‹ Au CongoChapitre 34 sur 51 · LA MAIN-D'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LA MAIN-D'ŒUVRE

Une des questions les plus intéressantes qu'il nous reste à résoudre au Congo, et particulièrement au Katanga, est certes celle de la main-d'œuvre.

Cette question est pour nous d'intérêt primordial, car le manque de bras se fait déjà grandement sentir et ce besoin ira en s'accentuant au fur et à mesure que l'activité industrielle se développera dans le pays noir.

L'étude de ce problème a déjà tenté beaucoup de spécialistes des plus capables.

Je citerai entre autres Camille Janssen,René Vauthier, le Dr Cureau, Emile Zimmerman, E. Walterthum, le capitaine commandant René Dubreucq, Henri Anet, Jacques Hassan, Georges Paquot, E. Francqui etc....

Les uns sont partisans d'employer la main-d'œuvre jaune, puisque la main-d'œuvre indigène fait défaut.

Les autres, après avoir fait le procès des jaunes et avoir expliqué tous les motifs (et ils sont nombreux !) qui militent en faveur de leur exclusion de la colonie, réclament la continuation de la main-d'œuvre indigène.

Je me range énergiquement parmi ces derniers.

Les expériences qui ont été tentées avec des jaunes sont nombreuses : partout elles ont donné des résultats peu encourageants.

Les essais faits dans les mines du Rand et au chemin de fer de Matadi à Léo sont concluants et, à moins d'y être absolument forcé, je demande que l'on éloigne d'une façon absolue cet élément dissolvant de notre belle Colonie.

Alors, me dira-t-on, où nous procurer la main-d'œuvre qui nous est indispensable ?

Mais au Congo !

La plus grande partie du chemin de fer de Léo à Matadi et la presque totalité du chemin de fer dit des Grands Lacs ont été construits par des ouvriers indigènes.

Quant aux mines de Kilo, on peut affirmer qu'elles sont presque exclusivement exploitées par des ouvriers indigènes et que maintenant tous les chemins de fer du Congo emploient des mécaniciens du pays.

J'estime que ce qu'ils ont fait aux chemins de fer et aux mines de Kilo, ils peuvent le faire au Katanga.

A nous de les éduquer et de les amener à aller travailler au Katanga.

Ce sont deux conditions qui ne peuvent être obtenues sans l'aide la plus large du Gouvernement.

C'est à lui en effet qu'incombe le devoir d'éduquer les noirs et de les préparer au rôle qu'ils sont appelés à jouer dans le développement de la Colonie.

Il faut aussi à tout prix et quels que soient les sacrifices qui seront reconnus nécessaires, que le gouvernement multiplie sur tous les points du territoire des écoles professionnelles et qu'il prenne des mesures énergiques pour que les cours soient suivis régulièrement. De cette façon, nous aurons des ouvriers.

Voici d'ailleurs ce que disait le Roi ALBERT, dans son beau discours, lors de l'inauguration de la Section Coloniale à l'Exposition de Gand.

« N'oublions surtout jamais que les populations du » Congo nous apporteront la plus précieuse et la plus » indispensable des collaborations. En élevant les indi- » gènes à une conception plus large de la vie, en » accroissant leur bien-être, en développant chez eux le » goût des travaux qui répondent à leurs conditions » d'existence, nous trouverons en eux des artisans du » progrès de la colonie. »

Oui, diront des camarades, c'est parfait en théorie, mais comme ces ouvriers sont nés paresseux et que pour eux, le besoin de travailler ne se fera jamais sentir, ils ne travailleront pas.

Peut-être!...

Ils ne travailleront pas, si le besoin de travailler ne se fait pas sentir, c'est très vrai. Mais c'est précisément ce besoin qu'il faut faire naître et même imposer.

Le moyen me paraît assez simple.

Maintenant que l'impôt se perçoit en argent, il faut que le gouvernement exige son paiement d'une façon régulière.

Au besoin le Gouvernement peut augmenter quelque peu l'impôt.

Mais là ne doit pas se borner l'œuvre du Gouvernement. Il ne suffît pas qu'il oblige les indigènes à travailler, il faut aussi qu'il surveille de très près la façon dont on les fait travailler.

Lorsque l'on aura amené les indigènes à aller travailler au Katanga, il faudra, à mon avis, pour les retenir sur les travaux, observer les conditions suivantes :

1°) Exiger que les contrats soient faits d'après un modèle fourni par le Gouvernement et le rendre strictement obligatoire pour les deux parties.

2°) Exiger que les travailleurs soient traités avec justice et bonté. par les employeurs.

3°) Obliger les compagnies à loger convenablement leurs ouvriers et, afin d'amener le plus possible de ménages, exiger que chacun d'eux ait une maisonnette convenable à sa disposition.

4°) Leur distribuer des vêtements et des couvertures.

5°) Leur procurer des divertissements,les uns gratuits, les autres à très bon compte.

6°) Veiller à ce qu'ils aient des vivres frais en abondance et de bonne qualité.

Pour obtenir ce dernier résultat, le gouvernement pourrait exonérer de l'impôt les indigènes qui se trouvent dans certaines zones et qui justifieraient qu'ils possèdent des plantations vivrières d'une contenance à déterminer.

La vente de leurs produits à un taux suffisamment rénumérateur devrait également leur être assurée.

7°) Afin d'éviter autant que possible, les désertions parmi les travailleurs, une partie de leur paie, par exemple les 2/3, serait payée hebdomadairement et le 3me tiers leur serait payé à l'expiration de leur contrat.

De cette façon, non seulement on retiendrait davantage les nègres sur les travaux, mais encore ceux-ci, ayant un joli pécule à toucher à la fin de leur terme, iraient faire montre de leurs richesses dans leur village où ils feraient naître la convoitise.

Le nègre étant très vaniteux, il n'y a pas de doute que son besoin de paraître créerait bientôt un courant qui s'orienterait vers les mines.

Le problème de la main-d'œuvre serait donc en grande partie résolu.

Page 1