‹ Au couchant de la monarchieChapitre 40 sur 148 · I. Journal inédit de Tabbé de Véri · texte numérisé non relu

I. Journal inédit de Tabbé de Véri

Royal des boîtes où l'on voyait les profils accouplés de Louis XII et d'Henri IV, au-dessous celui de Louis XVI, et cette devise au bas : « XII et IV font XVI. » On fabriqua des tabatières revêtues de peau de chagrin, ornées des médaillons du Roi et de la Reine, et baptisées par l'inventeur : La consolation dans le chagrin. Ces objets firent fureur pendant plusieurs semaines.

Les jeunes souverains jouissaient de ces témoignages populaires. Aux dithyrambes de l'Impératrice écrivant à sa fille : a Tout est en extase, tout est fou de vous autres; on se promet le plus grand bonheur, et vous faites revivre une nation qui était aux abois », Marie-Antoinette répondait : « Il est bien vrai que les éloges et l'admiration pour le Roi ont retenti partout. » Toutefois, un éclair de sagesse lui montrait la fragilité d'un si prompt engouement : « Je suis inquiète, reprenait-elle, de cet enthousiasme français pour l'avenir... Le feu Roi a laissé les choses en très mauvais état; les esprits sont divisés, et il sera impossible de contenter tout le monde, dans un pays où la vivacité voudrait que tout fût fait dans un moment*. »

L'habileté de Maurepas fut de montrer au Roi, dans cette explosion d'allégresse, une manifestation du sentiment public en faveur du rappel de l'ancien

I. Lettre du 3o jaillet 177.'!. Correspondance publiée par d'Aroeth.

lac AL- COUCHANT DE LA MONARCHIE.

parlement et d'en tirer parti pour liâlcr l'entreprise. Il espérait, sur ce terrain, trouver comme auxiliaire le nouveau ministre de la Marine. Non que Turgot, par tradition, fût partisan déterminé des anciennes prétentions de la magistrature. Tout au contraire, du temps do sa jeunesse, il avait refusé, comme conseiller au parlement de Paris, de s'associer aux résistances du corps dont il faisait partie. Même, en 1758, lors d'un premier exil des magistrats rebelles, il avait accepté une place dans une espèce de chambre provisoire instituée par Louis XV, et s'était ainsi attiré l'indignation de ses confrères. .\mi du pouvoir absolu, convaincu que l'autorité doit résider essentiellement dans la personne du Roi, il condamnait en principe toute atteinte portée à cette puissance souveraine. Aujourd'hui cependant, devant les périls imminents et les nécessités urgentes, il n'était pas très éloigné de voir, dans le rappel du parlement, ime satisfaction accordée à l'opinion publique, un regain de prestige pour la monarchie ébranlée, le gage aussi d'un précieux et puissant appui pour le vaste plan de réformes qu'il portait, dès cette heure, tout construit dans sa tête et dont il espérait le relèvement de sa patrie. Il se rendait compte également de la difliculté, pour un homme tel que lui, de siéger dans le même conseil que Maupcou et ïerray, pour lesquels il ne professait ni estime ni confiance et qu'il savait hostiles à la plupart de ses idées. Toutes ces raisons

semblaient devoir tnssiirer a Maurepas, sinon le concours aclif de ïurgot, du moins sa neulralilc bienveillante dans la bataille dont il me reste à raconter les derniers épisodes.

La première question à résoudre — d'où découlerait en réalité tout le reste — était celle du maintien ou du renvoi de M. de Maupeou. Au sort du chancelier paraissait lié le sort du contrôleur général, tous deux ayant, depuis le nouveau règne, associé leurs fortunes. Ce point, d'après une promesse faite par Louis XVI à Maurepas*, devait être réglé pendant le séjour à Compiègne, où la Cour était établie pour la durée du mois d'août. Ces semaines furent remplies de machinations et d'intrigues. Les d'Orléans, revenus de leur court exil, harcelaient le Roi de conseils, d'objurgations pressantes, que Maurepas appuyait de ses prudentes insinuations. La Reine, dans le même camp, mettait en jeu les ressources de son esprit et de sa coquetterie légère. « Elle a une bonne qualité, disait à ce propos la Comtesse de Provence; quand elle veut une chose, elle ne la quitte pas et en \icnt toujours à ses lins. » Dans le parti adverse, se trouvaient Mesdames tantes, guéries de leur petite vérole, et surtout Madame Louise,

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