I. Tnrs^nl, par Léon Say
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pour préparer sa chute. « M. Turgot, écrit Tambassadeur de Suède*, est en butte à la ligue la plus formidable, composée de tous les grands du royaume, de tous les parlements, de toute la finance, de toutes les femmes de la Cour et de tous les dévots », c'està-dire de tous ceux dont les édits récents lésaient les întérôls, blessaient les préjugés ou inquiétaient Torgueil. Cette « ligue » allait trouver de puissants et ardents alliés jusque dans les entours du trône. Il ne sera pas superflu, avant de pénétrer dans ce dédale d'intrigues, de noter les changements survenus à Versailles au cours de la dernière année.
La Reine, après les incidents du Sacre, avait paru d'abord renoncer à la politique. Elle ne l'avait jamais aimée, et il avait fallu, pour la fourvoyer dans la lutte, les excitations de Bcsenval , les menées du parti Choiseul. Les échecs l'avaient refroidie; Choiseul, d'ailleurs, semblait s'être retiré sous sa tente ; et Marie- Antoinette , livrée à ses goûts personnels, n'intervenait plus guère dans les choses de l'État. Sans doute cette abstention eût-elle été durable, si certains personnages entrés depuis peu dans sa vie lui eussent permis de s'endormir dans une molle insouciance. « Elle cherchait à faire des heureux plutôt que des ministres », a-l-on dit justement*, et
I. Lettre du comte de Creutz à Gustave III, du i4 mars 177G. a. Marie- Antoinette, par Concourt.
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la sœur du comte Jules, la comlcsse Diane de Polignac, entrât, en qualité de « dame pour accompagner », dans la maison de la Comtesse d'Artois et vînt s'établir au château. Sa belle-sœur, lui rendant visite, Y rencontra la princesse de Lamballe et la Comtesse d'Artois qui, frappées de son charme, l'attirèrent l'une et l'autre dans leurs salons, où fréquentait la Reine. Ainsi naquit et se noua fortuitement l'intimité de la comtesse avec celle qui bientôt ne verra plus que par ses yeux.
Pour juger de la séduction d'Yolande de Polignac, il n'est qu'à constater l'accord des mémorialistes du temps. Tous, quelle que soit leur opinion, s'entendent pour célébrer son délicieux visage, pour admirer si bouche menue et sa lèvre vermeille, son nez « un peu en l'air sans être retroussé », ses yeux « d'un bleu céleste », son « sourire enchanteur », et cette chevelure bouclée flottant sur les épaules, et cette taille souple et svelte, harmonieusement aisée, et, plus encore que tout cela, l'air de bonté, de douceur, « d'innocence », l'expression « angélique », qui, après que les traits avaient ébloui les regards, attendrissaient et conquéraient les cœurs. Il faut joindre à ces dons un naturel parfait, une sorte de « grâce négligée », une causerie, non pas étincelaote, mais d'une simplicité enjouée qui tenait lieu d'esprit brillant et mettait les gens en confiance. Aucune ambition personnelle, point d'avidité pour
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soi-même; en revanche, une âme un peu molle et influençable et — par malheur pour elle comme pour la Reine — un dévouement à sa famille, à ses amis, à tout son entourage, qui fit (Felle Finslrument docile de gens intéressés à exploiter son crédit h la Cour. CVst la malchance de Marie-Antoinette que, répugnant par nature à Tintrigue, ayant pris pour amie une femme qui lui ressemblait sur ce point, elle ait servi les convoitises, les machinations, les rancunes d'un petit groupe d*hommes sans scrupule, qui mirent en coupe réglée sa facile complaisance. Tout le mal vint, à Totigine, de la façon dont la souveraine comprit et pratiqua les devoirs d'amitié. Qu'elle eut admis sa favorite dans son intimité, dans sa société familière, rien de plus naturel; mais ce fut la Reine, au contraire, qui entra dans la société de la comtesse de Polignac et qui adopta ses amis^ Il se trouva, par une mauvaise fortune de plus, que ces amis, pour la plupart, étaient aussi ceux de Choiseul. C'était, en première ligne, le marquis de Vaudreuil, homme d'un Age déjà mûr, autoritaire et ambitieux, fort avant, disait-on, dans les bonnes grâces d'Yolande de Polignac, qu'il gouvernait d'une manière despotique, et c'étaient le comte d'Adhémar, aimable et un, habile à plaire, insinuant et peu sur, Breteuil, Coigny, le baron de Besenval qui, lié de