I. Mémoires
3. Lettre de madame du Deffand ù Walpole, du i5 mai 177&. Correspondance publiée par M. de Lescure.
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constamment sous ma plume. Jean-Frédéric Phé- Ijppeaux, comte de Maurepas, était, pour ainsi dire, homme d'État par droit de naissance, sa famille avant, en l'espace de cent cinquante ans, fourni, dit-on, neuf secrétaires d*État. Pour ne citer que les deux plus récents, son grand-père, Louis de Pontchartrain, avait été, pendant quinze ans, chancelier de France sous Louis XIV, et son père, Jérôme de Pontchartrain, secrétaire d*État pour la Marine à la Gn du grand règne, fit partie, dans les premiers mois, du Conseil de Régence, pendant la minorité de Louis XV. Ledit Jérôme, au dire de Saint-Simon, était d'ailleurs l'incapacité même : « Infatigable aux affronts, il se tenait cramponné aux restes stériles, oisifs et muets de son ancienne place. Il n'avait de fonction que de moucher les bougies au Conseil de Régence... Chacun souhaitait chassé ce triste personnage. M. le duc d'Orléans admirait sa patience comme les autres, mais ne songeait point à le renvoyer*. » Saint-Simon, plus ardent et plus résolu, proposa une combinaison ingénieuse : Jérôme de Pontchartrain donnerait sa démission en faveur de son fils aîné, le jeune comte de Maurepas, qui n'avait pas encore quinze ans. Celui-ci, au début, n aurait d'ailleurs que le titre et les honoraires; le duc de La Vrillièrc, son parent, ministre de la
I. Adilitionë de Saint-Simon an joiirnol de Dangeau, 7 novembre 1715.
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Maison du Roi, exercerait la charge et signerait les actes, pendant que le précoce ministre apprendrait soii métier. Ainsi fut fait; le père, bon gré mal gré, se laissa mettre à la retraite, et le fils, à quatorze ans et demi, fut nommé secrétaire d*Ëtat pour la Marine. Pour la facilité des choses, on lui fit épouser la fille du duc de La Vrillière, et il logea chez son beaupère, qui fut aussi <i son professeur * ».
Ce bizarre arrangement se soutint pendant dix aimées. Ce fut seulement en 1725, lorsque mourut le duc de La Vrillière, que Maurepas prit efifeclivement la direction de son département, auquel se rattachait alors l'administration de Paris. Grâce aux leçons de son beau-père, et plus encore de son grand-père, le vieux chancelier de Pontchartrain , il se tira d'aflFaire, affirme Saint-Simon, « avec tout Tesprit, Tagrément et la capacité possibles... 11 est, de bien loin, le meilleur que le Roi ait eu dans son conseil depuis la mort de M. le duc d'Orléans. » Cet éloge d'un juge difficile ne semble pas exagéré. Ce premier passage au pouvoir, qui dura près d'un quart de siècle, bien qu'il n'ait pas jeté un gpand éclat, fit honneur à Maurepas, par les qualités qu'il montra d'intelligence, d'activité, de désintéressement. Louis XV, dont il était le compagnon d'enfance, lui témoignait
I. Jérôme de Pontchartrain, ajoate Saint-Simon, se montra depuis ce moment « enrage de jalousie et de dépit contre son ÛU, qui lui rendait des devoirs, et rien de plus >.
affection et confiance. Aussi ce fut une stupeur générale quand, en avril 17/19, on apprit un matin le brusque coup de théâtre qui lui enlevait emplois et dignités et Texilait loin de la Cour.
Sur les causes immédiates et sur les circonstances précises de ce revirement imprévu, la lumière n'est pas encore faite. Le seul point hors de doute est que Maurepas, depuis plusieurs années, vivait en mauvais termes avec madame de Pompadour et que sa chute fut rœuvre de la favorite. Mais quel fut le grief invoqué coutre lui? Nous sommes ici réduits aux conjectures. « Il suffit, dit gravement Barbier', que le Roi soit attaché à une femme, quelle qu'elle soit, pour qu'elle devienne respectable à tous ses sujets. » Or le ministre de la Marine se pliait mal à ce devoir et son humeur caustique n^épargnait pas l'obscure bourgeoise qui avait usurpé une place jusqu'alors réservée aux femmes de haute lignée. On parle d'un souper chez lui, où Ton chanta certains couplets sur la maîtresse et son auguste amant, couplets d'une verve cinglante, dont, bien qu'il s'en défendit, tous les convives le crurent l'auteur. Quoi qu'il en soit de l'anecdote, une lettre de cachet, apportée à Maurepas par son propre beau-frère, le duc de La Vrillière', qui avait hérité de l'emploi paternel, le confinait à