfumu!...

— Très bien...

La demande oSficielle

Nous irons voir...

Et le Père missionnaire;, mi:sa(;ks ciiuktuas

accompagné de son protégé, se

rend au couvent. Devant eux on fait comparaître toutes les filles en âge de se marier.

Fiançailles

— lié bien, mon garçon?

Suit une inspection plus ou moins longue de chacune de ces demoiselles.

— Celle-là !...

— Très bien... et vous, ma fille, est-ce que vous voulez être la femme de ce garçon-là?

Suit la contre-inspection... parfois une longue hésitation. Pendant ce temps, l’intéressé regarde de côté avec la plus parfaite indifférence...

Quand mademoiselle a fini de regarder monsieur, elle fait un cc oui » flegmatique ou bien un « non ! »

Si c’est non, le prétendant évincé ne se trouble pas. Il en demande une autre et tout est dit.

Cela nous choque peut-être, cette façon de prendre son épouse, cette espèce d’étalage au choix...

Hé, ne faisons pas trop les fiers!... Quand dans les fêtes mondaines, les théâtres, les bals, les concerts, les jeunes filles sont conduites par leur mère, qn’est-ce donc, sinon un étalage où les jeunes gens pourront venir choisir?...

Les Congolais 3' mettent moins de forme peut-être; ce que nous pensons tout bas, ils le disent tout haut; au fond, y at-il une si grande différence?...

Une fois fiancés, les « futurs )> peuvent se voir fréquemment.

— Mfumu,... je voudrais porter à manger à ma fiancée.

— Mais n’a-t-elle donc pas à manger chez les Sœurs?

— Oui !...

— lié bien alors?...

— Ça n'est pas de mon manger...

La permission octrojme, les voilà en quête de chenilles, rats, souris, sauterelles, fourmis, etc.

Au jour fixé pour la visite, les fiancés se rendent tous ensemble au couvent des Sœurs et leurs futures viennent les rejoindre.

Parfois ils forment un grand cercle et la conversation s’engage générale.

Ordinairement ils s’installent par couples. Monsieur s’assied ])ar terre, mademoiselle en fait autant. Us se tournent le dos et, de temps en temps, échangeiiL quelques paroles.

Si, par hasard, ils remarquent que l’œil vigilant d’une Sœur les observe, ils restent sans se regarder, sans se dire un seul mot tout le temps de la visite!...

Les coutumes congolaises veulent que le mari achète sa femme aux parents de la jeune fille.

Les jeunes gens ne sont pas toujours en mesure de faire

CUOUI’K DE JEENtS MARIÉS

cette déi^ense. Dans ce cas, les Pères suppléent et fournissent la dot exigée.

Avant de se marier, le jeune homme doit se construire un chimbek dont on lui donne le 2)ln.u. C’est ordinairement une habitation à trois places. Celle du milieu est à ciel ouvert. C’est là que le ménage fait son feu. Ils ont ainsi la chaleur, sans être enfumés comme on l’est dans les huttes indigènes.

Le jour du mariage, parée de ses plus beaux atours, la jeune fille se rend à l’église. Son fiancé doit l’3’ rejoindre. Parfois, le bonhomme oublie de venir;... alors, faute de mari, il faut bien l'cmettre la cérémonie au lendemain !

La messe finie, monsieur sort à droite, madame sort à gauche et, jusqu’au soir, ils ne se voient plus. Du reste.

Mariage

religieux

les Congolais sont peu expansifs. Le Père Prévers, en ren trant en Belgique, avait amené avec lui un jeune nègre. Quand Ignace Biziti, après son séjour en Europe, rentra au Congo et qu’il revit sa femme : « Mbote », dit-il, « bonjour » ; et ce fut tout !... Pourtant ces pauvres gens se rendent bien compte de ce qu’est le mariage. Ils savent que ce sacrement les lie inviolablement et sont fidèles à leur engagement. A ce point de vue, nos bons sauvages pourraient servir de modèles à bien des civilisés !. .

Mar[age civil. Outre la cérémonie religieuse, il y a le mariage civil. IJn jour, trois couples vont trouver l’agent de l’Etat. Deux des mariées avaient oublié le nom de leur village natal.

A la question : « Quel âge avez-vous? », grand embarras de ces dames! Elles se regardaient, regardaient par terre, regardaient à droite, regardaient à gauche...

Aussi a-t-on idée de poser une question comme celle là?... Comme si l’on songeait à son âge! .. Enfin, après avoir longuement réfléchi, une d’elles trouva :

— (c Je crois que j’ai bien 5 ans !... »

Ce sont les mères clu’étiennes qui font la société chrétienne. Ces mariages entre jeunes gens catholiques sont le grand espoir delà Mission.

De 1901 à 1902, il y en eut soixante-dix-huit.

De 1902 à 1908, trente-neuf.

De 1908 à 1904, soixante et onze.

Enfin, en 1908, quatre-vingt-un.

Dès lors, on comprend l’extrême importance de l’œuvre des Sœurs de Notre-Dame. Ce que nous ne saurions expliquer, c’est le dévouement, c’est l’abnégation, c’est la grandeur d’âme, ce sont les souffrances des religieuses missionnaires.

«Ah! s’écrie M. de Haulleville, après avoir raconté la vie et la mort d’une admirable petite Sœur de charité, Sœur Godeliève, tombée là-bas, toute jeune et toute vaillante, ah! que sommes-nous, nous autres riches oisifs, bourgeois affairés, politiciens ambitieux...

» Que devient notre virilité devant la vie et la mort d’une femme telle que petite Sœur Godeliève?

» ... Un sujet de plaiisanterie!...

» Nous avons la prétention de nous vouer au salut de rutat et même de la Société moderne, et nous ne songeons pas au salut des âmes !...

» Dors en paix, o femme héroïque, dans ta robe blanche, au milieu des nègres, à qui tu as fait matériellement sentir l’œuvre de la Rédemption, et prie pour ceux qui t’ont comprise et qui t’ont aimée. »

MISSIONNAIRE EN VOYAOE

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