‹ Au Congo; impressions de voyageChapitre 2 sur 2 · VV · texte numérisé non relu

VV

Samba. Kil. 170

roches granitiques. A la gare de Kimpesse, je remarque, près d'un poteau télégraphique, un groupe d'indigènes presque nus : civilisation et sauvagerie ! Au Congo comme ailleurs les extrêmes se touchent... Jusque Tumba, la voie passe entre de nombreux villages de travailleurs n<>irs et nous voyons de

près les indigènes accourus en foule pour contempler le train inaugural. Beaucoup d'enthousiasme règne parmi eux. Sénégalais, Sierra-Léonais, Bakongos, Bangalas, nous font partout des ovations et des saluts répétés, témoignant ainsi qu'ils ne sont pas aussi indifférents qu'on a voulu le dire à l'œuvre civilisatrice des blancs. Us paraissent très heureux des marques de sympathie que nous leur donnons, et c'est un plaisir de voir le sourire de satisfaction qui illumine toutes ces faces bronzées, quand nous mettons la tête à la fenêtre. Je remarque, d'autre part, que ces nègres sont tous plus ou moins vêtus. Ceux qui n'ont qu'un simple pagne souffrent du froid et se ramènent les bras sur la poitrine en grelottant. Un sénégalais me montre ses pieds chaussés de solides bottes de cuir et m'exprime en

^r^ftM^ :

NV

Songolo. Kil. g3

un français impayable sa joie de ne plus marcher nu-pieds. Ces faits ne sont-ils pas la meilleure preuve que les noirs savent apprécier les bienfaits du confort et se créent tout naturellement des besoins nouveaux, à mesure qu'ils connaissent les avantages de la civilisation ? Du jour où ce besoin de confort

an •■

se fera sentir d'une façon générale, l'industrie belge trouvera au Congo des débouchés immenses.

Nous demandons encore aux ouvriers noirs s'ils sont contents de leur poste au chemin de fer. Tous paraissent enchantés et se déclarent très satisfaits de leur salaire : quelques-uns gagnent, en effet, jusque 10 francs par jour. Je n'en ai pas rencontré qui se plaignissent de leur sort : ces gens paraissent heureux et la question sociale, à leur point de vue, ne m'apparaît pas sous des couleurs bien sombres.

Après avoir roulé pendant neuf heures, nous arrivons dans la plaine de Tumba. C'est un plateau très vaste, absolument nu, entouré de brousses immenses que dominent des horizons boisés. Cette station, située au kil. 190, est une des plus importantes de la ligne. Tout près de la coquette gare en bois s'élèvent de magnifiques ateliers de réparation possédant un outillage très complet; à droite et à gauche de la voie, de nombreux bâtiments attestent les progrès de l'influence blanche dan^ le l'ts-Congo. Ce sont les hangars à marchandises, les comptoirs des Magasins généraux, de la Congolt'a,de la Belgika, les habitations d'officiers, d'employés. Dans la partie la plus élevée du village, deux files do maisons danoises ont été construites à L'us cial des

invités de la Compagnie du chemin de fer. Une vaste salle à manger, pouvant contenir aisément 300 personnes, occupe le centre du terrain ménagé entre ces maisons. Celles-ci sont construites en bois, soigneusement agencées et décorées de verdure, de drapeaux, de tentures de coton. Dans chacun» d'il]. ^, deux d'entre nous sont logés, et l'on y jouit d'un confort

presqu'européen. Bref, cette installation fait le plus grand honneur à M. Emile Delcommune, qui a bien voulu se charger de l'organisation des fêtes inaugurales en Afrique, et à M. Deflorenne, directeur de la Compagnie des Magasins généraux.

Pour fêter notre arrivée à Tumba, les indigènes Bakongos des localités voisines sont accourus en foule et exécutent en notre honneur des danses de leur pays. Au son d'une musique étrange et d'un rythme très caractéristique, les hommes et les femmes d'une tribu, au nombre d'une centaine environ, se balancent sur place en poussant des cris sauvages et frappant des mains en mesure avec un mouvement très accentué de contretemps. Puis le balancement des corps noirs s'accentue, les visages s'animent, les hommes s'avancent à petits pas au devant des femmes et d'un geste lascif les enlacent en poussant des grognements de satisfaction; les femmes ont une attitude passive, qui contraste avec les airs provocants de leurs seigneurs et maîtres. Quand la danse a duré quelque temps, de nouveaux couples se reforment et l'exercice se prolonge ainsi pendant des heures. Plus loin, d'autres groupes exécutent des danses semblables et tout ce monde grimaçant tourne, s'agite et hurle en cadence sans s'inquiéter des nombreux spectateurs et sans daigner même nous accorder un regard.

A quelque distance de là, un roi nègre, venu à Tumba pour nous recevoir à la tête de sa tribu, trône sur un siège fait de peaux de léopard. Un ancien uniforme de l'armée anglaise, jaquette rouge défraîchie qu'agrémentent des boutons de cuivre usés,

ioo

lui descend sur la poitrine en plis tr -:1(- bas

du orps «-si recouvert d'un pagne bari lé bleu et blanc, serré autour de la taille par un ceinturon de

cuir noir. Un énorme casque de cuivre jaune, un casque de carabinier d'< >ffenbach, lui recouvre la tête; à son cou se balance une- médaille avec l'inscription : Chefferie reconnue far F Etui Indépendant. Le propriétaire de cet accoutrement ridicule garde dans ses allures toute la dignité d'un potentat. Il nous regarde passer du haut de son siège la lance en main, l'œil fier et la bouche dédaigneuse, tandis qu'autour de lui ses premiers ministres, vêtus de pagnes plus que sommaires, lui rendent respectueusement leurs hommages. Grandeur et décadence' Quoi de plus triste que ce vieux monarque affublé d'oripeaux européens et s'efforçant de conservrr dans son actuelle misère les vestiges d'un passé glorieux peut- Pauvre roi de comédie! La civilisation t'a ravi ta couronne, tes guerriers, le village que tu faisais trembler sous ton sceptre de souverain absolu et jusqu'à ces festins où tu te régalais de la chair délicate de tes semblables! Les r<-is s'en vont! Les rois s'en vont:

Une visite au camp de Tumba, situé sur un plateau des environs. Très pittoresq ie, ce camp avec ses maisons de bois couvertes de chaume et disp< -

en demi cercle. Les soldats, — de beaux Batétélés aux formes athlétiques, au type franc et martial. — prennent leur repas du soir dans L'enceinte du camp. A notre approche, ils se lèvent et avec un<plinc toute militaire mettent la main à leur fez. Derrière le camp, les logements des femmes, qui, au

Congo, suivent partout leurs mari?, même en expédition. Toute cette population se repose, les femmes couchées dans des hamacs ou sur des chaises longues de provenance européenne, les enfants folâtrant avec des chèvres, les hommes fumant dans des pipes de forme extraordinaire et jouant des jeux indigènes. Un soldat me montre sa femmo, belle négresse à la peau de bronze, aux lignes d'une remarquable pureté, élégamment drapée dans un pagne sombre. Puis il

La voie au kil. 207

court à sa maison et en rapporte des photographies de lui et de sa femme. Une médaille qu'il exhibe en même temps m'apprend qu'ils étaient l'an dernier à l'exposition coloniale de Tervucren. C'est ce que

La voie au kil. aïo

mon Batétélé tâche de m'expliquer dans une longue conversation où je distingue surtout les mots : « Boula- Matari » et < Bruxelles ».

A la tombée du jour, un banquet magnifique et servi par des garçons noirs d'un effet très décoratif nous réunit dan- la grande salle construite près des maisons danoises. Plusieurs toast-, sont échangés, dont le plus applaudi est celui du colonel Thys au Koi- Souverain.

5 juillet

Le soleil darde ce matin ses plus ardents rayons et donne au paysage que nous traversons sa note caractéristique. Enfin nous sommes au pays du soleil et nous ne grelotterons plus dans nos couvertures!

La voie parcourt de vastes forêts, très différentes des nôtres encore, niais bien belles dans leur genre. Dans certains fonds encaissés, la verdure des palmiers, des bananiers et de toutes les autres essences se revêt, grâce à l'humidité de l'atmosphère, de tonalités d'un bleu intense, tellement vif qu'il pourrait sembler téméraire de chercher a le rendre par la couleur. Parfois aussi les masses prennent un.' teinte grise veloutér, et sur ces fonds sombres se détachent, vivem.'iit éclairés, des troncs blan< -. roses, ocre clair...

^racieuse couronne du faux cotonnier domine ces grands "•'ans de verdure '-t. parfois, un cactus flamboyant met dans les massifs sombres la étincelante di grappes de fleurs < ouleur de feu.

Au kil. 229, nous franchissons le col de Zona- Gongo, qui s'élève ; 1 mètres : c'est le point culminant de la lig

Les ouvrages d'art sont relativement peu nombreux dans cette seconde partie de la voie ferrée. Je me rappelle surtout l'impression que m'ont causée certains coins de forêts, où le train s'élance à travers un véritable chaos de rochers, de ravins, de marécages et d'inextricable végétation : tantôt la voie y est fortement surélevée, tantôt nous passons dans des tranchées qui atteignent jusque onze mètres de

profondeur. Au kil. 264, nous franchissons la rivière Inkissi sur un pont de cent mètres, à une seule travée; c'est le plus bel ouvrage d'art de la ligne et son lancement a donné lieu à des difficultés considérables. Le lendemain du jour où le pont reposa sur ses piles, les échafaudages qui lui avaient servi de point d'appui pendant la mise en place s'écroulèrent : il ne s'en était donc fallu que de quelques heures que cette ferraille gigantesque fût elle-même précipitée dans la rivière.

Nous entrons dans la région sablonneuse qui avoisine le Stanley-Pool. Depuis l'Inkissi s'étendent de vastes plaines de sable d'une éblouissante blancheur, sur lequel la végétation forme des ombres presque noires. Le sable a été employé pour le ballastage de cette partie de la voie et les résultats obtenues ainsi sont excellents.

Un peu avant le kil. 370. le train s'arrête au pied de la mission de Kimuenza, que dirigent avec un réel succès les R.R. PP. Jésuites. Leur établissement est situé sur une hauteur des environs; comme il ne nous est pas possible de nous y rendre, ce sont les missionnaires eux-mêmes qui viennent nous recevoir au bas de la montagne. Le P. Liagre et le P. Vermeulen nous souhaitent la bienvenue, et pendant quelques minutes ce sont de longues et cordiales poignées de mains entre nous et ces dê\ ii-

gieux. Ils ont autour d'eux une cinquantaine de its négrillons, très propres dans leurs pagnes rouges. Derrière eux, se tenant un peu à l'écart, six religieuses chargées de l'édu s jeun' >es

de Kimuenza nous présentent toute une population féminine. La machine siffle, on brusque les adieux et le train franchit les derniers kilomètres de brousse qui nous séparent de la fin du voyaj

Dans le lointain, nous apercevons la gare de Dolo; à droite, une ligne horizontale d'un bleu d'acier : c'est le Stanley-Pool, le but de notre . "...

Nous arrivons au bord du lac Les soldats noirs présentent les armes, tandis que nous traversons rapidement Dolo, et nous nous dirigeons sur Kinshassa et Leopoldville en suivant la rive du Pool.

Le pays est absolument plat A gauche, une végétation maigre, d< de palmiers, quel-

ques plantations de b à droite, la plaine de

tble revêtue par endroits d'herbe courte; puis, le lac immense bordé à l'horizon par la ligne la forêt tropical.'.

Voici Kinshassa ave b . — les plus

remarquables du Congo, — qui profilent sur le ciel bleu leurs troncs argentés dépourvus de feuilles. Aux branches tourmentées pendent verticalement de longs fruits ovales d'un brun velouté, qui semblent une armée de rats accrochés par la queue à l'arbre géant. De Kinshassa nous ne voyons, en réalité, que l'allée de bananiers qui relie la gare au Pool. Le train nous emporte encore une fois, contourne

pendant une demi heure la rive du lac et nous dépose enfin à la gare de Léopoldville.

Une foule d'agents de l'Etat et des compagnies sont là pour nous recevoir. A leur tête est Al. Costermans, le zélé commissaire du district de Léopoldville. Nous saluons en lui l'organisateur de cette province quatre fois grande comme la Belgique, où il a tout fait par lui-même : aménagement des ports de Dolo et de Léopoldville, installations diverses le long du Pool, nombreux postes dans l'intérieur du pays.

I ne large allée plantée de b nanas

nous conduit jusqu'à la partie supérieure de Léopoldville. Nous passons entre des rangées de maisons indigènes, bâties en briques et couvertes de toits de chaume très proéminents. D'autres maisons du même genre, dissémin ses dans les campagnes \ nés, me rappellent vaguement nos fermes flamandes, dont plus de deux mille lieues nous séparent. Pendant une demi-heure nous gravissons dans le sable, et déjà l'obscurité tombe quand nous arrivons au somm«t de la montagne. Très remarquables, les bâtiments de l'Etat et le mess des officiers avec son pignon de chalet suisse. Au milieu de la place de l.é"poldville s'élève une belle statue de la Civilisation, avec le buste de notre Roi se détachant sur le socle : c'est l'œuvre toute récente d'un danois, officier de la force publique.

Nos bagages nous suivent, portés sur les épaules d'une centaine de noirs; de la hauteur où nous sommes, nous voyons leur interminable théorie- se développer comme un long serpent multicolore sur le sable jaune, puis nous rejoindre sur le plateau. Un tiers d'entre mais loge!.; . I poldville,

et prennent place sur le Brabani% magnifique steamer amarré dans le port de Léopoldville et construit tout récemment pour la navigation sur le Haut- Congo ; le reste des invités est réparti entre Kinshassa et I >>lo.

Les installations de notre steamer sont

admirées par tout le monde. 11 y a plaCl 5UT le

Brabant pour ( noirs ave< leurs

femmes. Le steamer, de construction t

a un tirant d'eau de 70 centimètres seulement, vu le peu de profondeur du haut fleuve. Vingt-deux bateaux, dont plusieurs <Ju type du Brabant et d'autres plus petits, sont actuellement sur chantier et seront lancés sous peu sur les eaux du Pool, ce qui portera à 70 le nombre des steamers qui viendront s'amarrer à Léopoldville.

«it «fe «et «éÎ W Ait '* ï «et ï W W î» ï 5* m

Léopoldville — Le Congo français — L'inauguration du chemin de fer

6 juillet |0US nous embarquons ce matin sur le Bradant, en destination de Brazzaville, capitale du ( )ongo français. Les horiz< ms b< >isés qui bardent le Pool sont encore à demi voilés par la brume. L'immense nappe; d'eau a des tonalités vertes transj et, dans le lointain, des reflet ntés ; sur le ciel

jaunâtre, strié légèrement de nuages gris, la silhouette des rives s'enlève en teintes très fines, Rus de nous, des rochers noirs nt de la sur&ce

paisible du lac.

Le soleil a bientôt fait de dissiper les voili l'aurore, et les bords du Pool nous apparaissent découpés en innombrables baies, que borde un rideau de feuillage sombre. Kinshasa i couron-

ne de gigantesques baol nt à nous sur

la rive gauche du lac: un» ssion de ri

habitations en briques, de- faci de grands

entrepôts, qui s'échelonnent sur un douce, encadrés d'un.- végétation luxuriant prenons à bord les invités qui ont passé la nuit à

Kinshassa et nous repartons immédiatement dans la direction de Brazzaville.

La capitale du Congo français est située sur la rive droite du Stanley-Pool, à distance à peu près égale de Léopoldville et de Kinshassa.

Le Commissaire-Général M. de Lamothe nous reçoit à l'arrivée et nous retrouvons ici nos amis les français, qui se sont rendus dès hier soir dans leur colonie. Avec eux, nous montons sur le plateau où est situé Brazzaville et nous assistons à la revue des troupes sénégalaises. Ce sont des soldats superbes que ces sénégalais, et ils exécutent plusieurs manœuvres d'une façon remarquable, sous les ordres des officiers français de la colonie.

Le système, pratiqué d'une façon générale par nos voisins, de se servir dans leurs colonies de soldats non indigènes est assurément digne d'éloges. C'est une garantie des plus efficace contre les tentatives de révolte des troupes ; celles-ci hésiteront toujours à s'insurger lorsqu'elles ne se verront pas soutenues par les indigènes ; d'autre part, quand une insurrection se produit chez ces derniers, on en vient facilement à bout au moyen d'étrangers.

Jusqu'à présent, l'organisation de la force publique est la seule chose dont se soient préoccupés nos voisins dans le centre africain. Le Congo français n'est encore qu'une colonie d'occupation ou, pour mieux dire, une colonie sur le papier ; car, à l'intérieur, les postes militaires sont peu nombreux : lors de la cession du Haut Ubanghi à la France, les officiers de l'Etat Indépendant durent abandonner plusieurs postes admirablement outillés sans

trouver d'officiers français à qui les remettre. — Les installations maritimes de Brazzaville sont encore à l'état d'espérances: <>n nous assure toutefois qu'un steamer vient d'être commandé pour la navig française sur le Pool.

Ce qu'il y a peut-être de plus étonnant au Congo français, c'est l'inertie c<>m[ léte dont y font preuve jusqu'à présent les capitaux français. Dans cette colonie, qui n'est assurément pas moins riche que la nôtre, le commerce n'est nullement organise l'intérieur, seules, quelques maisons belges ont commencé l'exploitation du pays et y possèdent des factoreries. Les plantations ne sont guère plus avancées. Un lieutenant de vaisseau, envoyé ici pour commander la flotte (?), m'assure toutefois que dans ses loisirs il a réussi à créer une plantation de manioc, espèce de racine dont les indigènes sont, paraît-il, fort friands !

Les installations de la missi tholique

toutefois remarquables. Mgr Augouard, évêque du Congo français, s'est montré ici un véritabl sateur et a doté son d - ifricain de braiments très importants, que nous n'avons malheureusement pas le temps de visiter. Plus de trois cents enfants indigènes y reçoivent l'instruction, mais il semble que la propagation de I I i ait été jusqu'à présent forcément retardée ici par suite du manque d'initiative des autorités supérieur

l'n déjeuner des plus cordiaux nous e^t offert

!. aniothe, SOUS une vas< installée

â proximité du camp. Détail intéressant: un plats de résistance est la trompe d'un éléphant tué

de la veille.

iVvant de nous réembarquer sur le Pool, nous assistons à une manifestation indigène pleine de couleur locale. Sur la place principale de Brazzaville débouche un cortège de Batékés venus d'un village voisin. Ils sont deux cents qui s'avancent à pas lents, poussant des hurlements qui n'ont rien de pacifique et balançant d'un mouvement régulier leurs corps demi-nus. La coiffure de ces indigènes est tout-à-fait remarquable : leurs cheveux, qu'ils ont très longs et crépus, se dressent en crêtes de coq chez les uns, en potirons chez les autres ; ailleurs elle se relève sur les côtés en gros champignons ; quelques-uns seulement ont la tête complètement rasée.

Au milieu du cortège, porté par des esclaves sur une litière de jonc que recouvrent des peaux de léopard, trône le vieux chef du village, entouré de ses ministres. C'est à peine si, de ses yeux farouches cerclés de blanc, il nous accorde un regard, tandis que ses lèvres peintes en vermillon se contractent en un pli dédaigneux. Il est à la fois d'une sinistre laideur et d'un calme imperturbable, ce vieux monarque, et sa face respire une extraordinaire cruauté. Il balance lentement la tête à droite et à gauche, d'un mouvement automatique, qui fait onduler les plumes noires piquées dans son épaisse crinière, et, de son bras couvert de bracelets de cuivre, il agite en cadence une queue d'éléphant. Derrière lui marche une triple rangée de femmes, les siennes sans doute, avec de petits négrillons qu'elles portent sur le dos, enroulés dans leur pagne.

Cette horde, soumise depuis trois semaines seule-

ment, est, à ce que l'on m'assure, composée tout < ntière de cannibales. Le bon tyran qui est à sa tête a recours, pour satisfaire ses féroces ap] à un mode de recrutement qui ne manque d'originalité: devant son habitation, unpierre est suspendue à an arbre spécialement destiné à cet usage; le lien qui l'attachi t très fragile et naturellement se brise assez souvent. Cnaqu< que la pierre tombe à terre, un homme du village est mis à mort et parait le lendemain sur la I du roi.

Les Batékés nous reconduisent jusqu'à la avec un grand renfort de danse le hurlen

manière comme une autre, en Afrique, de témoij aux visiteurs qu'on sympathise ave.- eux. Non suivons longtemps du regard, tandis que le Bruinait nous ramène a Léopoldville, où a lieu ce soir l'inauguration officielle du chemin de î r.tetes.

I' M'aime guère les cérémonies offici ci, dans sa simplicité, a été grande et belle et a tous transportés d'une indéfinissable émotion, A la tombée du jour, la foule des uniformes chamarrés et des habits noirs envahit le perron du des officiers ; le groupe gracieux «l'une dizain darnes en fraîches toilettes de soirée s.- joint à nous .-t deux évêques, Mgr Van Ronslé, de L<

ition de Scheut, et Mgr Augouard, relèvent la fête de leur pr< i

Au milieu de ce cercle brillant, le colonel rhys

s'avance et d'une voix ferme il exprime au Roi- Souverain, au Gouvernement de l'Etat Indépendant et au Gouverneur -Général la profonde reconnaissance du conseil d'administration pour les nombreuses marques de bienveillance que la Compagnie du chemin de fer a reçues, pendant toute la période de construction, de la part des pouvoirs publics. Il remercie, au nom du conseil, le personnel de la Compagnie et, tout spécialement, les deux directeurs en Afrique, MM. Espanet et Goffin, pour l'intelligence, le dévouement et l'énergie dont ils n'ont cessé de faire preuve. S'adressant au Gouverneur- Général, il le prie de bien vouloir déclarer, au nom du Roi-Souverain, définitivement ouverte à l'exploitation publique la ligne de Matadi au Stanley-Pool.

« Ainsi, dit en terminant le colonel, vous donnerez la consécration gouvernementale à l'achèvement de ce grand travail de dix ans. »

Le Gouverneur-Général retrace à grands traits l'historique du chemin de fer. Dans une langue éminemment littéraire et d'une voix vibrante, il décrit le pays traversé par la ligne et rappelle toutes les difficultés vaincues.

L'orateur félicite de leur initiative et de leur indomptable énergie le colonel Thys, les administiateurs, les directeurs et tout le personnel de la ligne. Il rappelle d'une voix émue le souvenir des morts et propose l'érection d'un monument à leur mémoire, « sous l'ombre violette et symbolique des palmiers ».

Le Gouverneur-Général termine en déclarant ouverte la ligne du chemin de fer de Matadi au Stanley-Pool.

Le comte Hippolyte dTrsel. chef de la délégation belge, prononce à son tour un magnifique discours :

« Le gouvernement belge, dit-il. salue avec bonheur l'achèvement du chemin dr- fer qui ouvre définitivement l'Afrique intérieure à la civilisation et qui prépare son complet essor à l'œuvre du Roi- Souverain.

« L'étape décisive que marque la réussite de cette entreprise pour le développement de la religion et de la civilisation dans le monde peut être envisagée avec fierté par la Belgique, dont la part v fut prépondérante, et le gouvernement se félicite plus que jamais du concours donné par le cabinet qui l'a précédé et par lui-même au grand travail aujourd'hui accompli.

« La possibilité de créer cette voir- ferré.\ sans laquelle le bassin intérieur du Congo était déclaré inexploitable par celui-là mém>- qui l'avait découvert, fut la préoccupation du cabinet de 1884, à l'heure où l'Etat Indépendant allait naître à la vie politique.

« Le gouvernement d'alors fut si habilement servi à Berlin par ses plénipotentiaires. (|ne l'Etat Indépendant, dés sa création, se trouv raphiquement en mesure de réaliser une voie ferrée exclu. sivement tracée sur son territoire, ainsi qu'il le fallait pour que les obstacles naturels restassent s.uls à vaincre en<

« C'est à l'initiative privée que revient l'honneur d'avoir étudié le tracé du chemin de fer. M pour l'établir, un important concours financier de l'Etat belge était nécessaire. Le cabinet le pr

et l'accueil à peu près unanime fait à ses propositions par les Chambres, démontra combien l'œuvre civilisatrice du Roi rencontrait de sympathie dans notre généreuse nation.

« Le Gouvernement actuel a continué dans la voie tracée par ses prédécesseurs en secondant l'entreprise du chemin de fer aux heures de crise.

« Il l'a fait avec la conviction profonde, confirmée déjà par les faits, que l'achèvement du chemin de fer des cataractes donnerait le signal d'un développement économique considérable, dans lequel il importait de réserver à notre pays la plus large part possible.

Il importait surtout que la Belgique fût mise à même de se prononcer en parfaite connaissance de cause sur les conséquences de la libéralité testamentaire du Roi.

« Persévérant dans ces vues, le gouvernement n'a rien négligé pour arriver à ce qu^, sans passion, avec calme et réflexion, la nation réunisse les éléments qui lui dicteront sa décision définitive, lorsque l'heure de la prendre sera venue.

« L'œuvre du Roi sur la terre africaine demeurera et prospérera. On peut l'affirmer désormais sans crainte de se tromper. Mais si elle demeure, si elle prospère, ce sera, en majeure partie, grâce à la construction du chemin de fer des cataractes, en grande partie, donc, grâce à vous, mon cher colonel. « Mieux que bien d'autres, nous savons combien vous en fûtes l'âme ; je vous le dis, moi qui vous ai suivi presque jour par jour dans l'accomplissement de" cette entreprise et les membres de la

mission belge, dont chacun acollabor sa sphère

à l'œuvre de notre Souverain.

J'ai à peine besoin de vous <lir<- combiei

time heureux d'être aujourd'hui l'interprète de félicitations dont il vous revient une si large part et dans lesquelles le G-ouvernement confond le personnel entier que vous avez dir

« Tous ceux qui ont contribué .ail n'ont

pas revu la terre natale, mais la Patrie reconnaissant'' coi sèment leur s et honore leur mémoire.

mme de ténacité, d'esprit île suite et de persévér pens la con-

struction du chemin de fer du rable. lu je ne crois pas pouvoir mieux exprimer le sentiment du au nom duquel je

parlf ici, qu'en vous proclamant, mon cher colonel. en cette occasion s • et devant cette assis-

tance choisie, l'un des plus vaillants collaborateurs de notre bien-aimé Roi, d 5. M. 1 verain de l'Etat (Indépendant du <

Le baron de Dunckelman, délégué du gouvernement allemand et l'un des premiers membres du comité d'études du Haut-Congo, clôtui îancc

d'inauguration en rappelant en termes émus souvenir des pionniers de l'os de

mx qui sont morts au champ dhonneur, victimes du combat contre la barl ntre t'>us les dangers qui nous entouraient alors... Ils partie pour le grand continent mystérieux de l'Au delà ' S duez en pas

is avons pu, ces derniers jours, continue

M. de Dunckelman, admirer longuement les prodiges que l'énergie persistante de l'homme et la puissance du capital ont réussi à créer en si peu de temps. Votre ligne de chemin de fer, que beaucoup croyaient irréalisable, elle existe, elle est terminée, grâce à l'adresse des ingénieurs, à l'énergie et à la ténacité du colonel Thys. Votre courage, Messieurs, et votre énergie ont su vaincre les difficultés du climat, de la nature et du terrain. Vous avez montré à toutes les nations qui font de la politique coloniale ce dont est capable un esprit d'entreprise et une activité commerciale qui ne se laissent rebuter par aucun obstacle.

« En présence de ce succès, je ne puis qu'exprimer mon admiration et vous dire combien je suis fier d'avoir été chargé d'apporter, en ce moment solennel, à la vaillante administration du chemin de fer les sincères et cordiales félicitations du Gouvernement allemand. Puisse la ligne que vous venez d'inaugurer contribuer à la grande œuvre de la civilisation en Afrique, au maintien et au développement de relations de plus en plus étroites entre l'Etat du Congo et les Etats voisins, en particulier, les possessions allemandes de l'Est-Africain et du Cameroun. »

L'assistance passe ensuite dans la salle du mess, où un banquet de 160 couverts — un véritable banquet européen — nous attend.

Le colonel Thys se lève au dessert et prononce une improvisation remarquable :

« Après-demain, dit-il, les trains qui nous ont

amenés au Stanley- Pool nous reconduiront à Maïadi. La journée de demain ne se sera pas écoulée sans que nous n'ayons revu le vaste horizon de la mer. Quel sera, pour chacun de nous, pendant ces quelques journées passées sur la terre d' A trique,

tion maîtresse? Quel sera celui de nos souvenirs qui nous restera le plus profondément dans l'esprit et le cœur?

«Sera-ce, en cette presqu'île de Banane, le souvenir du généra] belge s'en allant seul, en un pieux pèlerinage, déposer une couronne sur la tombe d'un fils mort au service du pays?

Sera-ce la vue du majestueux Congo, lorsqu'il

jpand dans rdoyantes plaines du bas

larges n ppes donnant presque la sensation de l'immensité?

motion du débarquement à Berna et de la revue, passée par le délégué du Roi, de la petite armée noire de Borna; le religieux recueillement du Te Deum chanté devant les représentants de presque toutes les puissances d'Europe, à l'oo du i.v anniversaire de la fondation de l'Etat [ndé-

lant, puis, le défilé correct, au son de la musique, des enfants de troupe noirs?

Sera-ce, le soir même, le spectacle de > brillante et illuminée, de cette ville à peine sortie de terre ou plutôt du rocher, et, dès maintenant marquée comme devant être l'un d< ds entrepôt!

monde?

«Sera-ce, àTumba, le souvenir de l'Afrique d'hier. barbare et rude et pauvre, venant s'incliner rei tueusement devant l'Afrique de demain

« Sera-ce l'impression qu'a dû produire sur chacun de vous la vue des grands travaux de la ligne, le souvenir des difficultés vaincues, le progrès dès maintenant définitivement acquis?

« Sera-ce l'étonnement que vous avez dû éprouver en trouvant à Léopold ville toute une cité naissante créée par l'initiative intelligente de Costermans?

« Sera-ce la vue de l'admirable panorama du Pool, ou bien le spectacle étrange de ce groupe de Batékés, groupés ce matin autour de leur chef et accroupis aux pieds du commissaire général du Congo français, en signe de respect et de soumission?

« Xe sera-ce pas plutôt le souvenir inoubliable de la fête de ce soir, de ce banquet servi au centre de la mystérieuse Afrique, où les soutanes violettes des prélats voisinent avec les robes des femmes aux blanches épaules et les broderies des diplomates et des représentants des puissances européennes? Ou bien — qui sait jusqu'où va l'aberration de l'esprit humain? — ne sera-ce pas le rêve d'être le Paul de quelque Virginie noire dans l'île de Bamu?

« Sans doute, chacun de vous se laissera conduire dans le choix de ses émotions par son caractère et son tempérament propres. Pour ce qui me concerne, mon choix est fait.

« L'émotion dominante de mon voyage, à la fois la plus puissante et la plus réconfortante, a été l'absolue conviction de l'affirmation de l'occupation européenne. Déjà, au cours de mes précédents voyages, cette impression s'était dégagée : aujourd'hui, elle est définitivement triomphante, aucun doute n'est plus permis; la persévérance a définitivement triomphé;

l'Afrique est, dès maintenant, conquise par la civilisation.

v Vous l'avez constaté comme moi, dès votre arri . à Borna, en voyant partout non seulement les indices de l'occupation définitive, mais une préoccupation de L'avenir nettement marquée par l'éducation donnée aux. enfants. Votre conviction s'est maintenue à Matadi, devant le développement inespéré du commerce et des installations; elle s'est fortifiée pendant le parcours du chemin de fer, en constatant par les faits la robustesse de la voie, la sécurité de l'exploitation, la puissance du trafic possible. C'est bien là le chemin de fer qu'il fallait construire, à la fois insinuant et fort, approprié exactement aux ci; stances, souple, autant qu'il fallait, pour vaini re des difficultés paraissant insurmontables, fort, comme il le fallait, pour remplir sa mission : trait d'union entre la barbarie et la civilisation, œuvre immense d'industrie ayant un monde à chacune de ses extrémité.^.

« Ma conviction a grandi encore à la vue des installations de plus en plus : Tables du :

et, comme en un rêve, je v »is, d'ici à quelques années, la rive entière couverte de quais, comni ces -randes villes d'Améri me, nées spontam sous le double effort du commet le l'industrie.

Tout cet ensemble de constructions m'a, en donné cette impression qu'il se fait ici utv ouvre imme qu'il ne faudra plus ps avant

qu'on salue le Nouveau-Monde d'Afriq

Mi urs, la concepti »n géniale du Roi el a :, ront l*hist< ire île la fin siècle;

Mais, pour que d' . ndes choses pui

s'accomplir, il faut une administration forte. Ce sera l'un des plus grands mérites du Roi d'avoir su choisir avec un tact parfait les hommes qui convenaient pour l'établir, en demandant à chacun les multiples qualités nécessaires et en leur confiant la direction des affaires publiques, au moment même où leurs aptitudes spéciales pouvaient le mieux se manifester.

« Monsieur le Gouverneur-Général, c'est sous l'impression de ces sentiments que je lève mon verre en votre honneur.

« Mesdames et Messieurs, à la santé de M. le Gouverneur-Général de l'Etat Indépendant du Congo! »

D'enthousiastes acclamations suivent le toast du colonel Thys.

Le général Daelman, prenant la parole, rappelle que la date d'aujourd'hui restera l'une les plus importantes de l'histoire de la civilisation africaine, parce qu'elle consacre d'une façon définitive la prise de possession du continent mystérieux.

« Le premier pas dans cette voie de conquête pacifique et de civilisation chrétienne fut fait le jour de la fondation de l'Association Internationale Africaine... Bien des progrès furent accomplis depuis lors. Mais la grande œuvre qui restait à faire et qui devait permettre d'exploiter les immenses richesses du Congo, c'était la construction du chemin de fer des cataractes. Stanley déjà avait compris que cette œuvre était la condition indispensable de l'avenir de notre empire colonial. Aujourd'hui l'œuvre est achevée et la porte de l'Afrique centrale large ouverte au commerce et à la civilisation. »

L'orateur félicite et remercie ceux qui ont Les travaux du chemin de fer et fait un éloge tout spécial de l'infatigab rgie du colonel Thys. 11

termine en souhaitant, au nom du Roi, à leur entreprise toute la Ile mérite et un

saluant l'aurore de l'ère nouvelle qui s'ouvre pour l'Afrique centrale.

Le comte 11. d'Ursel, se levant à son tour, rappelle que dan- les inoubliables fêtes de l'inauguration, le nom du Roi a été partout acclamé d'une manière qui gonfle d'orgueil nos cœurs de belges.

« Souligner ce sentiment, continue-t-il, est un droit et un devoir pour ceux qui ont l'honneur de représenter ici le gouvernement de Sa Majesté, et l'unanimité avec laquelle nos collègues étrangers se sont joints à nous pour ovationner son nom a particulièrement fait vibrer la corde de notre loyalisme...

« Lorsqu'on mesure par la pensée le développement considérable auquel est parvenu en ces treize années l'immense territoire au seuil duquel nous nous trouvons, on comprend combien est méritée la place qu'avec fierté nous voyons occupée déjà par n dans l'histoire. On sent qu'elle grandira encore le recul des années et

M d'Ursel exprime la gratitude du E ment belge aux dél • pour L'accueil

fait par eux à la santé de notre Roi bien-aimé. 11 boit à la prospérité de leurs j au dév<

nt ininterrompu du monde dans la voie du travail et du pi

Le chevalier Mauricq de v l'Autriche, boit ensuite en d< 1 aimabl

la Presse. M. Tardieu lui répond avec la finesse qu'on lui connaît et porte également la santé des dames.

La fête se termine par une retraite aux flambeaux. Les convives de Léopoldville ont bientôt fait de se disperser dans la nuit noire, les uns retournant au Bradant, les autres prenant le train pour Kinshassa ou pour Dolo. Et c'est avec une vague tristesse que l'on songe au lendemain. Car demain c'est le retourr ce sont les adieux à l'Afrique qui commencent.

*tç

^MMâMM**

Le retour — Les adieux au Congo

Du ■ 'in ç juillet |ES premiers adieux se font à Léopoldville. Nous laissons ici trois de nos comp . de route:

MM. Buis, bourgmestre de Bruxelles, Vauthier et Nyst, de la presse bruxelloise. Plus heureux que nous, ils poursuivent leur voyage jusqu'aux Stanley- Falls, c'est-à-dire jusqu'au cœur même de l' Indépendant; quant à nous, il faut nous résoudre à ne pas sortir de ce qu'où pourrait appeler l'antichambre du Congo.

Nous disons adieu à nos compagnons <i adieu aux belges établis à Léopoldville, adieu aux rives hospitalières du Pool. Et tristement nou nons le chemin de fer. Nous voyons défiler à nouveau les forêts, les brousses et les rochers du B et nous passons la nuit dans un Tumba plus d< cette fois, qu'à l'arrivée... Matadi nous la soirée du 8 juillet et un banquet final, un dernier feu d'artifice sont n ix à la ville dos pi

et du t« r.

Nous voici de nouveau sur X Albertville, voguant entre les montagnes d'or fauve qui font des rives du Congo le plus merveilleux des panoramas. Et l'impression de tristesse qui est au cœur de chacun, à l'idée d'abandonner si tôt cette Afrique entrevue seulement comme en un rêve, va s'accentuant...

A Borna on fait une dernière halte. Je parcours encore une fois la jolie ville où sont rassemblés tous les ressorts de l'administration de l'immense Congo. Et je ne puis me lasser de contempler cette interminable file de factoreries égayées de verdure, qui longe la rive ensoleillée du fleuve, plus haut, les bâtiments civils, l'établissement de la Croix Rouge, les casernes et, dominant toute la cité, le palais du gouverneur.

Un lunch offert par AI. le vice-gouverneur Fuchs nous réunit une dernière fois sur la terre congolaise. La réception est charmante et des plus cordiales. M. Fuchs a déployé un goût exquis dans l'arrangement de son intérieur africain. Partout des aménagements, des meubles européens; dés tableaux ornent les murs; sur une table, dans le hall d'entrée, sont disposés des revues d'art et des romans nouveaux. Cette recherche extrême du confort fait le plus grand honneur à celui qui en donne l'exemple : c'est, je crois, une des pierres d'achoppement de la vie d'Afrique. Nos compatriotes ne sauraient pousser trop loin la recherche du confort dans leur installation. Les commodités de tout genre et même les préoccupations d'ordre esthétique qui peuvent concourir à rendre un intérieur agréable sont les éléments indispensables qui soutiennent le physique et le moral des blancs établis au Congo.

Tandis que les passagers de YAlberlviL

dirigent vers l'embarcadère de Borna, un accident tragi-comique survient au correspondant de la Flandre Libérale, M.Lucien DeBusschere. Ce dernier étant entré dans une factorerie portugaise pour y faire je ni quelle empleite, le propriétaire de la factorerie, furieux d'être dérangé dans sa sieste, invective violemment l'acheteur inopportun qui avait eu l'audace de franchir son seuil et do troubler son repos; il avis< un commissaire de police noir, qui passait à ce moment, et lui fait demander au procureur général d'Etat, son chef hiérarchique, un mandat d'arrestation contre notre concitoyen.

Le commissaire revient avec son mandat et le malheureux De Busschere se voit arrêter au milieu d'un attroupement de noirs friands de ce genre de spectacles. Il est emmené au cabinet du procureur d'Ltat où, après une longue attente, il a à répondre d'uno violation <!<• domicile. Notre ami, qui • aussi innocent que L'enfant qui vient de naître, n'eut pas de peine à se disculper et nous rejoignit peu après, on proie a d'étranges réfl rigoureuse dont, la propriété privée est resp dans l'Etat Indépendant.

\ ici qu'a sonné l'heure du départ...

I ; ipulatii >n blan us recon-

duit au steamer. Dans le salon de VAlberivill gouverneur boit avec nous en quelques par nues, il formule l'espoir de

nous revoir au Congo : « Celui qui a bu des eaux du Nil veut boire à nouveau des ondes du fleuve sacré, dit une antique légende. Vous reviendrez ici; laissez-moi donc vous dire : au revoir! » Une agitation extraordinaire régne sur le pont. Ceux qui restent en Afrique embrassent en silence leurs amis. De longues poignées de main s'échangent et l'émotion est grande quand on retire la passerelle. Nous laissons au Congo trois des passagers de Y Albertville : l'intendant Van den Plas, le directeur général de l'agriculture Diderrich, le lieutenant Gilson. Tous trois comptaient à bord de nombreux amis et s'étaient acquis parmi nous de vives sympathies. Le comte d'Ursel, qui a l'intention de passer quelques jours dans la forêt du Mayombe, reste également à Borna.

Tandis que Y Albertville s'éloigne lentement, les blancs que nous laissons en Afrique poussent des hurrahs prolongés. Longtemps encore leurs acclamations nous parviennent et nous les voyons agiter casques et mouchoirs. Parmi ceux qui regagnent l'Europe, l'émotion est profonde et ne le cède peutêtre qu'à un sentiment d'admiration pour ceux des nôtres qui restent sur la côte africaine, se dévouant tout entiers à l'œuvre magnifique entreprise par les Belges.

Borna s'éloigne rapidement, ce n'est bientôt plus qu'une tache blanche dans les montagnes sombres, mais longtemps encore nos regards y restent attachés, tandis que Y Albertville se dirige à toute vapeur vers la haute mer.

Saint-Paul de Loanda

to juillet

E but de notre voyage est désormais atteint : nous avons vu le chemin de fer du G nous avons passé une semaine au cœur de la mystérieuse Afrique et sur les bords de ce fleuve majestueux dont les rives deviendront peut-être un jour une colonie belge; et tous nous avons ressenti cet invincible aurait, cette étrange fascination qui enchaîne à la terre congolaise La plupart de ceux qui y ont séjourné. Reverrons-nous le Congo- Pour un bon nombre d'entre nous, c'est peu prob car, quoique tout nous y attire, tout ne concourt-il pas à nous en tenir malgré nous éloignés?... Aussi est-ce avec un serrement de cœur qu'au moment de reprendre le chemin de la vieille Europe, nous disons au Congo un adieu peut-être éternel.

Nous ne mettons pas immédiatement 1< le Nord. Pendant quelques jours encore, nous explorerons les latitudes australes de l'Atlantique et nous ferons deux courtes l'une au Congo ;

l'autre a Sainte-Hélène.

Douze heures après avoir passé devant la pointe de Banane, une côte basse et terne que couronnent seulement les fûts de quelques maigres cocotiers, se dessine à l'horizon et s'enlève en grisaille sur un ciel de safran : c'est l'Angola ou Congo portugais. Bientôt Saint-Paul de Loanda, capitale de la colonie, nous apparaît, humineuse dans l'ensoleillement qui

fait étinceler, tout au fond d'une vaste baie, sa silhouette de ville orientale. Le coup d'ceil est féerique. C'est bien la vieille cité portugaise du siècle dernier, avec ses innombrables petites maisons à toits plats, avec ses tours, ses églises, ses arbres verts, ses rues aux ombres bleues et violettes.

Nous pénétrons dans la ville. L'aspect en est à la fois très pittoresque et très misérable. De longues rues tortueuses, bordées de maisons basses et peintes en couleurs vives; ailleurs, de grandes bâtisses irrégulières et délabrées; d'étranges églises en style rococo ; beaucoup de ruines et de maisons brûlées ; des places publiques où des assemblages d'immondes baraques sont décorés du nom de marchés : tout cela plein de soleil et égayé d'une exubérante végétation.

Les habitants sont en majoril métis. Us

circulent en groupes nombreux, misérablement accoutrés de loqu unes ou de cotonnades aux

tons hurlants. Quelques-uns portant simultanément la jaquette et le pagne; ailleurs, des enfai ment

mis grouillent dans les égouts qui courent à nv-me les rues; d'autres s'ébattent sur des fun cert avec des petits porcs noirs et remplissent l'air de leurs cris. Tout ce mon d ideur et

La rade de Saint-Paul d-.- Loanda

d'une saleté rep ml le v: re

plus complète insouciance du lendemain. Nous mes littéralement assaillis par les mendiant marchands de menus objets fabriqués dans la localité; sans doute notre arrivée i'-i est une rare aul fait, il est près me imp tssible à chacun d'entre i de se tirer des mains de ces hideux m . à moins

de quel» [ues milliers Le 1 ' ire qu'en

Portugal trois cents r< :-> valent un fran

1 '■ rtugais d à Saint-Paul de Loanda. Tous ceui 'ai vus se

sont donnés rei -midi, à une

course de taureaux, qui a lieu une fois par semaine dans l'arène de la Prâç.a de Tonros. à un quart d'heure de la ville. Très pacifique, cette course : les taureaux y sont remplacés par des vaches d'humeur peu belliqueuse et au lieu de tuer celles-ci, on se borne, après quelques passes, à les ramener à l'étable, à l'aide d'un troupeau de bœufs. L'Angola n'a guère jusqu'à présent de commerce ni d'industrie, mais il possède déjà des courses de taureaux !

Une tentative a été faite récemment en vue de mettre cette colonie en valeur : je veux parler du chemin de fer en construction qui doit relier Saint- Paul de Loanda à Ambaca, ville située à 363 kilomètres de la côte et centre de la région des plantations de café.

Nous passons par la gare du chemin de fer ; les installations sont soignées et paraissent sérieuses. Le chemin de fer est à section moins grande que les chemins de fer d'Europe ; la largeur entre rails est cependant de im046. Cet écartement, relativement considérable quand on le compare à celui de la voie ferrée reliant Matadi au Stanley Pool, est possible ici, tout au moins pendant la première partie du parcours, celle qui s'étend de la mer jusqu'aux montagnes de l'intérieur. Les courbes ont, en effet, un rayon minimum de 120 mètres seulement, alors qu'au Congo belge il a fallu parfois les réduire à 45 mètres. Le matériel roulant vient presque entièrement de Belgique ; quant aux capitaux, ils proviennent de la compagnie à qui la construction a été concédée ; un intérêt minimum de 6 0/0 a été garanti à cette dernière par le trésor portugais,

mais ce taux 'l'une

augmentation du coût kilométrique de la ligne.

chemin de fer pas terminé,

il sera impossible d'éval trafic, n. • roxi-

mativement. C'est, en r>tf | ment que

le chemin de fer pourra trouv< r marchan

à transporter.

Si le l'attento

être lf salut de la colon tentative d'<

les r - du p., .-n tout « as 1'

fait honneur aux Portuj le était i

fui rich'- re au

siècle, au comm ....

gaise, autant il semble maintenant ruine. Cette situation tient surtout a ce tait qui

du P irtugal d autres

1842 le trait''- anglo-portugais contre la trait conclu, un coup mortel fui ' 1 ; il ne

s'en est pis relev>'- j

f* ••* ••* ;* Ift * M i* * ait ••* ;«f ••*

» • «« sS S3 i'V Sa S? i'-' i'-' iV iV &' iV

De Saint-Paul de Loanda à Sainte-Hélène

Du in au 16 juillet

rix/K CENTS milles nous séparent de Sainte- Hélène et la rive que nous quittons plus voisine de l'îlot où // mourut... L'émouvant pèlerinage que nous entreprenons durera six jours, six longues journées pendant lesquelles nous n'apercevrons pas une voile et dont rien ne viendra distraire la monotonie.

A toute vapeur, V Albertville poursuit sa route vers l'Ouest De resplendissantes aurores, rieux

couchers de soleil, de paisibles ges lunaires favorisent noir.' tr; \ Mais que la

vie du bord paraît calm l'agitation de notre

séjour au Congo! A mesure que non- ran-

çons dans les solitudes de la mer, la e congo-

laise nous reprend le force et le <

hante nos mémoires, s'impose à nos conve nous poursuit partout, telle une inévitable i Et, insensiblement, dans le dédale i • mules les souvenirs de mon voj ig . rtains points m'apparaissent plus lumineux ■ sions se dégagent... Cest à dessein que je parle &' impressions : je ne pui huit jours au Congo, émettre en de

cause un avis sur ce que sera peut-être un jour notre colonie. Je n'ai pas même la prétention de savoir ce qu'est actuellement le Congo, car, en réalité, je n'ai fait que l'effleurer des yeux.

Du territoire de l'Etat Indépendant, j'ai vu la soixantième partie environ et encore l'ai-je traversée en train express, sans pouvoir m'enfoncer une fois dans l'intérieur. -En fait d'habitants, j'ai vu beaucoup de sénégalais employés jusqu'en ces derniers temps au chemin de fer et un bon nombre d'indigènes du Bas-Congo. Mais les premiers sont des étrangers et les seconds sont véritablement le rebut de la population congolaise : ce sont des misérables, vêtus d'oripeaux européens, débauchés de longue date par les Portugais, qui, au 15e siècle, introduisirent l'alcool parmi eux, paresseux pour la plupart, bref, des déclassés de la civilisation. — Les richesses du pays ! elles nous sont restées tout aussi étrangères : nous nous sommes promenés pendant ces huit jours dans une partie du pays qui restera sans doute toujours rebelle à une exploitation sérieuse ; nous n'avons vu ni forêts de caoutchouc, ni gisements d'ivoire, ni plantations d'aucune sorte. La contrée traversée par le bas fleuve et par la ligne est généralement peu fertile et envahie par les rochers et par la brousse; la plupart des richesses susceptibles d'exploitation sont situées au delà du Stanley -Pool. — Nous ignorons également la faune du Congo. — Enfin, le paysage lui-même ne peut nous donner qu'une idée approximative de l'intérieur et encore le Bas-Congo était-il, à cette période de l'année, singulièrement enlaidi par les incendies qu'y allument les indigènes.

.M. lis alors, me dira-t-on, qu'avez-vous donc vu au Congo?

Ce que j'.ti vu au Congo, c'< »rt colossal

réalisé par une poignée de belges en l'< 5] quelques anné que j'en rapporte, c'< moi-

gnag< de l'activité sans relâche, de l'indomptable énergie, de l'intelligente persévérance dont ont fait preuve nos compatriotes; ce que j'ai vu, cVst enfin l'extraordinaire aptitude des belges dans la voie de 1 I misation et la prise de possession définitive «lu £0 par ceux d'entre eux qui ont dévoué l«-ur vie à la grande œuvre entreprise par le Roi. Il est

•rtain que les belges < >nt doté l< d'un puissant outillage économique et commercial et l'on peut affirmer, sans crainte d'exagération, situation ira toujours en «'améliorant Xous avons vu deux r tte

ité. Ce I les villes sur

ives du bas fleuve : B ima, la capitale, le centre administratif, le ressort qui donne la vie à to;> gr.it; I le l'Etat; Matadi, la ville industrielle

et i i : tle de l'avenir, déjà aujourd'hui l'entr

de • >utes les marchandises provenant du < africain; Léopoldville, enfin, le pr rt tle

l'Etat [n li pendant, la tête de lign • n ire de

tout— mmunications entre l'intérieur ' rique

et l'Europe et, probablement, la capital- de demain. — ( un chemin de fer merveilleux ment

établi et dont l'inauguration fera cert p -que

dans : ire du siè< le. Instrument inévitable de toutes les tr »ns qui auront li a entre deux

moi)'. hemin de fer des cal :r les

destinées du Congo une influence inappréciable : iî rendra possible son exploitation et donnera, en Belgique, à l'esprit de colonisation un élan considérable.

L'effort réalisé dans le Bas-Congo et dont nous avons vu les principales manifestations accumulées sur un espace de 500 kilomètres, laisse à ceux qui en ont été les témoins une impression éminemment favorable. Le peuple qui a fait de telles choses est un grand peuple et cela est encore plus évident si l'on tient compte de ce que les belges, avant d'avoir pris possession du Congo, n'avaient jamais fait de colonisation.

Cela ressort également des comparaisons que nous avons pu faire entre l'Etat du Congo et les colonies françaises et portugaises de l'Afrique. Les premières sont presque abandonnées par la mèrepatrie et les capitaux français ne semblent pas plus désireux de les exploiter que la métropole de les mettre en valeur; quant aux secondes, elles ont été florissantes aussi longtemps qu'a duré la traite ; pressurées jusqu'à épuisement par le Portugal, elles sont aujourd'hui dans un état de délabrement presque complet et, au lieu de progresser, elles reculent. A ce point de vue il faut reconnaître que l'administration du Roi-Souverain et l'élan qu'il a donné à la colonisation dans notre pays ont droit à notre admiration, tout comme l'activité et la persévérance déployées dans cette voie par les belges.

D'autres impressions sont venues, au cours de ce voyage, s'ajouter aux premières. L'Etat Indépendant est encore, jusqu'à présent, dans une phase de progrès,

et, par suite, à côté d< grands éléments de succès, il est peut-être expos» certains dangers, qui pourraient, s'ils prenaient coi . donner lieu à des inquiétud

Tout «l'abord, ia magistrature, au Congo, est-elle toujours à la hauteur de sa mission? Que son institution soit m rtout ailleurne peut en douter. Le rôle de la magistrature est, au Congo, d'une portée considérable. Il importe que les belges, qui viennent ici en civilisateurs, s eux-mêmes les premiers à s'acquitter de tous leurs devoirs et y soient au besoin contraints par un pouvoir supérieur. Il faut, d'autre part, que l'idée de justice soit répandue parmi les noirs. Ceux-ci acquièrent en peu de temps la notion de ce qui est just- et de ce qui ne l'est pas et les m. . rit à leurs yeux d'un très grand prestige; la bonne admil tion de la justice est donc, à ce point de vue, d'une importance capitale. Enfin, les membres de l'ordre judiciaire ont un rôle civilis icifique : ils doivent, en quelque sorte, servir de o que le gouvernement militaire i ir parfois de trop absolu.

La grandeur «le cette mission est-elle toujours comprise par ceux qui l'assument r Assurément grii-' t articulés contre les magistrats

par bien des agents de l'J ^nies;

mais ce mécontentement ne provient-il pas d'un < ertain manque de l . des magistrats

souvent jeunes et trop peu expériment

; mettre la t': \ qui voue::

toujours donner raison .m !>!..:.< contre le noir, il

est peut-être dangereux d'exercer trop publiquement contre le blanc les rigueurs de la justice. Le punir au vu et au su des nègres, c'est risquer de compromettre son prestige; le faire arrêter par des agents noirs, comme c'a été le cas pour M. De Busschere, c'est le dépouiller en partie de l'autorité supérieure qui seule lui permet de dominer les indigènes, infiniment trop nombreux pour être contenus par la force. Il est donc à souhaiter que les magistrats envoyés au Congo soient des hommes très éclairés et ayant, dans la mesure du possible, l'expérience des choses coloniales.

Un autre point, d'une importance plus grande encore, est l'isolement dans lequel vivent presque tous les blancs établis au Congo.

Jusqu'à présent, les femmes blanches que la perspective de la vie d'Afrique n'a pas effrayées sont rares, trop rares même. Alors il s'ensuit que, tout naturellement, le blanc demande aux noires... ce que ne peuvent lui procurer les blanches et se met en ménage avec elles. De ces ménages mixtes naissent des métis, c'est-à-dire des êtres déclassés, repoussés par les noirs et souvent ignorés par les blancs. Hâtons-nous de dire que le métissage est encore très restreint au Congo; il n'en est pas moins vrai que son extension serait un vrai fléau pour l'avenir de l'Etat Indépendant.

Il suffit de voir les habitants des colonies portugaises pour se convaincre du danger qu'offre le mélange des races. Les populations métissées sont généralement paresseuses, ennemies du progrès et dépourvues de toute énergie; elles se contentent de

n<»us emprui la civilisati

pratiquée est plutôt nuisible aux p

D'autre part, il est souvent difficile au blanc vivant seul sous des latitudes élevées de : la tentation de se créer un intérieur; tout l'y

s autres blan de se

procurer un< jjne noire, qu'on abandonne après

son terme, le besoin, enfin, de s'entoun et de

l'amitié d'une créatur . dément

A ce mal il existe des rem<

Tout d'abord, les agents de l'Etat pourraient, au lieu de fermer les yeux sur certains trafics pa; étalés, s'occuper plus a< tivement i|u'ils ne le font du sort des jeunes filles noir< L'Etat ;

rait les envoyer d'une façon soit dans des

colonies scolaires qu'il constituerait dans ce but dans les divers ments tenus

des religieuses; chaque année déjà, ui mbre

de : sont envoyées par ins de l'Etat

à la mission des 5 «le Chant'' de Moand

serait à souhaiter que cette mes

De plus, — et c'est là une des u - impres-

sions que j'emporte du — il e

que les femmes bl iront de plus en plus

s'établir dans notre colonie. Le jour "ù la femme blanche aura définitivement pris pied en Afrique, un énorme | dans la voie de la civilisation.

J'ai vu au < "no, , quelq et je puis affirmer que les afri nt l'inti :

embelli et charmé j ar ui ireux

mieux au physique comme au moral.

La vie

malsaines et démoralisantes,* leur devient inconnue; au lieu de fuir leur foyer, ils s'y trouvent avec bonheur; ils y cherchent le repos à leurs fatigues et au contact d'une femme aimée ils trouvent des énergies nouvelles. L'établissement des blanches au Congo serait en outre une garantie puissante contre une tendance à laquelle il devient à la longue difficile de résister : le contact fréquent et général des indigènes conduit naturellement ceux qui ne l'évitent pas à se laisser assimiler plus ou moins à ceux qu'il faudrait au contraire dominer. C'est l'histoire de Loti et de Madame Chrysanthème et c'est aussi l'histoire de la plupart des français dans leurs colonies.

Sous ce rapport, les anglais et aussi les hollandais nous donnent des exemples dont nous ferions bien de profiter. Loin de s'assimiler à l'indigène, ils réagissent constamment contre cette tendance trop facile, en s'efforçant de modifier le moins possible le genre de vie et les habitudes qu'ils ont dans la mère patrie ; à cet effet, beaucoup d'entre eux amènent avec eux leurs femmes aux colonies, tout au moins pendant une partie de leur terme. Les anglais exagèrent même la recherche du confort, de crainte de tomber dans l'excès opposé. Le baron de Mandat-Grancey m'a raconté que, traversant une forêt vierge de l'Inde Anglaise, il rencontra, vers le soir, un anglais vêtu d'un smoking, qui se rendait en hamac chez un planteur de ses amis. Une autre fois, M. de Grancey, alors enseigne de vaisseau, avait débarqué sur la côte chinoise un officier français chargé d'une mission à l'intérieur du pays ; quelques mois plus tard il alla reprendre son compatriote à l'endroit où il l'avait laissé. Quelle

ne fut pas sa stupéfaction en voyant s'avancer à sa rencontre un cortège de naturels du pays dansant et chantant et, au milieu d'eux, se prélassant sur un palanquin, l'officier français habille- en mandarin chinois et prenant très au sérieux son n'-le de gran sur

du céleste Empire. Le smoking, même en pleine forêt vierge, a du bon s'il peut empêcher le travestissement en mandarin - et, à plus forte raison, en indigène du Congo...

Le climat du Congo semble s'opposer à l'introduction des blanches. Mais il est aujourd'hui constat»' qu'à ce point d<- vue la femme blanche i au moins aussi endurante que l'homme et celles que j'ai rencontrées au Congo ne m'ont guère paru avoir souffert du climat. Je revois encore M ■ Thierry, la jeune et charmant. ■ femme du directeur de la S. A. B., à Léopoldville. Depuis un an elle est fix auprès de son mari et j'ai pu ce

jour n'a rien enlevé à la fraîcheur d-' ues

s ni à la gaieté de son car Les blanches établies au Congo comprennent la grandeur de leur : lans le soin qu'elles met-

tent à rendre leur intérieur agréable à leurs n iris,

nt aux prix de peii indes, l'on \

percer ce dévouement et Mui

nt véritablement un des a] de la femme.

I | struction i hauteurs de M

les soins i t sur la Compagnie du

chemin de fer, de plusw lions très saines et confortables, permet! mi n . de blan< s de s'il ville. Puisse l'exemple donné déjà par q nobles

femmes être suivi prochainement par d'autres : tel est le vœu que forment dès à présent tous ceux qui sont sincèrement dévoués au succès de la civilisation africaine.

Si l'on peut formuler quelques craintes pour l'avenir du Congo et souhaiter l'introduction de certaines réformes, la modification de certains états de choses, il est, d'autre part, dès à présent, de grands motifs d'espérer.

J'ai été frappé tout d'abord de l'immense développement qu'a pris au Congo l'initiative privée. Les sociétés pour l'exploitation des richesses du sol, pour l'élève du bétail, pour l'importation au Congo de produits européens, pour la plantation des terres, sont tous les jours plus nombreuses et beaucoup d'entre elles sont florissantes. Le chemin de fer du Congo est lui-même le plus beau résultat de cette fièvre d'activité, qui pousse depuis quelques années les belges vers les entreprises nouvelles et les pays neufs. On ne peut prévoir encore la poussée que le chemin de fer des cataractes donnera à la mise en valeur de la colonie. Déjà plusieurs nouveaux projets de chemin de fer sont mis à l'étude. Le chemin de fer du Mayombe est aujourd'hui chose décidée, et ces jours derniers une première équipe d'ingénieurs s'est rendue à Borna pour y commencer les études. Une voie ferrée sera établie sous peu dans l'Uellé et a reçu de l'Etat Indépendant un premier subside de 300,000 francs. Enfin, il est très sérieusement question de relier par un chemin de fer la rivière Lubcfu, là où elle cesse d'être navigable,

au Congo Kamolondo : l'exécution de ce dernier projet établirait une communication directe i Léopoldville et le Tanganika et permettrait de traverser en droite ligne toute l'Afriq ntrale. De nouvelles sociétés se constituent tous les j<»urs : l'Etat Indépendant se montre actuellement fort pour leur établissement et les soumet à des garanties rigoureuses.

Quelques particuliers ont commencé à expl eux-mêmes les terrains qu'ils ont achetés à l'I j*ai cité, d.ms cet ordre d'idées, l'entreprise de M. Lacour. D'autres s1 m au Congo comme

tailleurs, cordonniers, restaurateurs, boutiquiers, m

is, et, s'il est très incertain, jusqu'à présent, que le Congo devienne une colonie de peuplement, du moins il est à prévoir que les Lyant un

métier spécialisé, le t de

plus en plus: ils sont ass trouver A -

per dans des conditions et profitabli

Sollicités et guidés par le Roi, l< fait preuve, dans tous ces domaines, d'une ;

cité, d'une activité, d'un esprit d'initiative qui leur

fait le plus grand honneur; ils ont fait plus pour la mis.- en valeur de l'Afrique centrale q grandes nations : Bref, comme le dit Pi

le Congo b< un modèle à suivre par

îilleux molosses qui s'appellent la Fran< magne et l'Angleterre. si I tion du Roi

audacieuseet apu paraître téméraire à quelqut résultats déjà obtenus ont dépassé toute attenl comme le nombre des br dérable dans

notre pays, l'industrie mplement

suffisants et surtout l'énergie physique et morale des belges très développée, il est permis d'envisager l'avenir avec confiance.

J'ai pu constater également que le pouvoir central et aussi la plupart des belges établis au Congo sont animés d'un esprit véritablement civilisateur dans leurs rapports avec les indigènes. En Afrique centrale, la civilisation doit être extensive et procéder par étapes très lentes. Il ne faut donc nullement se préoccuper à présent de remplir de connaissances variées le cerveau des congolais. Faire des jeunes indigènes de petits savants européens, c'est risquer fortement d'en faire des déclassés. Les congolais sont encore à un niveau trop inférieur pour qu'on puisse espérer les perfectionner tout d'une fois et plusieurs générations seront nécessaires avant d'obtenir des résultats tout-à-fait satisfaisants de ce côté.

C'est assurément parmi les tout jeunes noirs qu'une propagande civilisatrice réussira le mieux, mais il ne faut pas toutefois abandonner à leur triste sort les nègres adultes, sous prétexte, qu'il n'y a rien à en tirer. Il est possible, je crois, de relever le nègre adulte de sa condition misérable en lui mettant sous les yeux les avantages matériels de la civilisation, en l'intéressant par tous les moyens à son propre avancement et surtout en respectant sa dignité d'homme.

Trois grands facteurs concourent à la régénération du nègre au Congo : l'action de l'Etat, les rapports entre blancs et noirs, l'influence- des missionnaires.

L'Etat Indépendant s'occupe très activement du sort des Liixquels il peut «'-tendre son influen-

ce. Par son système de colonies scolaires, l'Etat arrache tous les ans à la mort certaine dos centaines d'enfants noirs. Il s'occupe de les marier et procure du travail à tous ceux qui lui en demandent et qui ne sont pas incorporés dans L'armée. Par ses soins, la justice civile et répressive est assurée aujourd'hui dans toute l'étendue de la colonie et fonctionne pour les noirs comme pour les blancs. Enfin. l'Etat accorde son appui à toutes les tentatives de civilisation et spécialement aux missionnaires.

Les rapports entre européens et indigènes deviennent de plus en plus fréquents et s'améliorent tous les jours. Les agents de l'Etat et des compagnies font journellement des échanges avec les nègres, dont on connaît d'ailleurs les grandes aptitudes commerciales. Ils les employent pour l'exploitation des forêts et la culture du sol ; ils recrutent parmi eux d'excellents ouvriers industriels et tout naturellement, les nègres viennent à eux, leur deman des engagements Tandis qu'au début de la construction du chemin de fer, on avait toute la peine du monde à enrôler quelques manœuvres indigènes, à la fin des trav.mx. ceux-ci se présentaient par milliers dans les chantiers. D'ici à peu de temps, tous les chefs d'équipe de là ligne, les mécanii employés et conducteurs de train seront des congolais.

1),- plus, les agents comprennent que la douceur et la justice sont les vrais moyens <!«• noirs. M. l'ingénieur Espanet fut l'un des pren

à saisir toute l'importance d'un pareil système, quand il eut sous ses ordres les ouvriers du chemin de fer. Sévère mais très juste, nul ne fut plus aimé que lui des sénégalais et des indigènes recrutés pour les travaux de la ligne. Je fus témoin des ovations enthousiastes dont il fut l'objet de leur part, lorsqu'il se mêla à leurs groupes, en arrivant à Matadi. Plusieurs officiers de la force publique m'ont assuré que jamais ils ne frappaient un noir, même quand il avait tort ; à leurs yeux, ce système est le seul qui donne des résultats satisfaisants.

Est-il besoin, enfin, de citer comme les premiers agents de la civilisation au Congo, les missionnaires belges? Certes, le concours des autres blancs est précieux et généralement leurs mobiles sont nobles; mais cependant ils ont un intérêt personnel à la réussite de leurs entreprises et, en se consacrant à l'œuvre du Roi, ils travaillent aussi pour euxmêmes. Seuls nos missionnaires vont au Congo dans un but purement désintéressé : rien ne les y attire que leur ardent amour du Christ et de l'humanité souffrante. Pour sauver les âmes de leurs frères noirs, ils quittent tout, ils abandonnent, sans espoir de retour, famille et patrie; et que trouvent-ils en échange? Rien, si ce n'est les privations de tout genre, les difficultés sans nombre d'une évangélisation où tout est à faire, souvent la mort à brève échéance, la mort sans un ami, au milieu des solitudes affreuses de l'Afrique... Je me trompe, les missionnaires trouvent autre chose au Congo : ils y trouvent des âmes et la conquête de ces âmes leur procure des consolations immenses et durables, auprès desquelles les

satisfactions humaines n<- sont que bien peu cl

La propagation de la Foi fait au I les

progrès considérables et tous les jours lr>s missions catholiques y prennent plus d'ex actuellement divisé en trois vicariats apostoliques confiés aux Pères de Scheut, aux Pères Blancs et aux ! Plus de [40 missionnaires des deux -

y sont établis et évangélisent ces vastes territ sous la direction de deux évêques et d'un provincial. 50000 néophytes ou catéchumènes, 16 vill entièrement composés de chrétiens, prés de 50 écoles ou orphelinats, tels sont les résultats obtenus en moins de dix ans dan- hrétien! rite.

Les adultes sont, jusqu'à présent, restés rebelles aux efforts des missionnaires; adonnés à un fétichisme grossier qui favorise leurs pires instincts et les incite à la polygamie, ils se convertissent rarement; parfois on a vu certaines tribus se convertir on masse. comme dans l'Uganda, où les indigèn< I plus

civilisés; mais ce sont là de ptions A issi tout

fesp »ir des missionnaires est-il reporté sur les enfants, dont ils s'efforcent de faire de b >ns ouvriers chrétiens.

Outre l'instruction religieuse, les enfanl n:

tous une solide instruction ;

,in apprend à cultiver, à travailler le b

r, à mac >nner, .'1 cuire des briq I uiles,

• bâtir une maison; aux filles on apprend à coudre, à laver, à cuisiner, à t<'uir un intérieur. Quand ils sont en âge, <n\ 1rs marie et avec les jeunes ménages on constitue dos villa rétiens.

A. ses débuts, l'évangélisatioi fut entre-

p.ir d<>> religieux français; aujourd'hui le (

belge est tout entier entre les mains de nos missionnaires. Aux petits belges est dévolue la tâche de convertir et de civiliser un pays quatre-vingt fois aussi grand que la Belgique et riche de vingt millions d'habitants! Tâche lourde, mais combien glorieuse, qui s'impose à notre admiration et qui sollicite notre concours à tous! Car si nous avons assumé la responsabilité d'évangéliser l'Afrique centrale, c'est avec la ferme conviction qu'au succès de cette œuvre est rattaché l'avenir de la civilisation et la prospérité de notre empire colonial.

16 juillet Dans la brume transparente du soleil levant, un énorme rocher noirâtre, aux cimes sauvages et heurtées, surgit à pic du sein de la mer : nous sommes en face de Sainte-Hélène. Une impression de morne tristesse nous envahit... Tout autour de la baie où nous jetons l'ancre, les falaises dressent leurs escarpements abrupts et leurs surfaces absolument nues, qui se terminent par des arêtes vives. Pas la moindre trace de végétation. L'œil ne rencontre ici que la roche grise, brune ou violette.

La petite ville de Jamestown, dont nous voyons poindre les premières maisons et les installations maritimes, se présente elle aussi sous un aspect morne et froid. Un fort armé de trois batteries la domine. On aperçoit encore d'autres batteries sur divers points de la côte; partout où une anfractuosité dans la muraille rocheuse le permettait, les anglais ont mis des canons, comme s'ils voulaient isoler

davantage du reste du monde le coin perdu qui servit de prison et de tombeau à Napoléon.

Iles furent, à la vue de cette terr et farouche, les réflexions de L'Empereur, alors que, le i" octobre i S r 5, .1 aperçut du Northumberland

la retraite <jue ses ennemis lui avaient pré| n'eut pas une parole de découragement, pas un g d'impuissant'- révolte. Après une traversée de plus de cent jours, il contempla en silence la r rébarbative et mit le pied sur Sainte-Hélène sans trahir sa douleur ni son émotion... Jamestown, où nous débarquon la partie inférieure de la vallé< mgivood,

dernière résident m. La vieille ville,

celle qui fut contem] r de l'Empereur,

est aujourd'hui p r les

constructions - qui l'enserrent ou qui s'élèvent

sur ses ruines. Le nouveau Jamestown est une suc- »n de maisons blanches très p(,u c ilièrement semées le long de rues tortueuses,

qu'ombragent quelques arbres assez touffus. Un certain nombre de boutiques aux devantures européennes donnent à l'aggloméré un vague aspect de petite ville de province en Angleterre. La tour gothique d'un temple protestant à proximité de la côte complète la ressemblance.

Je suis frappé de l'énergie avec laquelle s'est affirmée ici dans les moindres détails l'occupation anglaise. Dans les rues de Jamestovvn, je ne rencontre presque pas de nègres. La plupart des habitants sont des mulâtres plus ou moins colorés; quant aux noirs, ils ont presque entièrement disparu, grâce au contact de leurs maîtres. A vrai dire, il y a ici fort peu de blancs de sang absolument pur; mais cela n'empêche que Sainte Hélène donne l'impression très accentuée d'une terre britannique. Les indigènes au teint jaune sont habillés à l'européenne et parlent un anglais presque convenable; ces femmes qui nous poursuivent de leurs photographies et de leurs souvenirs de Sainte-Hélène, sont presque des cnglisJi g iris par leur costume et leur démarche.

Quelques officiers, vêtus avec une correction absolue, se promènent gantés de blanc et la badine à la m. iin, tandis que d'autres sont occupas à une partie de tennis, dans l'enclos du S* Helena Chil>.

Tous les de X Albertville^ les uns à

pied, d'autres à cheval, les plus respectables en voiture, sont bientôt échelonnés sur i qui

conduit à Longwood. Nous remontons la vallée dont Jamestown occupe la partie inférieur 'jues

palmiers, des cultures de bananiers et des plants d'agave mettent dans le p j,ue note

tropicale; mais à mesure que nous nous élevons tation se fait plus rare. Les lacets de notre crochent au flanc de rochers abrupts, sei d'aloès et de cactus. De maigres l>i .: le coton-

niers et de frêl< g • les fleurs blanches

atteignent plusieurs mètres de h ait, bor lent le chemin du côté de la vallée. De temps à au lium

anim<- de sa note vive la paroi sombre du rocher.

Quelques échappées sur des pré- verts bois

tpins détruisent en partie l'impression de tristesse

que donne Sainte-Hélène aux nouveaux .irr'r. Sur l'autre versant d< çne le ;

chai . ^*:is entre 'airies maigres et

envahies p ir les planl I gétatii >n,

hauteurs, est presque abondant

myrthes, les mil rt communs et nous

protègeni très à titre les ardeurs du

soleil. M lis plus rien ne rappelle in la cl

efflor< - tropiques, La teinl

presque uniformément grise ou n

sont rab lUgries, les pins inclinent tristement la tête

vers le sol comme pour rappeler au passant que cette île est avant tout un tombeau.

Le pays que nous traversons est très peu habité. Les rares indigènes que nous rencontrons nous considèrent avec étonnement. L'un d'eux, un vieux mulâtre qui lie conversation avec nous, assure qu'il n'a jamais vu autant de blancs réunis dans l'île. Il nous demande si nous sommes français et paraît interloqué quand nous lui disons que nous venons de Belgique, notre pays ne rentrant pas dans la sphère de ses connaissances géographiques.

Nous arrivons au promontoire à l'extrémité duquel est située la maison de campagne de Longwood.

Le paysage redevient ici extraordinairement sauvage, mais il y gagne en grandeur. La route suit une crête de montagne qui domine la mer de 600 mètres ; de chaque côté, de profondes vallées s'étendent, dont les parois sont faites de roches volcaniques aux colorations les plus étranges. La lave s'est épanchée ici en traînées jaunes, violettes, roses, et cet ensemble de couleurs qui miroitent au soleil de midi donne aux roches; des aspects de grand kaléidoscope.

Ce qui domine dans ce paysage, c'est une étrange impression de resserrement, causée surtout par ce fait que des deux côtés de la route on voit la mer s'élever très haut entre les cimes aiguës qui bordent l'île. Sainte-Hélène est bien une véritable prison, entourée d'énormes remparts naturels ; nulle part cette impression n'est aussi forte qu'au moment où l'on aperçoit, à un détour de la route, la maison de Longwood, tache blanche perdue au milieu de l'enchevêtrement des rochers désolés qui ferment l'horizon, tout en ménageant par quelques issues des échappées sur la mer.

Longwood est situé sur un plateau assez vaste, à l'extrémité Nord de l'île; avant d'y arriver, nous traversons une longue pelouse bordée de chaque de ces pins étrangement recourbés que nous avons déjà rencontrés dans la montagne. Là, tout au bout du plateau, s'élève la maison qui fut le dernier séjour de l'Empereur, Longwood Old House. L'aspect en est quelconque, provisoire, l'architecture nue et sèche : un corps de bâtiment très bas, suis étage, percé de six fenêtres et flanqué de deux pignons; des murs en-pis en stuc jaunâtre et revêtus en partie de verdure; tout autour, un étroit jardinet clôturé par une haie de buis.

Nous pénétrons dans la maison par un perron de quatre ou cinq marches, que surmonte un péristyle empire. L'intérieur se compose d'un.' vingtaine de petites pièces sombres, aux plafonds bas, tapis et peintes de couleurs ternes, avec des plinthes brunes ou grises. Les chambres sont restées telles qu'elles étaient occupées par l'Empereur, mais tous

les meubles et les souvenirs qu'elles contenaient en ont été enlevés ; seules, des étiquettes anglaises et françaises épinglées sur les murs nous rappellent où étaient les salons, le billard, la bibliothèque, la salle à manger... Tout cela est pauvre et triste. Dans une des salles, on nous fait signer sur un registre à moitié rempli par les signatures des précédents visiteurs, que nous présentent de jeunes misses, les filles du gardien préposé par le gouvernement français à l'entretien de Longwood House. Cette dernière a, en effet, été rachetée par la République à l'Angleterre, en 1858, et fait partie depuis lors du domaine privé français.

Cette habitation, transformée en objet de curiosité et dont il ne reste plus que les murs, le bruit presque joyeux des conversations dans toute la maison, les éclats de rire des filles du gardien qui nous vendent des photographies, tout cela est très peu en harmonie avec la gravité de cet impressionnant pèlerinage. Ce n'est guère que dans la salle où l'Empereur est mort, que l'entrain trop général fait place à un recueillement ému. Devant le buste en marbre blanc qui rappelle ici la mémoire de Napoléon, on se sent porté à réfléchir, quand on songe que celui qui mourut dans cette salle étroite, le 4 mai 1821, avait été réellement le maître du monde. Jamais assurément, dans les temps modernes, carrière humaine ne fut plus considérable ni plus extraordinairement rapide. Mais combien la gloire qui en rejaillit sur son auteur fut de courte durée ! Et comme aussi la fin de cette carrière fut en tout semblable à ce qu'elle avait été dans ses origines l

Napoléon naît dans une île, ignoré de tous : il ne rencontre, à ses débuts, ni appui, ni faveurs; pour la conquête du monde, il est soutenu seulement par la confiance qu'il a en son él lile. C'est également dans une île que va mourir le vaincu de Waterloo; il y meurt isolé des siens, abandonné par le monde civilisé qui le repousse de son sein après l'avoir adulé ; il part pour l'éternité, seul, n'ayant auprès de lui, dans ses derniers moments, que quelques rares amis !

Et combien l'isolement de ces six années passées sur le roc de Sainte-Hélène est affreux ' Après avoir été le maître d'un empire qu'il rêvait sans limites, il aperçoit, dans quelque direction qu'il porte ses regards, les murailles de sa prison; quand il quitte Longwood, il voit, dominant la montagne énorme, la forteresse d'où les Anglais surveillent tous ses mouvements. S'il explore à pied ou à cheval les solitudes «le l'île, il est suivi par <i ts de

sir Hudson Lowe. Plus tard, quand il se confine dans son cabinet de Longwood pour travailler mémoires, il se voit encore sans cesse l'objet d'une étroite surveillance de 1 i part de s i liens. Et

ce n'est qu'après sa mort qu'il reçoit des marques de respect el de sympathie de [a part de ses ennemis eux-mêmes, alors que trois mille habitants de Sainte-Hélèn< ipagnenl ses restes jusqu'au Val

Napoléon.

\ jetons un rapide coup-d'œil sur Longwood New House, qui était à l'Empereur mais

ne fut achevée qu'après sa m habil

est plus [ue sa \ Sil un fond

et ombragée par des oliviers, elle est entourée d'un parc assez agréable. Le consul français de Sainte- Hélène l'occupe actuellement. Xous passons, enfin, devant la petite maison du gardien de Longwood, qui fut celle du général Bertrand, et nous nous dirigeons vers l'emplacement du tombeau.

Celui-ci est situé dans un vallon ombreux, à une courte distance de la route de Jamestown. Ce fonds très encaissé, boisé de pins, de myrthes et de saules, était le but favori des promenades de Xapoléon. Fréquemment il venait s'y asseoir à côté d'une source limpide qui sort d'une anfractuosité du rocher.

A plusieurs reprises il avait exprimé le désir d'être enterré dans ce lieu, si son corps ne pouvait reposer au bord de la Seine ; son désir fut écouté et sa tombe occupe le centre de cette petite oasis de verdure, qu'entour.e aujourd'hui une modeste clôture de bois. C'est un plan incliné, sans aucun ornement ni inscription, revêtu d'une couche de crépissage blanc crevassé par endroits ; quelques géraniums poussent à côté ; à l'entour régnent un

grillage de fer et une pelouse tracée au < <>rdeau ; dans un coin, quelques anthuriums blancs élèvent vers le ciel leur gracieux et mélancolique calice. La source où s'abreuvait Napoléon coule toujours, silencieuse ; quant au saule fameux qui prodiguait son ombre à la tombe du grand homme, il n'en existe plus que le souvenir ; un misérable rejeton, aux feuilles jaunes et maladives et dont l'aspect n'a plus rien de romantique, remplace l'arbre vénérable. Une cabane située à quelques pas de là et qui abrita plus d'une fois le vainqueur d'Aust'-rlitz sert aujourd'hui de comptoir de photographies ; des négresses y vendent des souvenirs de Sainte-Hélène et des vues du tombeau.

Depuis 1840, les restes de l'Empereur reposent aux Invalides. Et cependant, cette modeste sépulture, cachée sous les pins verts d'un coin perdu de Sainte- Eiélène, parle plus de Lui que le dôme pompeux qui abrite aujourd'hui sa dépouille mortelle. Et mieux que l'indiscrète poussée des foules qui s empressent autour du marbre érigé par la France, la quiétude m. rieuse et troublante du cimetière île Sainte-Hélène fait planer autour du visiteur une athmosphère de mort...

A la tombée du jour, nous sommes redescendus au port de Jamestown. l'eu après, notre steamer lève l'ancre et nous disons à Sainte-Hélène un dernier adieu. Longtemps encore, nous apercevons sa silhouette fantastique se profiler en violet sombre sur les rayonnements oranges du soleil a son déclin. Puis l'horizon se colore en n>u^e. la mer se couvre d'une écume sanglante et les contours de L'île

»e fondent dans Les demi-teintes du crépuscule.

*?fc ;* 9* ft m gfe £& -Sr Ê* $r 3fe ;« gfc

De Sainte-Hélène à Anvers — Praya de San-Yago Les Açores

Z^ /^ juillet nu 6 août

EFUIS six jours, nous nous rapprochons de l'Europe \J Albertville marche grand train et chaque soir le capitaine enregistre d'énormes totaux de milles. Le matin du 22 juillet, j'aperçois, à travers le hublot de ma cabine, un banc de rochers noirs très plats, tr jui profilent

leurs assises puissantes sur le ciel jaune largement strié de violet et de gris. Cest Praya de San-Yago, la principale des îles du Cap V

Quelques heures nous sont a< s pour des-

cendre à terre et nous chauffer une dernière fois aux ardeurs du soleil africain. N »us saluons pour ne plus les revoir, les majestueux palmiers, les iers graciles, les bananiers exubérants de verdeur. Leur végétation entoure comme d'une ceinture d'émeraude la ville de Praya et Pis tudes arides et nues qui nt sur le r

de l'île en imposants panoramas vol -. Praya,

que nous visit >ns en un

nos yeux cette même pittoresque Laideur dont je tus frappé a Saint-Paul de Loand;

sur un rocher à pic, tout près de la mer, et les murailles très hautes de ses maisons, qui couronnent la crête abrupte de la montagne, semblent les remparts de quelque vieille cité grecque ou italienne.

Je remarque ici la même population métissée et désœuvrée qu'au Congo portugais ; les mêmes rues tortueuses aux maisons roses, vertes, jaunes, où le soleil déverse à flots ses rayons ; la même incurie et une ignorance complète de l'hygiène.

Sur une des places principales s'élève la prison, — une grande construction délabrée, datant de la Renaissance et dont la façade est percée de vastes fenêtres. Les pensionnaires de cet établissement, blancs, noirs ou mulâtres, s'entretiennent familièrement avec les passants, qui leur offrent des douceurs avec des consolations. La vie de détenu semble convenir parfaitement au tempérament des habitants de Praya; derrière leurs grillages, ils paraissent être les gens les plus heureux du monde.

Plus loin, j'entre, à la suite de quelques amis, dans un bâtiment qui m'a tout l'air d'un café, avec sa porte grande ouverte sur l'extérieur. Je heurte

du pied un porc ('norme qui dort sur le seuil et. pénétrant à l'intérieur, je cri'- à mes ions :

Que trouve-t-on à boire ici? On me fait signe de me tain-. Trois blan [s devant une longue

table recouverte d'un tapis qui fut vert, me regardent ahuris, sans mot dire, comme <]-•* gens qu'on trouble dans leur sommeil ; un gendarme noir et un mulâtn- loqueteux, qui se trouvent de l'autre côté de la table, se retournent aussi avec des mines effarées. J'ai compris : cet appareil, cet assoupissement... ; je suis au tribunal. Ici on ne trouve point de consommations, mais on y vend... la justice.

L< j^ juillet au matin, nous sommes arriv face des Aç>

Cette escale a été pour n<>us une véritable surprise. Les deux jours que nous avons passés ici nous ont fait connaître un pays merveilleusement pourvu de sites pittoresques et une population active, intelligente, industrie;- Après • ■ que nous avens vu des autres colonies du P ble pres-

que incroyable que ce soient des portugais qui ont réussi à tirer des A ires un parti qui ferait honi à nos agriculteurs flamands, I lire que

les flamands n'y sont peut-être pi- tr ng rs : au seizième siècle, une importante colonie flamande vint s'installer ici et pendant longtemps les Açores furent connues sous le nom d' - Iles Flamandes ».

Les en particulier Pîl Sai

où nous faisons escale, onl r l'érup-

tion d'un grand nombre de volcans, auj< urd'hui éteints.

La plupart des montagnes ont à leur sommet d'anciens cratères et la couche inférieure du sol est composée de lave. C'est à l'un de ces cratères, celui

de Furnas, que nous consacrons notre première visite. Xous partons, à trois ou quatre seulement, de Ponta-Delgada, — une jolie ville, d'un cachet éminemment portugais, mais où ; ^ se retrouvent d'inté- X>l^| ressants vestiges de l'architecture flamande du 16e siècle.

Certains costumes rappellent également les vieux costumes flamands ; ainsi, dans les manteaux noirs ou bleus,

Ponta-Delgada

à grand capuchon, que portent les femmes, je retrouve le captnantel de nos paysannes.

Furnas est situé à six heures de voiture de Ponta- Delgada. Le pays que nous traversons est admirablement cultivé; pas un pouce de terrain n'est perdu. Les champs de maïs, d'avoine et de froment se suivent et entremêlent leurs tons roux, jaunes ou verts, de façon à nous donner presque l'illusion de notre Flandre, avec cette différence que le pays est montagneux et la fertilité du sol artificielle dans les hauteurs.

Nous traversons de nombreux villages, où tout

dénote que les habitants vivent «luis l'aisance et paraissent heureux; presque pas de pauvres et, surtout, pas de mendiants... Sommes-nous bien dans une province portugaise? Le papier-monnaie est inconnu ici et c'est sous la forme de pièces d'argent que nous colportons les milliers de reis dont nous nous sommes enrichis dès notre arrn D'autre part, le change de l'argent est de nature à faire supposer que la monnaie est rare dans le \ en effet, 600 reis portugais - i comme

valant 800 reis environ, c'est-à-dire que pour un achat de 2 fr. 70 il ne faut payer que 2 francs.

I t petite ville de Fumas s'étale, paisible et riante, au d'un cirque presque complet de hautes montagnes. De l'ancien volcan, de la ■i fournaise » qui a donné son nom à la ville, il ne reste plus qu'une série de sers qui sortent en innombrables filets de tous les rochers des environs. Quelquesuns, — les plus 1 hauds, — s'élancent en g sur les flancs du cr.L' blanche Pour le reste, on roire

au centre d'un volcan ; car les montagnes sont boisées ou cultivées jusqu'à la crête et les torrents de feu ont fait place à un océan de verdure.

Nous rentrons à Ponta Delgada en suivant la côte Nord de San Miguel. La route longe la mer et nous réserve à tous moments des échappées magnifiques sur les promontoires qui découpent la côte. Nous les voyons se profiler en bleu vif sur le bleu plus pâle de la mer, et les villages qui les

$8tt£Ë «mm

Lac de Fogo

couronnent nous apparaissent dorés par le soleil du soir. Puis, nous traversons d'admirables forêts de pins, dont le sol est tapissé d'agaves et d'hortensias d'un bleu porcelaine. L'azur de ces derniers est si intense qu'à certains moments on doute si l'on a devant soi des percées de ciel ou des grappes de fleurs . . .

L'excursion que j'ai faite le lendemain au lac de Fogo, — un autre cratère, — est tout aussi remarquable et bien plus sauvage. Nous partons cette fois à dos de mulets et quittons la partie cultivée

de l'île pour nous enfoncer dans une gorge absolument aride où coule, entre d'énormes roches gt un ruisselet qui se transforme parfois en torrent furieux. Des deux côtés de l'étroit sentier que nous suivons s'élèvent des montagnes abruptes entièrement couvertes de bruyères blanches ou roses et de lichen. Plus d'habitations à voir. La végétation alpestre fait place à de maigres touffes de foug

Villafranca

et, à mesure que nous montons, celles-ci deviennent plus rares et sont remplacées par des mousses parasites.

A 540 mètres de hauteur, le lac de Fogo ip] soudain dans un féerique décor de montagnes de velours vert ou noir. Ses eaux sombn rident

en baies profondes que borde un mince filet de sable blanc et de gal< liatement

au-dessus s'élèvent les escarpements du cratère; la verdure dont ils sont 1 rien à leur

tère sauvag< : elle fait au contraire mieux

sortir jusqu'à leurs moindres valonnements et semble un manteau de moire verte à reflets infiniment variés. Seules, des mouettes troublent l'air de leurs cris, que l'on prendrait pour des rires d'enfants. La nature règne ici en souveraine incontestée, et l'on ne peut voir la moindre trace du passage des hommes dans cette impressionnante sauvagerie.

C'est à regret que nous avons quitté ce merveilleux passage et que nous avons pris le chemin du port de Villafranca, situé sur la côte sud de San-Miguel. \J Albertville nous y attendait et a levé l'ancre peu après notre retour, nous emportant vers l'Europe.

4 août

U Albertville est arrivé ce matin en rade du Havre, où devait avoir lieu la cérémonie du banquet d'adieux et de remercîments offert au colonel Thys par les passagers.

A une heure, nous nous retrouvions à l'hôtel Frascati, où a lieu le banquet. Cette fête tout intime, au cours de laquelle nous remettons au chef de noire expédition un bron/e d'art, est d'une cordialité charmante et l'arrangement en est parfait, grâce à M. A.-T. Wauters, arrivé ici depuis la veille en compagnie de M. Valère Mabille.

Le général Daelman s'est fait auprès de M. Thys l'interprète de nos sentiments de reconnaissance et des applaudbsements unanimes témoignèrent de l'enthousiasme des convives.

Le chevalier Maurigh de Sarnfeld, en une langue

émue et véritablement éloquente, a remen ié le i olonel au nom des délég les nations étrang i

Le colonel Thys, qui ment un maître

de l'art oratoire, s'est adressé en des termes d'une délû extrême à tous ses invités. Il nous a

rappelé les deux mois de mer que nous vi passer ensemble et a exprimé l'espoir qi de V Albertville me un terrain teuse

amitié sur lequel nous nous retrouverons plus tard dans la vie. S'adressant ensuite a chacun des groupes d'invités, il a su trouver pour tous des mots qui nous sont allés au cour. Une ovation enthous a accueilli ce discours et attesté uni fois de plus au colonel les vives sympathies qu'il s'esl u< quises parmi nous.

6 août

L'heure du retour a sonné; bientôt les désespérantes banalités de la vie réelle auront mis un ternv à ce rêve de deux mois qu'a été notre voyage. Et tandis que XAlbertvilh s'engage entre les rives plates de l'Escaut, la pensée s'envole bien loin par

<■[ s'arrête aux b< rds du majestueux On cherche du regard les grands horizons -ris «pic tout au fleuve africain tains palétuviers

l'œil, i< i. s'arrête sur des pn rn

t. lits rouj 'n voudrait n

les pai açhes étin< • I nts des palmiers, et les membres torturé

hententi géants di ; i< aines, <-t l'on retr

peupliers engrisaillés, minuscules, qui bordent avec une " régularité curieuse une infinité de petits champs carrés. Plus loin, ce sont des troupeaux de vaches, qui nous regardent passer avec une indifférence suprême. Puis, enfin, c'est Anvers, avec le troupeau humain des spectateurs qui envahissent sa rade. Au moment de nous amarrer, un magnifique steamer nous croise, véritable oiseau de mer tant est gracieuse sa coque peinte en gris pale : c'est le Bmxcllesville, qui part pour le Congo et dont les passagers nous saluent d'enthousiastes acclamations. Tandis qu'ils s'éloignent, nous leur jetons un regard d'envie et quand ils ont disparu, il semble que le dernier lien qui nous rattachait au Congo soit brisé.

Anvers nous apparaît, très belle dans l'éblouissement du soleil de midi. A l'arrivée du steamer, les hurrahs s'élèvent de la foule immense, le canon tonne et la Brabançonne éclate, joyeuse. Le carillon qui se fait entendre à la tour de la cathédrale et la grosse cloche qui sonne à toute volée achèvent de nous rappeler, de leur forte voix, si familière aux belges, que nous sommes rentrés au pays natal.

Nous débarquons. Toutes les autorités de la ville d'Anvers sont là pour nous recevoir et un cortège s'organise jusqu'à l'hôtel de ville, où une cordiale réception nous a été préparée par le Conseil communal. Dans un discours vibrant et élevé, M. le bourgmestre Van Ryswyck constate que l'inauguration du chemin de fer du Congo a pris les proportions d'un événement national et que le fleuve Congo est désormais devenu un affluent de l'Escaut, tant sont puissants les liens qui rattachent dès à

présent los deux pays. Pondant quelque temp> en Anvers réunit, pour la dernière fois, ceux que le bes >in de voir la mystérieuse Afrique a réunis en ce lointain voyage; et les sympathies qu'a fait naître la Ion traversée se manifestent en des adieux prolongés, tandis que los passagers de Y Albertville s'apprêtent à se disperser aux quatre coins de la vieille Europe.

Page 1