EQUIPAGE DE .MISSIONNAIRE
La
sedia gestatoria.
» .Te me souviens d’avoir lu qu’ajirès la proclamation d’un nouveau pa^ie, on brûle des étoupes devant lui, iiour lui raiipeler que tous les honneurs ici-bas sont é^ihémeres. Les emjiereurs romains, dans l’ivresse de leurs trionijihes, se faisaient rappeler jiar un héraut qu’ils étaient mortels. Pour me rax:>pcler mon néant, je n avais besoin ni d’étouxie, ni de crieur xniblic, la boue dans laquelle pataugeaient mes porteurs y suffisait. Ils en avaient jusqu au-dessus des genoux, quoiqu’ils avançassent avec une extrême xirudence, en n’aiqmyant le ])ied qu’axirès
COI.I.IXES 1)E"CEVI.AN
avoir clierclié à s’assurer si le sol était ferme, l'ii faux pas de leur part et je picxuais une tête dans la vase. Aussi vous auriez dii voir avec quelle sollicitude les deux hommes qui n’avaient rien à x>orter marchaient à mes côtés, la main sur le brancard, prêts à me retenir si l’un des i)orteurs venait à glisser. Mou équilibre instable nu* fit faire des réflexions bien salutaires sur l’instabilité des honneurs en ce monde. »
(^uand la distance est i)eu considérable, le missionnaire ne dédaigne x^as une excursion x>édestre ; et la soutane blanche ax)piu'ue sur les grands chemins est toujours un sujet de joie : si bienfaisant est son x>assage sur la route. A ax)X)i’cud-on que le Swami x>asse, les x)oi'tes des
maisons s’entr’ouvrent ; le Singhalais s’agenouille x>our recevoir la bénédiction; le coolie Tamoul se jette à terre de tout son long en criant : « Loué soit Jésus-Christ «. 11 apx>olle cela la x^i’ostration des six membres; deux bras, deux jambes, le front et la x)oitrine, cela fait bien six.
Mais voici le village où le x>i‘être est attendu, et dex>uis si longtemx)S ! Un évêque n’est x)as mieux reçu, le catéchiste accourt, la clochette sonne et dans un remue-ménage confus on entend : « Le swami est là ! le swami est arrivé ! » On se x>récix)ite, on salue, on se x^rosterne. Ut le missionnaire? Il est heureux au milieu de son troux>eau; il vient panser les x^laies, consoler, relever. La nuit il n’aura x:>eutêtre xK)ur tout logement que la terre nue de l’église, le sol de la sacristie où vents, chauves-souris et moustiques cons- Xiireront x^our le tenir éveillé; qu’imx^ortc? Demain, il célébrera la sainte messe, événement si rare dans le village ; aux âmes x^ui’ifiêes, mais si exx)osées durant sa longue absence, il distribuera le x)ain (xni fait les forts... et x>uis, il s’en ira à quelques lieues de là soulager d’autres misères.
Parfois dans ses voyages un ineiilent tyi)i(iue :
« .Je venais d’arriver à Gaïu'gama, écrivait h' l’èreSchaefer, et me trouvais debout au milieu de la x)ièce, lors(xue j(‘ vis descendre le long des combles un énoniu' S(“ri)ent long d(' 3 à 4 mètres et gros comme mon x>oignet.
s ur la route.
Au village.
Chien et serpent.
» Inutile de dire que je lus saisi; j’avouerai même que je sentis le long du dos un petit frisson qui n’était j)as celui que donne le sublime.
)) Il est vrai que j’aurais pu facilement m’enfuir, car la porte donnant sur une petite cour était largement ouverte.
Mais par une fascination étrange, je restai là immobile et bientôt la hideuse bête vint se dérouler sur les dalles presque à mes pieds...
)) Je ne sais ce que j’aurais fait — probablement une sottise, étant troublé — si en ce moment un grognement terrible ne m’eût tiré d’embarras.
» C’était la voix de Pûndou, le grand chien noir, féroce l)Our tout le monde, excepté pour moi, à cause des gros morceaux que j’ai coutume de lui jeter à mes repas.
)) Il sortit furieux de dessous la table
LA BARQUE DU P. SCHAEEER p était COUCllé et,
d’un bond superbe, se lança à la poursuite du rei^tile qui, sentant un adversaire redoutable, s’enfuyait avee rapidité.
» Mais râudou, plus rapide, l’atteignit au milieu de la coui’, et alors se déchaîna entre ces deux fauves — car le chien n’était rien d’autre en ce moment — une lutte à outrance où de part et d’autre l’adresse et la férocité mirent en jeu tous leurs ressorts. JiO serpent, se voyant traqué et
forcé de se défendre, essaya d’abord d’enlacer son antagoniste dans ses formidables nœuds.
» Ce ne fut pas un spectaele banal que de voir les ondulations de son grand corps autour du chien, qui, rusé et alerte, par des mouvements brusques et des bonds inattendus, échappait à toutes ses poursuites.
w Le monstre voyant qu’il n’obtenait rien par ces manœuvres, changea soudain de taetique et roula ses anneaux en nne masse compacte et immobile ; au-dessus de lui se dressait, horrible et menaçante, sa tète à gueule ouverte, projetant la langue dont le dard s’agitait comme une flamme...
)) Le chien passa à l’offensive et, par des voltes rapides en tous sens, tâcha de désorienter le serpent en fatiguant son attention, épiant en môme temps le moment opportun pour se lancer en avant et le prendre à la nuque...
» Debout sous l’embrasure de la porte, je suivais haletant toutes les i)éripéties de ee eombat homérique où, à tout moment, les chances de suceès semblaient passer d’un adversaire à l’autre.
» Tout à eoup, une feinte admirable du ehien, tournant à gauche pour se précipiter aussitôt à droite, jDuis un bond rapide comme l’éclair, et ses terribles mâchoires serraient le cou du serpent...
» Il y eut un broiement formidable suivi d’un sifflement affreux; quelques secousses convulsives et la tète du monstre, lâchée par le chien, retomba inerte sur son corps inanimé.
» Je reprenais longuement haleine eu caressant le vainqueur qui frottait son large museau eontre mes genoux, lorsque la voix criarde de la vieille Vitanachy, ma voisine, vint frapper mon oreille.
(c Ah! le malheureux chien! » s’écria-t-elle avec colère, qu’a-t-il fait ? 11 a tué mon sei’pent ! Ah ! mon pauvre nayâ! te voilà mort! qui ehassera désormais les rats de la maison ? qui empêchera la vermine des jungles de venir l’infester!... )>
» Surplis de ees plaintes étranges, j’allai aux informations. Leur résultat m’affecta désagréablement, car j’appris qu’au lieu do délivrer la terre d’un monstre redou-
AUX L.NVIKÜNS Uli UA'l'NAl'UKA
table, Pândou n’avait fait que tuer un animal inoffensif qui, malgré son apparence farouche, servait de chat à ma voisine. »
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(^u’est-ce qu’une visite (testâtes? X’allez pas croire que soit une visite ordinaire, comme celle que ferait un Ijasteur dans nos régions. ^larclier, courir, sauter, passer les rivières avec de l’eau jusqu’aux genoux, chercher les catholiques disséminés dans une population nomade et les rassembler : œuvre fatigante, dont les fruits sont peu apparents. Mais il y a là des baptisés; peut-on les laisser l^rivés des secours de la religion? 11 y a là de pauvres parias, et les déclassés du monde n’occupent-ils pas la première place dans le ro3'aume du Christ?
Comment résister d’ailleurs à tant d’appels, comment ne j)as tenir compte de leur foi, de leur générosité? Si de leur maigre salaire ils ont pu soustraire une obole, une petite chapelle — oh ! bien modeste — s’élève dans les plantations et quand le pi’ètre est annoncé, le soir après leur rude journée, ils partent à sa rencontre pour lui faire un de ces accueils enthousiastes dont le Père Théodulc Xeut nous a laissé la description.
(( Leur cortège n’est certes pas à comparer à celui de Saint-Lambert, à Liège, ou aux processions de Bruges.
» A l'dabo.ve, il pleut à torrents; néanmoins les clarinettes vont leur train, les tambours trempés d’eau sont vite l'éduits au silence, mais malgré la pluie la petite sonnette ne se tait pas. Cette pauvre petite fille, qui marche devant moi, ne s’apei\'oit ni de la rafale, ni de la fatigue. Outre sa clochette qu’elle agite d’une main, elle tient de l’autre deux drapeaux. Ses sœurs en portent trois chacune. De temps en tenq)s, ses forces trahissent son courage et les drapeaux lui échappent au risque d(' me crever un œ*il. Vite elle les ressaisit. Plus d’une fois j’ai envie de l’aider, mais il paraît <pie cela ne m’est pas permis. Heureusement, son père ({ui dirige tout le cortège vient à son secours. »
Aussitôt arrivé, le Père se met à l’auivre, fait réciter les prières, interroge sur le catéchisme, entend les confessions; puis, v('rs minuit, tous se i-ctirent dans leurs chaumières.
Chez
les Tamouls
La réceptioa
(■ASCADl-; DANS 1,1£S l'I.ANTA l IONS Dli TIIK
Dès 3 heures, ils sont debout, et dans la i)etite 'chapelle édifiée à leurs frais, ou dans la misérable hutte élevée de leurs mains, Jésus descend sous les voiles eucharistiques.
A 6 heures ils se remettent au travail, plus courageux, plus vaillants jusqu’à la prochaine visite de Dieu.
Et quand le missionnaire, malgré les misères qu’il a dû déidorer, malgré ses longues marches et ses peines, qui n’ont lîeut-être profité qu’à peu d’âmes, quitte la i^lantation où le Christ s’est fait le consolateur du paria, d’elle-même l’hymne d’action de grâces monte à ses lèvres.
Durant des semaines il court ainsi d’estate en estate, se souvenant que Jésus pleurait sur les foules qui erraient sans lîasteur.