MARINE MARCHANDE. - MARINE DE GUERRE
Ceux qui en Belgique font autorité au point de vue commercial, sont unanimes à déplorer que notre marine marchande ne prenne pas plus d'extension.
Pour s'en convaincre, il suffît de lire les discours du Roi LÉOPOLD II à Anvers, le 12 Juin 1909, du Roi ALBERT au Sénat, lorsqu'il était encore Prince Royal, des Ministres Helleputte, de Lantsheere, Seegers, de MM. Léon Hennebicq, Franck, Smeester, Hervy-Gousin, de Ryckère, Georges Lecointe, etc..
Ils vous diront que le commerce suit toujours le pavillon.
C'est à dire que la prospérité du pays est intimement liée au développement de notre marine marchande.
Tous, vous diront aussi que la stagnation de notre marine marchande provient de la difficulté que rencontrent nos armateurs pour se procurer de bons officiers de nationalité belge.
Pourquoi avons-nous peu de bons officiers de marine en Belgique ?
Uniquement parce que nous ne possédons pas de marine de guerre et que c'est dans celle-ci que tous les pays maritimes recrutent leurs meilleurs officiers de marine marchande.
Cette objection suffirait à elle seule pour nous faire désirer avoir une petite marine de guerre.
Il y a d'autres motifs plus impérieux qui militent en sa faveur.
L'année dernière (en 1912), aux journées coloniales qui tenaient leurs assises à Bruxelles, M. René Vauthier, dans un beau et savant discours, nous a démontré d'une façon irréfutable que nous avons le droit d'avoir des colonies.
Il m'a paru qu'à ce beau discours une conclusion s'imposait.
J'ai donc demandé la parole et la conclusion que j'ai tirée était celle-ci :
« Nous avons le droit pour nous, c'est très bien, mais à quoi sert le droit, s'il ne s'appuie sur la force?
» De nos jours, on ne parle que de droit, et lorsque nous observons ce qui se passe autour de nous, nous voyous partout la force primer le droit !
» Nous sommes une nation de près de huit millions d'habitants et, au point de vue du commerce, nous sommes la quatrième nation du Globe. Cependant les grandes puissances nous traitent en quantité négligeable, alors que quatre petits peuples qui, tous
ensemble, ont à peine notre population et qui sont loin d'être aussi prospères que nous, tiennent toulc l'Europe en émoi.
» Pourquoi cette différence?
» Uniquement parce que les Bulgares, les Serbes, les Grecs et les Monténégrins ont une armée vraiment nationale, qui leur permet de parler fier et haut, tandis que notre armée n'est en rapport ni avec notre population, ni avec la prospérité du pays. »
Eu terminant, je disais :
« Le meilleur moyen de défendre notre Congo, c'est encore d'avoir une bonne armée en Belgique, car en politique, on aime où l'on fait semblant d'aimer ceux qui sont forts.
» Ayons donc une bonne armée; on nous aimera et l'on nous respectera. »
Depuis lors, la résurrection de notre esprit national s'est affirmée et grâce aux efforts denotreMinistredela Guerre, le Baron de Broquevillc, et de patriotes de tous les partis, tels que : MM. Hymans, de Landsheere, Pirmez, Louis Huysman, Théodor, Monville, Léon Hennebicq, le Lieutenant Général Baron de Heusch, Ludovic Thiriaux, Alban Bertrand, Knudsen, etc., nous allons enfin avoir une armée digne de nous et de notre glorieux passé !
Les preux qui furent nos ancêtres auront tressailli dans leur tombe, le jour où la loi du salut a été votée.
Elle leur aura prouvé que leurs fils n'ont pas dégénéré et que le sang gaulois coule toujours pur dans leurs veines.
Certes, l'effort que nous avons fait est beau et tous les patriotes doivent une reconnaissance éternelle à tous ceux qui ont aidé à la rénovation de notre armée.
N'oublions pas cependant que l'orage gronde toujours et que, si le danger semble s'être déplacé, il ne reste pas moins réel.
Des brochures, des journaux sont publiés et l'on y parle du partage ou de l'annexion de notre colonie, absolument comme si la succession était déjà ouverte.
Des mots!... des phrases!... me dira-t-on.
Oui, mais cela commence toujours par des mots ou par des phrases, jusqu'au jour où l'on se trouve devant la terrible réalité.
Les peuples ont un besoin pressant d'expansion, cela est certain.
Notre colonie est vaste, riche et prospère. Donc, tentante!,..
Si nous voulons la conserver, sachons vouloir la défendre envers et confie tous ceux qui voudraient nous la voler.
M. E. de Renly, dans son bel ouvrage « L'Europe Noire », dit à la page 139 :
« La neutralité du Congo semble aussi précaire en Afrique que celle de la Belgique en Europe. Si l'une est entamée, l'autre ne survivra pas longtemps. »
Ou ne peut pas mieux dire. C'est la logique même.
En défendant le Congo, c'est la Belgique que nous défendons, et en armant en Belgique, c'est le Congo que nous protégeons.
Mais, de toute éternité, comment défend-on une colonie?
C'est je pense au moyen d'une marine de guerre.
Je sais qu'après l'effort considérable que le pays vient de faire pour réorganiser son armée, ma demande va faire pousser des cris d'effroi ou de colère à bien des gens.
Les uns diront : ces militaires ne sont jamais contents, donnez-leur un doigt, ils prendront toute la main.
D'autres diront également : c'est un maladroit! Le moment est mal choisi pour demander de nouveaux sacrifices au pays; je sais cela très bien.
Mais ce que je sais aussi, c'est que le danger est peutêtre plus proche que nous ne le croyons.
Quand je vois des peuples, tels que les Hollandais, qui n'hésitent pas à voter la construction de cinq dreadnoughts pour défendre leurs colonies, je pense que je serais criminel, si, puisque c'est ma conviction, je ne disais à mes compatriotes :
« Si vous voulez que des peuples amis nous aident à conserver notre beau Congo, il faut que nous le défendions nous-mêmes et qu'à côté de leurs puissantes escadres, notre pavillon soit au moins représenté par 4 ou 5 bonnes unités de combat.
» Songez qu'il y va non seulement du salut de notre colonie, mais peut-être aussi de l'indépendance de notre Patrie. L'appétit vient en mangeant et lorsqu'on commence à prendre, il n'y a pas de motifs pour s'arrêter en route. Le proverbe dit : Aide-toi et le Ciel t'aidera.
En politique, cela veut dire : Arme-toi et Von te respectera! »