‹ Au couchant de la monarchieChapitre 48 sur 148 · I. Méifioirrs cl anecdotes du comte de Ségur · texte numérisé non relu

I. Méifioirrs cl anecdotes du comte de Ségur

a. Dans le cours du règne de Louis XVI, sur les soixantehuit intendants qui administrèrent les provinces, vingt-neuf seulement restèrent moins de dix ans dans le même poste, quelques-uns y comptèrent quarante ans de résidence. — Les intendants des provinces, etc., par ArdascheiT.

IJto AL COUCHANT DE f.A MONARCHIE.

mctUiient de déployer à Taise leurs bonnes ou mauvaises qualités, d'être, à leur gré, les oppresseurs ou les bienfaiteurs d'une contrée. En général — et à tort, semble-t-il — le public parisien les tenait en médiocre estime. « Lu de nos confrères, mandait Voltaire a Turgot, vient de m'écrire qu'un intendant n*est propre qu'à faire du mal; j'espère que nous me prouverez qu'il peut faire beaucoup de bien. » ïurgol tint a honneur de justiiier cette csijéranco. II tenta , îl osa beaucoup ; le succès qui récompensa son audace fut un encouragement dont il se souvint par la suite.

Le Limousin, lorsqu'il y arriva, était un pavs pauvre, écrasé de contributions. Turgot \ évaluait le montant des impots a 4o ou 5o p. loo du produit net du sol, « c'est-a-dire, disait-il, que le Roi tire à peu pri's autant de la terre que les propriétaires ». 11 entreprit courageusement d'obtenir quelque soulagement pour ses administrés. Ses luttes contre l'abbé Terray pour soustraire la province à des charges nouvelles, ses générosités pendant les périodes de disette, la création « d'ateliers de charité », la confection de routes belles et nombreuses, la conversion de la « corvée » en taxe équitablement répartie, mainte autre mesure du même genre, lui attirèrent une popularité dont le renom passa bientôt les frontières de son intendance. Dans tout le pays de Limoges, te fut une désolation générale quand on

apprit Tordre royal l'appelant à un plus haut emploi, et il connut la rare douceur d'une gratitude durable. Sept ans plus tard, lorsqu'il quitta ce monde, le temps n'avait pas effacé la mémoire de tant de bienraits : « Nous sommes afQigés. jusqu'aux larmes, écrira l'un de ses anciens administrés, de la mort de M. Turgot. Il a gouverné cette province pendant treize ans dans un esprit d'équité, de popularité et de bienfaisance. »

Mûri et préparé par ses travaux spéculatifs comme par la pratique des affaires, Turgot parvenait au pouvoir dans sa quarante- huitième année. Son aspect répondait à l'idée qu'on avait de lui. De haute taille, d*allure vigoureuse, le front élevé, les yeux souriants, le visage « noble et bienveillant ». encadré par une chevelure brune dont les boucles épaisses flottaient sur ses épaules, il forçait le respect, commandait la confiance et inspirait la sympathie. Une retenue un peu timide, et un air de « candeur » assez inattendu chez un homme de son âge, donnaient à ses manières un charme singulier. « Sa modestie cl sa réserve eussent fait honneur à une jeune fille, dit un de ses contemporains avec une pointe d'ironie'. H était impossible de hasarder la plus légère équivoque sur certains sujets sans le faire

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