Mémoires de Soulavic
a. Journal inédit de Hardj-, loc. cit. — • Hier, écrit le comte de Los8 au prince Xavier de Saxe, lorsque M. le duc d'Orléans cl M. de Chartres arrivèrent à Marly, Mt de Maurepas alla audevant d'eux, pour leur dire de la part du Roi que Sa Majesté les dispensait de paraître ù la Cour. » (Lettre du ai juillet 1776» Arch. du dépt. de l'Aube.) L'ordre de se rendre A Villcrs- Cotterets fut donne uux prince» trois jours plus tard.
100 AU COUCHANT DIS LA MONAtlCUIB.
M. de Maurepas pouvait désirer ou attendre » ; plus que jamais, il s'installa dans la confiance du Koi, tandis que Maupeou reperdait le terrain un moment *2[agnc. Et à l'heure même où, de toutes parts, on rommcntait réchec des « vieux parlementaires », de puissantes batteries se dressaient pour leur assurer la victoire.
Des ministres du Roi défunt conservés par son successeur, il en était un qui passait pour le bras droit et « l'âme damnée » de M. de Maupeou :
c'était Bourp^eois de Bo\nes, secrétaire d'Ëtat pour la Marine depuis Tannée 1771. Il était fds d'un caissier de Law, qu'avait enrichi le système.^ On le disait légiste habile, d'intelligence ouverte, mais léger, vaniteux, infatué de lui-même. Du premier jour de son arrivée au pouvoir, il avait mis toute son application à seconder le chancelier dans ses batailles contre les magistrats rebelles, négligeant, pour cette tAche, les affaires de son département; et la Marine périclitait entre ses .mains oisives. Maurepas avait la partie belle pour exciter l'indignation du Roi éontre im tel administrateur. C'était donc, après chaque conseil, entre Louis XVI et lui, comme un concert de doléances sur l'ignorance et sur les bévues du ministre, et tous deux concluaient à la nécessité pressante de congédier ce fâcheux serviteur*.
i. Journal inédit tic Tabbc de Vcrî.
LOUIS XVI ET TURGOT. lOl
Le choix du remplaçant faisait aussi l'objet de ces secrets colloques. Il était, depuis quelque temps, un nom qu'on prononçait beaucoup dans l'entourage familier de Maurepas et que l'on mettait sur la liste du prochain ministère : c était le nom d'Anne-Robert- Jacques Turgot, intendant de Limoges, qui, par son administration depuis douze ans dans cette province, s'était acquis un grand renom d'intégrité, d'habileté et d'amour du bien, et que nombre de gens représentaient déjà comme le futur régénérateur du royaume * . Au premier rang de ces derniers était rot abbé de Véri, dont nous savons l'intimité dans l'hôtel de Maurejias. Une curieuse iigure d'arrièreplan que celle de cet intelligent abbé, plus philosophe que prêtre, longtemps auditeur de rote à Home, maintenant retiré à Paris avec de belles prébendes, y faisant de la politique avec passion, mais sans ambition personnelle, dans la coulisse, en amateur, et profitant de ses hautes relations pour servir ses idées et pousser ses amis. Compagnon d'enfance de Turgot, dont il avait été le condisciple à la Sorbonne et, resté depuis lors en commerce étroit avec lui, c'est l'abbé de Véri qui, de longue date, a^ait prôné Turgot, d'abord auprès de madame de Maurepas, ensuite auprès de son époux, comme le
I. « On parle du bon Turgot pour contrMeur général. Dieu les écoute! » disait déjà Tabbé Bandeau le a3 juin, dans sa Ckroniffue tecrH^,
seul homme capable d'accomplir les réformes indispensables et de mener à bien la tâche immense du nouveau règne.
Toujours (1 ailleurs, dans ces causeries» il parlait de lui attribuer l'administration des finances, h laquelle en effet paraissaient l'avoir préparé ses éludes, ses dernières fonctions, ses connaissances en économie politique. Ce fut pourtant ce môme Véri qui, voyant Maurepas indécis et perplexe, lui proposa un jour Turgot pour la Marine : sans doute, disait l'abbé, Turgot n'avait-il pas, en cette partie, de compétence spéciale, mais « son habitude du travail, ses profondes recherches sur la mécanique et l'histoire naturelle, son exactitude singulière en matière de travaux publics dans son intendance du Limousin, lui donneraient une prodigieuse facilité pour acquérir les notions nécessaires. S'il n'a pas l'expérience, il a du moins le fond pour l'acquérir promptement *. » On pouvait, en tous cas, essayer ainsi ses talents, sauf, quand la place serait vacante, à le transférer j)ar la suite au contrôle général. Maurepas agréa ces raisons et les redit au Roi, qui ne risqua qu'une objection timide : « On dit qu'il ne va pas à la messe. — L'abbé Terray y \a tous les jours », fut la réplique triomphante de Maurepas.
\u fond Louis XVI, par tout ce qui lui revenait,