‹ Au Congo et aux IndesChapitre 87 sur 113 · MISSIONNAIRE EN TOURNÉE PASTORALE · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRE EN TOURNÉE PASTORALE

spéciale sur le Cbota Nagpore dont l’évangélisation a pris en ces vingt dernières années une importance toute particulière.

Lessunderbunds. De la Capitale au golfe s’étend une jilaine basse et marécageuse, coupée de canaux et de rivières; c’est la région insalubre des Suuderbunds, appelés encore les XXIV Pergannabs ou Cantons.

« En 1868, un prêtre vaillant, le R. P. Goffinet, vient s’y établir dans une pauvre cabane. Il y dressa un autel et sous le toit tremblant du Dorjha descendit la majesté

voilée de Jésus-Christ. Dès que les premiers rayons du matin glissaient sur les marais, le missionnaire commençait son labeur. Il dirigeait lui-même son canot à travers les na^ipes d’eau et allait de village en village annoncer son Dieu.

» Pendant huit ans, il poursuivit sa tâche, au prix des plus durs sacrifices. Le bien que fit cet homme isolé, tout entier à son œuvre, n’est connu que du Ciel.

» En 1873, le Père Edmond Delplace vint partager son ministère. Le nouveau missionnaire s’avança plus loin vers le sud, jusque chez les populations i^aïennes et protestantes habitant entre l’IIoogly et le Mutlah ; sa parole excita un mouvement de conversion qui s’étendit rapidement. D’autres prêtres vinrent en 1876 l’aider à évangéliser la région du sud-ouest. Mais, déjà affaiblis par une vie trop fatigante, ils ne purent résister aux fièvres que causaient les émanations de ces terres fangeuses. Les uns succombèrent, les autres, exténués, durent se retirer vers une altitude plus saine, emportant, hélas! avec eux les terribles frissons des marais. Le choléra règne à l’état endémique dans cette région désolée; un de ces apôtres, le Père Delplace, fut à trois reprises atteint par le fléau.

» L’œuvre ne fut pourtant pas abandonnée. On apprit à conjurer les effets du climat. Des apôtres revinrent et établirent dans ce district deux stations centrales, dont dépendent un certain nombre de villages catholiques. Ce sont les résidences de Moropaï, à dix lieues de Calcutta, et de Raghabpiir, à quatre lieues seulement. »

On le conçoit aisément, le missionnaire est la providence de ses pauvres ouailles; il les assiste de ses conseils, de ses remèdes, de ses modiques ressources; il est leur pasteur et leur appartient tout entier; aussi souvent que possible et au prix de rudes fatigues, il va sur sa barque visiter les villages chrétiens, y célébrer les saints mystères et pousser plus avant les pacifiques conquêtes de la foi.

Parfois l’inondation dévastatrice renverse ses écoles, ses chapelles; alors le pauvre prêtre, accablé lui-même par son propre malheur, cherche encore dans sou cœur des paroles consolatrices pour ses malheureux enfants pressés à ses côtés et réduits à la plus profonde misère.

Inondations

En septembre 1902, des pluies diluviennes changent le pays en une nappe d’eau immense, renversant les huttes, détruisant les récoltes et contaminant les étangs.

« La misère des pauvres Hindous fait peine à voir, écrit le Père Alphonse Delacroix, le missionnaii e de Raghabpur. Aussi sont-ils abattus, découragés; c’est presque du désespoir. J’ai déjà visité bien des villages éprouvés et j’écris sous le coup d’une émotion que je ne puis dominer. J’ai i:)assé à travers ces restes de hameaux : à chaque pas, à côléd’uuehutte à moitié écroulée, c’est une l^auvre femme accroupie, une mère, la tête entre les mains et pleurant à chaudes larmes. Du matin au soir, la cour de la mission est envahie par une foule de pauvres : des j)ères de famille,

des mères portant leurs petits enfants; tous, les larmes aux yeux, réj^èteut la même triste histoire : « Père, comment faire pour subsister? Nous n’avons rien mangé et n’avons pas de quoi nous acheter du riz. Père où ironsnous loger? Notre maison s’est écroulée, il y a deux, trois pieds d’eau dans notre cour. Qui nous donnera un abri? Père, aidez nous, secourez-nous, sinon nous allons tous périr de faim et de misère. »

visite A ce tableau de deuil nous voudrions opposer l’aspect

de Monseigneur. visite pastoralc de la mission.

DANS I.F.S XXIV PERGANNAUST: TTN vit, I, AGE CHRÉTIEN

Dès l’anbc nos Bengalis sont à l’œuvre, achevant la décoration des chemins, de l’église, de l’école; arcs de triomphe, fleurs, feuillage, drapeaux, rien n’y manque.

La population chrétienne s’est portée en foule au-devant de sou évêque. Le voici sur son trône, dans la grande barque d’honneur, escorté d’une flottille de petites pirogues fendant les eaux verdâtres du canal.

Et sur les lives, c’est le cortège en délire, le son des tam-tams, des flûtes, des tambours, des cymbales, la détonation des bombes, les coups de fusil ; bref, un vacarme tel qu’on n’en entend qu’aux Indes.

A l’église, sur le passage du prélat, partout, tant que dure la visite, la joie et l’affection de ces pauvi-es Bengalis se manifestent ainsi naïve, brujmnte, mais si sincère!

Le soir, pour clôturer la fête, feu d’artifice, concert

ÉLÈVES DES SŒURS I.ORETTI.NES (l)

instrumental et vocal, danses nationales, le tout exécuté par ces chrétiens que l’allégresse rend infatigables.

Les stations de Morapaï et de Rayhabpiir avee, au nord de Calcutta, la résidence du chapelain militaire de

(i) Cette gravure représente les élèves îles Sœurs Lorettiiies à Kanclii. Actuellement ces religieuses sont à Morapaï.

Diiin-Diiin coiiipleiit actuellement 3,ooo clirélicns et 1^0 catccluimèucs.

La division de Biirdwan, qui s’étend au nord et à l’ouest de Calcutta coinj)rcnd cinq postes importants : la cure d'Hoiurali, centre iiidusti icl sur la lâve droite de l’IIoogly, eu face de la capitale, et la station de Serainpore, située i5 milles ])lus haut; puis, à 72 milles de Calcutta, le poste de Kharagpiir •, à l’extrémité septenti ionale du district, la cure d’*4saüsoZ. Ces quatre stations comptent 4,200 catholiques.

Un cinquième poste Jiialbhanga a cessé depuis peu d’être résidence de missionnaire.

« C’est, écrivait jadis le Père Knockaert, la mission des pauvres, des déclassés. Les llaris qui la composent sont considérés comme la lie du peuple; ils sont, i^ar état, porteurs de palanquins et fout le commerce de peaux. Cette dernière profession les rend souverainement méprisables aux yeux des Hindous. Ceux-ci considèrent la vache comme un animal sacré; faire de ses dépouilles un objet de trafic et surtout se nourrir de sa chair est à leurs yeux chose abominable, crime plus affreux que l’homicide. »

Exclus des villages hindous, vivant daus de misérables huttes, au jour le jour, dépensant leur peu d’argent en orgies, ils s’étaient faits voleurs pour vivre et étaient le fléau de la contrée. Leur état moral répondait à une pareille existence.

« Le Père Schaff, continue le Père Knockaert, se présenta chez les llaris en 1873 et entreprit sans hésiter l’œuvre de leur régénération. Il ne prévoyait jias tout d’abord les difficultés qu’il devait rencontrer. Elles furent telles que plusieurs années après la fondation de la station, les supérieurs se demandaient encore s’il ne valait pas mieux l’abaudouiier.

» Aujourd’hui la mission est définitivement établie et nous est d’autant plus chère qu’elle nous a coûté plus de sacrifices. »

L’aspect du village a complètement changé : des cabanes proprettes, de beaux jardinets ont remplacé les répons-

Burdwan

Les Santal- Pergaiinahs.

santés masures d’autrefois, et au lieu de l’ivrognerie et de la corruption morale sont venues s’implanter des habitudes d’ordre, de probité, de travail et de piété.

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