AU DRAPEAU
Chez nous, un drapeau, c'est bien peu de chose, trois morceaux d'élofîe de couleurs différentes, cousus ensemble et que l'on arbore les jours de fête. C'est à peine si on le regarde et l'on passe indifférent devant lui.
Au Congo, au contraire, dans chaque poste, dans chaque station, dans chaque camp, il n'y a qu'un drapeau. Toujours il est placé sur la perche la plus haute et lorsque, le soir, sa journée terminée on se trouve seul, assis sur sa chaise longue et qu'on rêve au pays natal, instinctivement les yeux se portent vers lui.
Dans le grand silence d'une de ces belles soirées tropicales, lorsque l'on n'entend plus que le coassement monotone des grenouilles et le grincement éternel des grillons, on voit le soleil disparaître lentement à l'horizon. Une sonnerie de clairons retentit. Les soldats
sortent précipitamment de leurs cases et présentent les armes; les blancs se lèvent et se découvrent respectueusement.
Pourquoi?
C'est qu'à ce moment on amène le drapeau.
Oh ! non, à cet instant, ce drapeau n'est pas une loque, un chiffon. C'est l'àme même de la Patrie absente! c'est notre guide, c'est notre conscience.
C'est lui qui, au nom du progrès, nous dit : Marche, va de l'avant!
C'est lui aussi qui, au nom de la civilisation, nous dit encore : Sois juste et bon. Apprends à ces malheureux, à ces pauvres déshérités que le droit du plus fort n'est pas toujours le plus juste, ni le meilleur. Apprends-leur ce que signifient ces deux grands mots qui sont à la base de toutes les civilisations : Justice et Charité.
Eu fin, c'est encore lui qui nous réconforte dans Tes moments difficiles et, lorsque nous nous sentions las, découragés, prêts à faiblir peut-être, c'est encore lui qui nous crie : « Debout et haut les cœurs ! »
Fais ce que dois!
Advienne que pourra!....