Le départ de Ghoisy eut lieu le i8 moi
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de la petite vérole, mettant la vie des princesses en danger, les isolait pour longtemps à Choisy, loin de la politique. < C'est un grand bonheur que cette maladie de Mesdames, dit cyniquement le comte de Mercy-Argenteau. Il est incroyable comme, dans les premiers instants, Madame Adélaïde avait débuté à vouloir s'ingérer en tout et à prendre le ton le plus absolu! » La crise fut* longue et grave. Un moment, on les crut perdues; toutes trois reçurent, sur leur demande, les derniers sacrements; à la fin de mai seulement, les médecins reprirent espoir. « L'Ange exterminateur a remis son cpée au fourreau, écrit à ce propos la duchesse de Choiseul*. Nous rev<îrrons encore trôner à la jeune Cour ces trois vieilles filles, pour y ergoter, et elles se seront rendues si intéressantes, qu'on ne croira pouvoir moins faire que de leur donner le royaume à bouleverser. » En attendant cette heure, les choses marchaient leur train, et d'importants changements allaient donner quelque satisfaction aux justes exigences de l'opinion publique.
Le 20 mai, se tint à la Muette le premier c Conseil d'Etat. » On appelait ainsi l'assemblée des secrétaires d'Etat, où, en présence du Roi, se traitaient les plus grosses affaires. Malgré l'appel fait aux lumières de M. de Maurepas, les amis du duc de Choiseul se
I. Lettre du 2 juin 1776. Correspondance de madame du Deffand publiée par M. de Sainte-Aulaire.
flattaient encore de l'espoir que le mentor du prince ne siégerait pas dans ce comité supérieur. Leur déception fut vive, quand on apprit que, non seulement il en ferait partie, mais qu'il dirigerait les débats et y aurait la première place. Une tradition constante y fixait, en eflet, les rangs d'après l'ancienneté des ministres, sans tenir compte des interruptions de service. Maurepas, secrétaire d'État depuis 1715, était le doyen sans conteste, et ce titre seul suffisait à l'assurer de la prééminence. Certains membres du Conseil en laissèrent voir quelque dépit*, mais c la roideur, le ton décisif » de Maurepas leur imposèrent silence, et, sauf ce puéril incident, celle séance d'ouverture se passa sans encombre*. L'abbé Terray, contrôleur général, y développa, en termes séduisants, de nouveaux plans
I. D*oprè8 la Chronique secrète de Métra, le duc de La Vrillièrc fat si vexé d^avoir à céder la présidence & Maurepas, qa*il faillit perdre connaissance. — Note du aS juin 177^.
3. Hardy reproduit dans son journal, avec quelques réserves, le texte du petit discours que Louis XVf aurait prononcé en ouvrant la séance : «t Ma juste douleur cède au devoir indispensable de la royauté; je vous ai mandés pour vous instruire de mes intentions. Indépendamment du Conseil, où je me propose d'assister régulièrement et d'appeler les personnes qui m'en auront paru dignes par leur zèle et leur mérite, que chacun soit prêt, à l'heure que je lui indiquerai, & me rendre un compte clair et exact de son département et à prendre mes ordres pour la suite des opérations qui y seront relatives. Gomme je ne veux m'occuper que de la gloire du royaume et du bonheur de mes peuples, ce n'est qu'en vous conformant n ces principes que votre trovail aura mon approbation... » Journal de Hardv,
économiques. Sa conclusion fut que, dans trois années au plus, sans toucher au système d'impôts, le budget présenterait 60 millions d'excédent*. On écouta sans sourciller ces calculs optimistes, et Ton se sépara avec une cordialité apparente.
La tactique de Maurepas, pendant ces journées de début, fut de laisser Louis XVI travailler tantôt seul, tantôt avec les différents ministres, et de n'intervenir que sur appel direct du Roi. Il y voyait, expliquaitil à un ami, l'avantage d'enseigner au prince l'utilité de l'effort personnel, de développer en lui l'esprit d'initiative : « Si le bien en résulte, tant mieux ; s'il survient quelque inconvénient, il se chargera, lui Maurepas, de relever l'erreur ; et le Roi apprendra ainsi à ne donner sa confiance qu'avec discernement* ». Méthode habile, qui aura pour effet, en mettant son royal élève aux prises avec des difficultés redoutables et en le jetant sans appui au milieu d'un réseau d'intrigues, de le ramener vers le vieux maître dont la main souple débrouillera tous les fils, aplanira tous les obstacles, et dont l'autorité se fortifiera graduellement des fautes commises, des désappointements éprouvés.
Louis XVI, au reste, faisait son nouveau métier en conscience, passant ses journées au travail, examinant tout par soi-même avec une ardeur méritoire,