‹ Au congrès eucharistique de Malte [microforme]Chapitre 8 sur 32 · BÉNÉDICTION DE LA MER · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DE LA MER

La bénédiction eucharistique de la mer ! Quelle idée sublime ! Elle ne pouvait naître qu’à Malte, et c’est à Malte seulement, que cette cérémonie grandiose pouvait revêtir toute sa pleine signification.

Malte, ce petit point géographique, perdu au milieu des océans ; ce rocher en partie aride, en partie couvert d’une terre apportée d’ailleurs et qui s’effrite ; ce minuscule archipel dont deux îles seu-

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les sont habitables, ce groupe de petites villes et de petits villages couvert d’une Population qui n’atteint pas trois cent mille âmes, dont le commerce est presque nul, dont la langue n’est comprise nulle part ailleurs; qui n’a aucune voix dans le conseil des nations ; qui a servi, des siècles durant, dans tout le Cours de son existence, d’enjeu aux peuples les plus Puissants, dans leur folie de conquête ; Malte, qui ne s’est jamais appartenu, qui a été tour à tour le bien des Phéniciens et des Grecs, de Rome et de Carthage, des Vandales et des Sarrasins, des Espagnols, des Siciliens, et qui aujourd’hui est aux Mains de la protestante Angleterre: c’est Malte qui va servir de Piédestal au Christ Pour bénir le monde Par son Eucharistie!

Oui! et c’est logique, durant ce Congrès qui a tout ce qu’il faut pour réaliser l’idéal d’un Congrès eucharistique international,

Reprenons: l’île qui a reçu la doctrine de l’apôtre eucharistique Par excellence,

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saint Paul; dont le peuple, sous tant de dominations diverses et sous le Croissant lui-même, a toujours tenu haut et ferme l’étendard de sa foi; Malte, a été non:

seulement le rempart, mais aussi la sentinelle intelligente, qui a arrêté au passage l’invasion musulmane, après avoir subi sans encombre le contact de tant de nations infidèles.

Jamais elle n’a été entamée par l’hérésie ou par le schisme, elle a tenu fidélité constante à l’Eglise, au pape, au Christ.

Les chevaliers de Saint-Jean, qui la reçurent en cadeau de Charles-Quint, au seizième siècle, acceptaient un présent dor* le prix se tirait moins de l’importance stratégique de l’île que de la valeur guerrière, morale et surtout religieuse de ses habitants.

La gloire de Malte remonte plus haut que l’île Adam, le premier, et s'étend plus loin que Beaujolais, le dernier des

chevaliers qui dorment sous les voûtes de leur temple, Je veux bien admirer dans l’histoire, écrite ici sur tous les monuments, les hauts faits des grands maîtres, et de leurs intrépides moines soldats; je n’ai garde d’oublier surtout le plus illustre d’entre eux, La Valette, fondateur de la ville, celui qui avec neuf mille hommes sut résister si longtemps à quarante mille assiégeants; mais je sais que depuis saint Paul jusqu’à eux, Malte avait eu un peuple d’apôtres, de héros, de martyrs, et qu’il est toujours resté depuis un peuple de croyants et de pratiquants.

Donc l’île qui, par la mer qui l'entoure, touche et se relie à tous les continents, et par les traditions constantes de son peuple se rattache directement à gaint Paul, et donc, au Christ, Malte devait servir de Thabor pour faire rayonner dans le monde l'éclat de la gloire eucharistique dans une bénédiction solennelle donnée, du haut de ses murs, par le représentant du successeur de saint Pierre, et planant sur les mers, pour atteindre tous les rivages,

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L'idée de la bénédiction de la mer, est donc vraiment géniale. Je serais curieux de savoir qui l’a eue le premier. Je lui en donnerais ici crédit. Donc à cinq heures la procession sortait de la Basilique de Saint-Jean. Elle était composée des enfants de choeur, des religieux, des prêtres séculiers, des chanoines, des évéques, des cardinaux. L’ostensoir était porté par le cardinal-légat. Le parcours n’était pas long; bientôt on arrivait à la Baracca superiore. C’est une sorte d’esplanade ou de belvédère, s’avançant sur le point culminant des remparts, audessus du port principal de La Valetta. Il 7 avait un reposoir surmonté d’un baldaquin. Dans le port même, il y a des vaisseaux de toutes sortes: l’Atrato, l'Ile de France, Y'Etoile ; de nombreux yachts, grands et petits, des barqnes à vapeur ou à pétrole, des chaloupes à rames, des canots, tous remplis de monde et abondamment pavoisés.

La foule s’est répendue partout où il y a

moyen de jouir du spectacle, qui est vraiment d’une solennité imposante, On chante le Tantum. Des hauteurs où il domine la rade, et peut plonger son regard jusque sur la haute mer, le cardinal promène lentement dans les airs, en traçant un triple signe de croix, l’Hostie dont l'apparition est saluée par des détonations, par les musiques militaires, par le cri des sirènes, et par le son de toutes les cloches de la ville.

Tous se découvrent, s’inclinent, adorent puis la bénédiction terminée, le cortège retourne à la basilique au milieu des Chants et des prières, Cette manifestation de piété est le prélude de la grande dé.

monstration de demain. Elle restera Comme un trait caractéristique tout à fait exclusif du Congrès de Malte,

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26 avril 1913.

Voici la liste, que je crois assez complète,des dignitaires ecclésiastiques, présents au Congrès :

— Eminentissimes cardinaux: Ferrata, légat pontifical; Lualdi, de Palerme ; Nava di Bontife, de Catane ; Bourne, de Westminster et Almarez y Santos, de Séville.

—Mgr Pace, archevêque de Rhodes, évéque de Malte ; Mgr Portelli, son auxiliaire et Mgr Camilleri, évêque de Gozo, Malte.

— Nos Seigneurs les archevêques :

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d’Arrigo, de Messine; Bignami, de Syracuse; Combes, de Carthage; Dubois, de Bourges; Gianini, de Serres; Gracelli, de Viterbe; Marconi de Théodosiopolis; Netzammer, de Bucharest ; Nozaleda, de Petra; Pugia, de Santa Severina ; Rouset, de Reggio; Schiro, de Néo Cesarée du Pont ;

— Nos Seigneurs les évêques : Arista- Vigo, d’Aci-Reale; Audino, de Mazzara; Basulto y Jimenes, de Lugo; Benzinger, de Quilon; Berthi, d’Amelia; Chisholm, d’Aberdeen; Delrio, de Gerace; Emard, de Valleyfield; Ferrais, de Lystres; Gandasequi, de Dora; Heylen, de Namur ; Hossu, de Sjamos-Ujvar; Lagumina, de Girgente; Leite de Vas Consellos, de Beja ; Livinhac, de Pacando; Mikes, de Szambathely; Norvowieski, de Plotsk; Paino, de Lipari,; Palunko, de Rhodicpolis; Peini, de Mangalore; Pellizari, de Plaisance ; Piquemal, d’Alger; Polomeni, de Carthage; Radu, de Gross-Wardein; Raiti, de Trapani; Romero, de Jasso; Sansoni, de

Cefalu ; Sturzo, de Piazza Amwmerina ; Fournier, de Carthage; Tei, de Pezaro;

— Révérendissimes abbés mitrés: Bossart, d’Einsiedeln; Schmidt, de Saint- Meinrad; Uban; Carame; Elkhazen.

Le comité permanent était représenté par Mgr Odelin, Mgr Jackman, Mgr Tiberghien ; les chanoines Brintet, Gerbier, Lamerand, les RR. PP. Tarcisius, Chardavoine; MM. Liesens et le comte de Renesse-Breidbach ; le duc de Norfolk porte aussi l’insigne du comité, et occupe une place d’honneur à toutes les réunions.

Si les congressistes étrangers ne sent pas très nombreux, environ trois mille seulement, on peut dire cependant qu’ils représentent tous les pays du monde, en sorte que le Congrès lui-même obtient tout à fait le caractère international.

Dimanche, le 27 avril 1918.

Tous les jours, il y a eu cérémonie 80lennelle et même office pontifical dans quelques-unes des principales églises de Malte et de Gozo, l’île voisine, qui a son évêque et sa cathédrale. Tous les jours aussi des communions en grand nombre ; mais ce matin c'était, de par l'invitation expresse de l’évêque;communion générale.

En effet, de bonne heure et à toutes les messes qui se succédèrent partout, les fidèles s’approchèrent de la sainte table en nombre tel qu’on nous assure que toute la population de la ville a fait comme une seconde communion pascale,

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C’est encore à l'église du Gésu que je suis allé célébrer pour les Onorati: c’est un groupe assez considérable, plusieurs centaines de citoyens formés en association particulière, C’est pour ainsi dire l'élite de la société de -: ‘‘e. Ce sont eux que nous avons vus et revus partout, prétant leur concours pour le succès du Congrès. L'élément laïque s’est montré admirable.

Le cardinal-légat a officié à la basilique de Saint-Jean en présence de presque tous les évêques. Belles cérémonies, grande musique, église bondée.

Enfin, cet après-midi la grande procession. Je n’entreprendrai pas d’en faire le récit. C’est l’ampliation de celle d’hier et puis les processions de ce genre se ressemblent toutes. Le théâtre seul change, le reste est une question de plus ou moins, de longueur de la route Ou du cortège, de la quantité ou de la richesse des décors,

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Je parle de la partie matérielle; donc quand j’aurai mentionné les riches tentures, les banderolles, les arcs de triomphe, les inscriptions, les drapeaux à toutes les fenêtres, et les parures ajoutées par la piété individuelle, tout le long du par- Cours ; quand j'aurai énuméré le personnel du cortège : les jeunes éclaireurs en uniforme et en armes, les fanfares civiles ou militaires, les multiples confréries en leur costume pittoresque, les suisses avec perruque et rabat, les associations laïques de tous noms, les ordres religieux de toutes nuances, les groupes de pèlerins étrangers, celui des Français étant de beaucoup le plus nombreux; les curés de toute l’île avec le camail et létole ; les chanoines de tous les chapîtres avec leurs insignes honorifiques; les abbés, les évéques, les archevêques, tous en chape et portant leur mître dans la main, les membres du gouvernement local ; le dais souple et très riche porté par la noblesse maltaise ; et, à la suite du Cardinal-légat portant l’ostensoir, quatre membres de la plus

haute noblesse catholique d'Angleterre, le duc de N orfolk, lord Bray, lord Kerr, lord Clifton portant tour à tour l’ombrellino; les cardinaux en CaPpa magna, avec leur entourage, les dames maltaises et espagnoles pour lesquelles, entre Parenthèse, il avait fallu au préalable régler certains points assez délicats de pieuse préséance ; et enfin les membres du comité Permanent des congrès eucharistiques ; j'aurai je crois donné une idée sommaire mais assez exacte des décors, et du Personnel en marche. &ji j'ajoute que la procession s’est mise en mouvement à deux heures et demie, qu’elle prenait deux heures à Passer un point déterminé, et que la bénédiction finale s’est donnée à huit heures, vous aurez une idée de son importance ; elle ne le cède à aucune autre.

Comme détails, au baicon du palais du.

Gouvernement s'étaient groupées les religieuses non cloîtrées, au nombre de six Pour chaque communauté. A l’'Hôpital-

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Général, on avait placé tous les infirmes avec leurs gardes malades, sur une terrasse dominant la rue.

Le reposoir était placé au centre de la grande place qui sépare les cités de la Valette et de Floriana.

À cause de la longueur du Parcours on fit deux arrêts: l’un dans l’église de Saint- Dominique et l’autre dans celle de Notre- Dame de Liesse,

L'ordre de la procession avait été arrangé de manière à ramener non: seulement le cortège mais la population entière sur le vaste espace autour du reposoir.

Celui-ci, s’élevant à une hauteur de qua- | À rante pieds, est un bijou d’architecture,on i fl y arrive par deux escaliers en spirale ; l' l’autel est entouré de quatre colonnes supportant le baldaquin, mais il est ouvert Î| de tous côtés. ,

eu un battement de mains, ni une acclama-

Durant toute la procession, il n’y a pas | £

tion, ni une Conversation bruyante. Le silence n’était Pas autrement troublé que Par les chants et les Prières, qui n’ont pas cessé un instant.

On chantait dans la rue, en marchant, et le peuple Chantaït sur les trottoirs à 8enoux, ou bien c'était la récitation du chapelet ou des invocations indéfiniment répétées,

Point de Curieux, point de Spectateurs indifférents ou rieurs.

Tout le monde n’était pas dans le cortège Organisé, mais tout le monde était de la procession du Très Saint-Sacrement.

Les fleurs, une spécialité de Malte, Constituaient une partie très importante des décorations. Pendant le défilé, on ne Cessa pas d’en jeter à pleines mains; c’était surtout des roses effeuillées ; à ces Poignées de fleurs qui tombaient en s’é- Parpillant sur nos têtes et à nos pieds et

jonchaient le sol, s’ajoutaient en voletant un peu plus, comme de petits papillons, des carreaux de Papier blanc, qui portaient des oraisons jaculatoir»s empruntées aux hymnes liturgiques en l’honneur du Très Saint-Sacrement ; et ce fut ainsi des heures durant.

A la tombée du jour, nous montons lentement la pente douce qui mène au pied du reposoir.

La multitude s'étend tout à l’entour.

L'ordre de la Procession est inévitablement brisé, mais en réalité cette rupture n’entraîne aucun désordre ; je me trouve au milieu d’un petit groupe d'enfants de choeur qui se tiennent admirablement. Ils continuent à chanter.

Cependant on parvient à frayer le passage au Cardinal-légat qui, entouré d’un certain nombre de prêtres, gravit lente.

ment les marches de l'escalier qui conduit

à la plateforme supérieure du reposoir ; Soudain celui-ci s’illumine et brille de

Mille feux; trône resplendissant de majesté et de gloire dont les rayons s’estompent sur l’immense fond crépusculaire ; on voit apparaître le légat à l'autel; il pose

lostensoir, le silence s'établit profond et impressionnant.

Nous touchons sensiblement à quelque chose du ciel; on ne Pouvait jamais sou-

haiter un temps plus favorable pour une manifestation plus grandiose.

Le célébrant entonne le Te Deum ; c’est Comme une traînée de Poudre; en un instant dans cette immense foule, le Cantique d'action de grâce à trouvé son écho dans toutes les poitrines. Du plus grand au

plus petit, hommes, femmes, enfants, tous chantent,

C’est étonnant Comme tout le monde ici Connaît par coeur les prières liturgiques.

Tous chantent et les mêmes paroles ; mais non sur le même ton, ou plutôt le ton lui-même est insaisissable,

Deux ou trois prêtres, à leur tête Mgr Gauci, font bien mine de conduire ou de diriger ce choeur de plus de cent mille exécutants, mais!...

À vous qui avez traversé les mers, je puis offrir cette Comparaison de l’océan que le vent soulève, qui s’agite, qui mugit, qui roule ses vagues avec un bruit grandiose dans lequel, au milieu de toutes les discordances, on sent dominer cependant une note, celle qui chante la puissance de Dieu et ses oeuvres admirables. ’est l'effet produit Par le chant du Te Deum autour du reposoir de Malte.

Le Tantum €rgo suit le Te Deum et est exécuté avec le même ensemble, puis le cardinal, tenant entre ses mains l’ostensoir sacré ge dispose à donner la bénédiction du Très Saint-Sacrement. Le silence

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s’est rétabli ; On n’entend pas une parole; tout un Peuple est ici à genoux, au pied d’un autel, et sur ce peuple Prosterné, et sur l’humanité entière représentée au Milieu de ce même peuple en prières, par les délégués venus de tous les pays, Notre- Seigneur J ésus-Christ, dans le Sacrement de son amour, verse et répand ses bénédictions,

L’ardeur dû sentiment religieux contenu par le respect fait alors explosion, éclate de toute Part en une série de vivat Poussés par la foule à la gloire du Christ, en l’honneur du Pape, à l’adresse de son légat et à l’adresse aussi de l’évêque de Malte.

Le cardinal redescend lentement du re.

Posoir, pendant que s'organise à grande peine un cortège restreint qui l’accompagne jusqu’à l’église de Saint-Publius où le Saint-Sacrement est replacé dans le tabernacle, C’est déjà la nuit, c’est l’heure de l’illumination générale, Elle ge pro-

duit Soudain, comme par enchantement, Par toute la ville et même par toute l’île.

C'était le couronnement glorieux d’une des journées les plus splendides que l’on

Puisse vivre ici-bas. Honneur au peuple de Malte!

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