Ibidem
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pression des amis de Ghoiscul, passait pour contraire à Maupcou et favorable aux anciens parlements. Mais elle gardait encore quelque réserve, et ses tendances ne se montraient que par de vagues propos et des railleries voilées.
Qu'importaient au surplus, dans une question si grave, les velléités du souverain? Il fut certain, du premier jour, qu'il ne se déciderait que par raison d'État et sur l'avis de ses conseils. Maurepas était donc, à vrai dire, l'arbitre du litige. « Qu'il eût fait dire au Roi, écrit l'abbé Georgel : Je veux irrévocablement la stabilité du nouveau système, et tout était fini. Le chancelier triomphait, et le foyer de résistance entretenu dans l'ancien parlement contre l'autorité royale était éteint à jamais ^ b Ce mot, les confidents de M. de Maurepas savaient qu'il ne le dicterait jamais. « Voici ma profession de foi, avaitil déclaré à son ami Augeard : Sans parlement, point de monarchie. Ce sont les principes que j'ai sucés du chancelier de Pontchartrain*. » Plus peut-être que ces « principes », la haine amassée dans son cœur contre le prince auquel il devait vingt-cinq ans d'exil l'inclinait à détruire l'œuvre ossenlielle du dernier règne. Et ces raisons se conciliaient avec le vœu secret de son égoïste vieillesse : assurer la paix du moment, fût-ce au prix du péril futur, et se créer une popu-
I. Mémoires de l'abbé Georgel. •j. Mémoires secrets d' Augeard.
larité immédiate et facile. « Je ne veux pas être traîné sur la claie pour les affaires de monsieur de Maupeou », répétait-il d'un ton de badinage.
A d'\mécourt, qui lui recommandait une solution moyenne et conciliante, il faisait celle réponse, qui le peint tout entier : « Mon ami, il ne faut pas chercher ici qnid meliiiSj mais (jiild facUius * ».
Prudent toutefois, et connaissant les hommes, il se gardait de brûler ses vaisseaux. « Je n'ose prendre sur moi de faire des ouvertures au Roi et de lui parler en manière quelconque des parlements », disait-il à Augeard. Sur quoi, tous deux, de compagnie, dressaient le plan habile et compliqué dont voici les grandes lignes. C'est au duc d'Orléans, « parlementaire dans l'àme », qu'il serait réservé d'attacher le grelot. Ce prince, dûment stylé, demanderait une audience au Roi, sans indiquer l'objet de celte requête; au cours de l'entretien, dont Maurepas préparerait les voies, la grande question serait soulevée, et le duc d'Orléans proposerait à Louis XVI de lui adresser un mémoire où seraient exposées ses vues. Cet écrit, que le Roi ne manquerait sûrement pas de soumettre à Maurepas, donnerait à celui-ci l'occasion naturelle de rouvrir le débat et de discuter le rappel de l'ancien parlement, sans éveiller les soupçons de son maître.
l. Souvenirs de Moreou,
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Ainsi fut fait. L'audience eut lieu; le mémoire, rédigé par Tavocat Lepaige, fut remis à Louis XVI par le duc d'Orléans. C'était un plaidoyer d*un ton confidentiel, où l'infortune de tant de magistrats languissant encore en exil était décrite en termes pathétiques, qui émurent fortement la sensibilité royale. Maurepas, consulté par Louis XVI, comme il l'avait prévu, feignit de contester les conclusions absolues du mémoire, mais il le fit avec mollesse, et souvent, depuis lors, dans leurs entreliens tête à tôte, il appuyait auprès du prince sur le mauvais renom de la magistrature nouvelle et s'efforçait, à mots couverts, de déconsidérer Maupeou et sa « séquelle ». Le séjour à Marly, dans la seconde quinzaine de juin, fut employé presque entièrement à celte besogne souterraine.
Tout marchait au gré du minisire, quand une indiscrétion faillit tout compromettre. Fier de son rôle en cette affaire^ enchanté du succès qu'il escomptait déjà, le duc d'Orléans s'en vanta auprès de son inséparable amie, la marquise de Monlesson, la mit dans le secret de la conspiration; la marquise, à son tour, conta l'histoire à quelques amis sûrs ; si bien qu'en peu de temps la chose s'ébruita et vint aux oreilles de Maupeou, qui se plaignit au Roi. D'où colère de Louis XVI, reproches faits à Maurepas, effarement du « Mentor ». Celui-ci courut chez
d8 AL COUCHANT DU LA MONABCUIE.
Augeard : « Le duc d'Orléans a bavardé, lui dit-il, le Koi m*a soupçonné de m*entcndre avec lui, ralTaire est manquce! » Et, dans sa déconvenue, il était déjà prêt à abandonner la partie : « Je serais compromis, et je n'avancerais à rien ». 11 fallut l'éloquence d' Augeard pour ranimer ses esprits abattus.
Un incident surgit, sur renlrefaite, fort à propos pour l'aider à sauver sa mise. L'heure approchait où, selon la coutume, seraient célébrées à Saint-Denis les obsèques solennelles, — le « catafalque » — du feu Roi. Le cérémonial exigeait que tous les princes du sang prissent part au défilé dans la vieille basilique et saluassent au passage les principaux corps de l'État, le parlement en tête. Le duc d'Orléans déclara que ni lui ni son fils ne rendraient les honneurs aux nouveaux magistrats, non plus qu'au chancelier. Tous les expédients proposés échouèrent devant un refus obstiné. Maurepas saisit la balle au bond ; il conseilla nettement au lloi de tenir ferme et de n'accepter nulle excuse, dût-il, en cas de désobéissance, exiler à nouveau ses parents de la Cour. Ainsi cet habile homme établissait-il sa bonne foi, bannissant de l'esprit du Roi toute suspicion d'entente avec les d'Orléans. Ceux-ci d'ailleurs, avertis en cachette, se prêtaient à la comédie et acceptaient les conséquences de leur rébellion feinte.
La ruse éteit bien combinée. Mais, dans les jours qui précédèrent le « catafalque », une incroyable agi-
tation régna dans le monde de la Cour. Ennemis et partisans de l'ancien parlement attendaient anxieusement la décision royale. Mesdames tantes se jetaient aux pieds de leur neveu. « le conjurant avec larmes de ne pas laisser insulter la mémoire de leur père * ». L'animation des partis était telle, qu'on redoutait quelque scandale au cours de la cérémonie. L'attitude résolue du Roi mit un terme à ces vaines querelles. « Le jeune Roi, dit Croy, se décida ferme, tourna [)Our le chancelier, et défendit qu'on lui en parlât davantage. » La veille du jour fixé, qui était le 20 juillet, les ducs d'Orléans et de Chartres eurent ordre de se rendre à leur terre de Villers-Cotterets '^ Ils partirent sur-le-champ, sans murmure, comme sans inquiétude. Les autres princes a plièrent », et le service eut lieu en l'absence de tout incident. On remarqua seulement, quand le couple royal, au retour de la basilique, suivit les boulevards parisiens, l'indifierencc glaciale et le silence du peuple. Louis XVI en ressentit, dit-on, un vif chagrin, que Maurepas exploita contre le chancelier. L'exil des d'Orléans produisit, au surplus, « tout l'effet que