‹ Au Congo et aux IndesChapitre 40 sur 113 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CE qu’est une ferme-chapelle

Installations. — La charité, l’œuvre des vieux timbres. — Prospérité. — Rôle du kapita. — Contrôle. — Les indigènes. — Zimbu.

ROP peu nombreux pour propager rapidement la foi dans l’immense contrée qui leur a été confiée, — ils sont là seize prêtres, cinq scolastiques et onze frères coadjuteurs, eu tout trente-deux liommes, pour un pays grand comme quatre fois la Belgique (2), — les missionnaires ont senti le besoin de multiplier leur action. Pour y arriver, ils ont imaginé le système des fermes-cliapelles. C’est au Père Van Hencxtboveu qu’est due l’idée de ce moyeu d’évangélisation.

Quand, en iSgS, le Recteur du Collège de Mous partit pour le Congo, il était atteint d’une maladie de la gorge, et d’aucuns disaient : il n’ira pas six mois là-bas !

Voilà treize ans qu’il travaille avec une inlassable activité. Pendant plus de huit ans, il a supporté la lourde charge du Supériorat général de la Mission et acquis, par sa douceur et sa bonté, un incroyable ascendant sur les indigènes. Ces pauvres nègres ont pour lui une vénération profonde.

(1) Voyez la carte de la Mission du Kwango.

(2) Ibidem.

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Le Père Van Hencxtlioven, nous disait un missionnaire, est un miracle vivant : il n’a plus que la peau sur les os et semble n’être soutenu que par la grâce de Dieu et l’énergie de son âme.

Qa’cst donc nue fcrme-cliapelle dans le système inventé par l’aucien Supérieur ?

De temps à autre, de Kisantu, de ’Wombali ou de quel-

qu’autre des six grands

l.A KERME-CHAPEI.LE DE KIXANCJA

(anvers-xotre-da.me)

postes, nue caravane s’ébranle. Le missionnaire part i)our aller fonder de nouveaux postes. Chargés d’outils et de provisions, quelques jeunes gens l’accompagnent, jasant et discutant tout le long du chemin. Après un jour, deux jours de marche, on arrive dans un village indigène.

Ces bourgades congolaises ne sont jamais très peuplées : cent, cent cinquante, parfois deux ou trois cents habitants, logés dans des huttes cachées sous les grands arbres.

Dans le terrain concédé ])ar le « mfumu » (chef), on nstaiiations plaxitc la croix, ])uis : (c A la besogne, mes enfants ! »

Avec quelques gamins du hameau, que l’on a confiés au miindele Nzatnbi (Blancde Dieu), on commeuce àdéfricher.

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Quelques jours de peine et le terrain est prêt, les semailles sont faites. On bâtit une chapelle en pisé, de grands chimbeks-dortoirs, une étable, puis le Père donne

LE R. P. VAX HENCXTHOVEN

ses derniers conseils au kapita, recommande à tous le travail, la piété, la docilité et s’apprête à pousser plus loin, ou bien à rentrer à la colonie-mère.

Désormais, c’est de l’activité et de l’intelligence du catécliiste que l’avenir du poste va dépendre.

Dans quelque temps, les colons recevront quelques poules, des chèvres, des porcs : premiers éléments du futur troupeau.

Comme il faut vivre en attendant les premières récoltes, c’est la colonie-mère qui ravitaille le nouvel établissement. Cet état de choses perdure environ dix-buit mois, car le manioc ne jieiit se récolter qu’après ce temps.

Les dépenses nécessitées par cet entretien — cadeaux aux chefs de villages; achats de bétail, de semences, d’instruments de travail; nourriture des jeunes gens, — absorbent eu grande partie l’argent donné par les fondateurs. Il faut environ 2,000 francs.

La charité. C’cst la cliarité des donateurs qui permet ces dépenses.

Tantôt ce sont des personnes généreuses qui, d’un seul

CniMBEK EN CONSTRUCTION

coup, donnent la grosse somme nécessaire; tantôt sou par sou, l’on a réuni des fonds pour créer au Congo un village chrétien.

Œuvre A.U grand séminaire de Liège est établie la magnifique

ax*ttmbres ccuvre des timbres qui, après quatorze ans d’existence, a donné aux missionnaires du Congo belge — Pères de Schent, Jésuites, Pères Blancs, etc., — la belle somme de 120,000 francs.

La même oeuvre a été fondée au séminaire de Namur par

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les Amis des Missions, soas la direction de M. l’abbé Jules Petit(i). Grâce à l’ardeur des séminaristes, l’œuvre grandit. Elle a déjà fondé maintes fermes-cbapelles. De plus, elle distribue annuellement de i,ooo à i,5oo francs, répartis entre les diverses congrégations de missionnaires.

A Namur encore, M. Boigelot, professeur laïque au collège Notre-Dame de la Paix, réunit chaque année des sommes im])ortantes par la vente des vieux timbres.

Au séminaire de Maliues, au séminaire de Bruges, au séminaire de Gaud, au pensionnat des Sœurs de la Providence à Champion, partout ou rivalise de zèle.

La charité est inventive : après les vieux timbres, ce sont les vieux journaux dont les séminaristes de Floreffe parviennent à tirer parti.

Le chanoine Wilmotte eut l’idée de lancer une série d’appels dans la Semaine religieuse de Namur.

Les souscriptions ouvertes ont pj’oduit jusqu’à présent 110,000 francs, c’est-à-dire cinquante-cinq fermes-chapelles.

Le Moauement des Missions catholiques au Congo, en huit ans, a recueilli 60,000 francs !

Ah! que ceux qui se dévouent ainsi nous permettent de leur exprimer ici, au nom de tous les missionnaires du Congo belge, notre profonde gratitude.

Les chiffres sont éloquents et parlent bien haut; xjourtant, ils ne disent pas les noms de ces jeunes séminaristes, de ces collégiens, de ces enfants dont le zèle n’a d’égal que la discrétion. Dieu leur tieudra compte de leur dévouement; tout ce que nous pourrions dire n’acquitterait pas notre dette de reconnaissance.

Pour les habitants des fermes-chapelles, les premiers temps sont les plus durs. Il faut travailler et attendre longtemps les fruits de ses labeurs. Quand bananiers, riz, manioc, patates sont en rapport, quand poules, chèvres et

(i) Plusieurs autres œuvres sont dues au zèle ingénieux de M. l'abbé Petit. Partout où il a passé, il a laissé, comme un gage de son active charité, une nouvelle œuvre eu faveur des missions.

Prospérité.

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porcs se sont multipliés, le petit poste arrive ordinairement à se soutenir sans avoir recours aux générosités de la Mission-mère. Les jeunes colons ont alors plus de cœur à l’ouvrage. Bientôt la production dépasse leurs besoins. Dès lors, ils vendent aux indigènes, aux agents de l’État ou bien aux missionnaires et partagent entre eux les bénéfices. Ils possèdent, en effet, en commun, à la manière des Noirs, les terrains qu’ils exploitent, et tous les produits leur appartiennent, à tel point que, si les missionnaires dans leurs courses apostoliques viennent à passer par une ferme - chapelle, ils payent au kapita tout ce qu’ils consomment pendant leur séjour.

VU.I.AGE INDKiENE SOUS I.ES PALMIEKS

Présidée par son catéchiste, la petite communauté — huit, quinze, vingt, quarante enfants et parfois davantage — a son ordredu jour bien déterminé. Après le lever, on se rend à la chapelle pour y réciter la prière.

Fuis, aux heures fixées par le règlement, classe, travaux des champs, catéchisme, rei)as. Le soir, on se réunit encore pour clôturer la journée par la prière, le chant du Laiidate.

C’est le kapita qui préside à tout; il fait la distribution des vivres, donne la classe, récite les piûères, dirige les travaux, partage les bénéfices.

Rôle du kapita.

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Quand la petite colonie compte des fillettes, c’est madame la Catéchiste qui en a soin.

Elle les instruit, les éduque, en un mot, fait en petit et de sou mieux, ce que les Sœurs de Xotre-Dame font en grand et si bien à Kisantu et à Xlemfu.

Quand, dans une ferme-chapelle, un jeune homme se marie, il est libre de s’établir au village indigène. S’il le

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