CHAPITRE m
Effet produit sur l'opinion par la désignation de Maurepas. — Le conseil d'État du 20 mai. •— Louis XVI et les ministres. — Premiers actes du règne : le don de joyeux avènement, le droit de ceinture de la Reine. — La chute du duc d'Aiguillon. — Sa succession : le comte du Muy à la guerre, le comte de Vergcnnes aux affaires étrangères. — Rentrée de Choiseul à la Cour. — La famille royale à la Muette.
La désignalion de Maurepas comme directeur politique du royaume n'était pas faite pour soulever renthousiasmc. Sans doute, dans le monde de la Cour, son nom était de ceux qu'on avait prononcés des le premier moment, mais sans y croire ni le souhaiter; et Ton souriait un peu de la confiance exprimée par Louis XYI dans les capacités, les a ()rolbndes connaissances » d'un homme que la frénération nouvelle, avec un injuste dédain, considérait surtout comme un faiseur de bons mots, un persifleur divortissanl, « le premier homme du
monde pour improviser une parade » et jouer un rôle dans une comédie de salon. « II semble qu*il n'y a rien de mieux à faire pour les Français que d'être doux, gais et aimables », raillait Voltaire en commentant la décision du Roi. Un sincère étonnement, une déception légère, telle fut, dans ]es hautes sphères, l'impression dominante, que résume cette phrase de madame du Defiand : « J'avais pensé, comme tout le monde, à M. de Maurepas, et je n'ai pas laissé d'être fort surprise à son arrivée ».
Même note, mais plus vive et plus âpre, dans les milieux bourgeois. Le journal du libraire Hardy, fidèle écho des sentiments de la population parisienne, nous instruit des propos courants* : € On croyait devoir en rabattre beaucoup sur tout ce qui s'était répandu d'abord de consolant et d'avantageux. Bien des gens craignaient que l'ancien ministère ne subsistât tel qu'il était et qu'on s'emparât de l'esprit du jeune monarque. Pouvait-on voir, en effet, avec satisfaction le comte de Maurepas, proche parent du duc d'Aiguillon et du duc de La Vrillière, jouir de la cx)nfiance de Sa Majesté et présider en quelque sorte à toutes les opérations du Conseil? On entendait dire d'ailleurs que le comte de Maurepas avait déjà annoncé au Roi que ce qu'il pouvait faire de mieux, c'était de laisser les choses dans l'état où le feu Roi
t. Hss. de la Bibliolhèqae nationale, F. fr. 6681, i3 mai 177'!.
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son aïeul les avait mises, et ce bruit ne contribuait pas peu à augmenter la défiance et la crainte. »
Certaines rumeurs, toutefois, qui couraient dans la capitale laissaient planer l'espoir d*un vrai remaniement, du € coup de balai général, selon le mot expressif de Bandeau, qui ferait bientôt maison nette ». C'est ainsi qu'on se répétait la réplique de la Reine à une dame de la Cour, qui lui disait : € Voici l'heure où le Roi doit entrer au Conseil avec ses '
ministres. — Avec ceux du feu Roi », rectifiait Marie-Antoinette avec une intention marquée. On colportait aussi celle réponse de Louis XVI à Mau- |
repas rcnlretenant d'un programme de réformes : |
« Oui, mais lorsque j aurai un ministère honnêlc * ! » I
Ces anecdotes et d'autres du même genre contri- '
buaient à calmer l'impatience populaire, à faire accorder du crédit au règne à peine inauguré. « On comprend, reprend sagement Hardy, qu'un grand royaume ne se gouverne pas aussi aisément qu'une famille. »
La maladie simultanée des trois filles de Louis XV vint à propos pour laisser le champ libre aux velléités du jeune prince, en écartant de ses conseils une funeste influence. « Surtout point de tantes! » recommandait l'impératrice Marie-ïhérèse en apprenant le transfert de la Cour à la Muette'. L'apparition