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CHAPITRE XIII

Embarras pour le remplacement de Malesherbes. — Maurepas propose le nom d'Âmelot. — Indignation de Turjçot. — Sa lettre au Roi du 30 avril. — Mécontentement de Louis XVI et rancune de Maurepas. — Nouvelle affaire du comte de Guines, sa révocation, son arrivée à Versailles. — Déchaînement de la Reine contre Turgot. — Elle exige son renvoi. — Capitulation humiliante de' Louis XVI. — Turgot chassé du ministère. — Joie indécente des gens de Cour. — Mauvaise impression dans le public. — Douleur résignée de Turgot. — Influence du ministère réformateur sur le sort de la monarchie.

Si peu surpris qu'il en pût ôtrc, ce fut avec un vif chagrin que ïurgot apprit la nouvelle de la défection de Malesherbes. C'était, il n'en pouvait douter, un pas fait vers sa propre chute, la ruine presque assurée de ses belles espérances. Il se refusait, malgré tout, à quitter la partie, à renoncer de soi-même à la lutte, à laisser inachevée, sans un eflbrt suprême, la tâche au succès de laquelle il croyait attaché le salut de la monarchie. Faute d(; l'homme de son choix, du collaborateur en qui il

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avait mis toute sa confiance, il se raccrochait h Tespoir de rencontrer, dans le successeur de Malesherbes, un auxiliaire, et peut-être un ami. II est certain qu'il songea pour ce poste k l'abbé de Véri : Mercy le dit expressément dans sa dépêche officiello du i6 mai; Véri lui-môme le confirme dans son journal * . L'intimité qui unissait l'abbé au ménage du Mentor rendait la chose possible, et madame de Maurepas semble y avoir été un moment favorable. Turgol mit aussi en avant le nom de Bouvard de l'ourqueux, intendant des finances, bon administrateur et habile financier. p]nfin, comme pis-aller, il se rabattait sur Sartine, dont il reconnaissait la stricte probité et la capacité réelle. Les griefs i^ersonnels qu'il pouvait avoir contre l'homme s'effaçaient en son âme devant l'intérêt des affaires et le souci du bien public.

Entre ces divers candidats, Maurepas flottait irrésolu. Pour le décider à agir, il fallut les exhortations d'un personnage assez médiocre, le fermier général Augeard, esprit fumeux, intrigant subalterne, féru de politique, où il se croyait passé maître. Augeard, dès qu'il fut informé du portefeuille vacant, alla trouver sa tante, la marquise d'Amezaga*,

I. « L*objet principal, écrit-il, pour lequel Turgot Toolaii mon aâêocialion, ou celle de tout autre, était son plan de réforme dans la Maison du Roi. • Journal de Véri.

a. Marie-Anne de Vérigny, mariée en premières noces avec Jean-Jacques Amelot, seig-neur de Choillon, mort ep 17.^9, dont

parente cl amie de Maurepas, laquelle avait pour fils le sieur Amelot, intendant de Bourgogne et conseiller d'État. Ledit Amelot était d'une nullité notoire; sa propre mère ne retint pas un sursaut d'étonnement lorsque Augeard prononça son nom pour la succession de Malesherbes : a Mon fils, objecla-t^Ue, est-il capable d'être secrétaire d'État'? d II fallut, pour la rassurer, cette considération cpi'ctant donnée sa parenté avec un habile homme comme le comte de Alaurepas, Amelot serait bien dirige et, malgré « son faible génie ^ », ne ferait sans doute pas a plus de sottises qu'un autre ».

Le consentement de la marquise arraché non sans peine, Augeard courut endoctriner Maurepas. Nouvelle explosion de surprise : <c M. de Maurepas, confesse Augeard, m'envoya presque promener ». Augeard insista néanmoins, et tint au vieux conseiller de Louis XVI ce discours plein de sens : « Prenez-y garde, si vous mettez à ce département un intrigant, ou un être systématique comme M. Turgot, il vous fera enrager. Il faut mettre là un homme absolument à vos ordres... Je sais que M. Amelot n'est pas bien fort, mais vous le guiderez, et ce département-là n'est pas la mer à boire. Donnez-lui un bon premier

eUe eat trois enfants, et remariée en 1754 avec le marquis d'Amezaga, lieutenant général. EHe mourut en 1783.

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