‹ Au couchant de la monarchieChapitre 7 sur 148 · I. Souvenirs da baron de FréniUy · texte numérisé non relu

I. Souvenirs da baron de FréniUy

Mais ce qui manque par-dessus toute chose à Louis XVI, c'est le don essentiel qui, chez un souverain absolu, tient lieu de presque tous les autres et sans lequel tous les autres sont vains : la fermeté de caractère, la décision de volonté. € Il y avait en lui deux hommes, dit \m de ses contemporains', rhomme qui connaît^ et Thomme qui çeat. La première de ces qualités était très, étendue et très variée. Mais, dans les grandes afiaires d'État, le Roi qui veut et ordonne ne se trouvait presque jamais. » Une clairvoyance honnête, d'excellentes intentions, une droiture indéniable, tout est paralysé, stérilise, détruit, par cette incurable faiblesse. « Mon frère, raillait le Comte de Provence, est comme ces boules d'ivoire huilées qu'on ne peut retenir ensemble. »

Décider et vouloir, en ces deux mots tient presque tout l'art de régner. Louis XIV n'en eut guère d'autre, mais il le pratiqua si bien qu'il n'eut pas besoin de génie. Son descendant débile n'avait, hélas! rien retenu de cet héritage anœstral. Peut-être aurailil distingué un Colbert, un Louvois; il les aurait sans doute appréciés et aimés ; il ne les aurait assurément pas soutenus. C'était, comme l'a écrit un historien moderne ', « un prince selon les illusions du temps, un prince d'idylle et de conte moral. Doué de toutes les qualités qui conviennent pour

I. Mémoire» sur le règne de Louis AT/, par Soalavie. a. VEurope et la Révolution^ par A. Sorel, t. f.

populariser les dynasties dans les ^)oques prospères, il ne possédait aucune de celles qu'il faut pour les fonder dans les agitations ou les restaurer au milieu des troubles ».

Tout homme faible est influençable. Louis XVI le fut plus que personne, subissant tour à tour, et parfois simultanément, la domination de tous ceux qui composaient son entourage intime, sa femme, ses tantes, et ses deux frères. Une brève revue de ces différents personnages est une préface indispensable à rhistoire de son règne.

La Reine d'abord, qui, quoi qu'on ait pu dire, eut de tout temps un grand crédit auprès de son époux^ « On ne m'a rien appris, s'écriait le jeune prince au lendemain de son avènement, mais j'ai lu un peu d'histoire, et j'ai su que ce qui a toujours perdu cet État a été les femmes légitimes et les maîtresses. » Ceux qui entendirent ces paroles conçurent des doutes sur le futur rôle de la Reine en matière politique, et plat au Ciel que l'événement leur eût donné raison! Le long martyre, la fin touchante de Marie- Antoinette, le courage qu'elle a déployé dans les plus affreuses circonstances, ont à bon droit nimbé son front d'une auréole, qu'il serait cruel d'arracher. Sa mort couvre et protège sa vie, défend sa mémoire, peut-on dire, contre le jugement de l'histoire. La

vérité, pourtant, a des droits, tout comme la pîtié. Sans insulter à l'infortune et sans violer les convenances, il doit être permis de dire, après plus d'un siècle écoulé, quelles erreurs et quelles fautes marquèrent, dès le début du règne, l'intervention incessante de la Reine dans les affaires publiques, de montrer notamment combien elle contribua à la désaffection publique qui, isolant le trône au milieu de l'orage et le privant de ses plus sûrs appuis, le livra presque sans défense à ceux qui méditaient sa ruine.

La femme, chez Marie- Antoinette, était supérieure à la reine. Ses qualités comme ses défauts formaient avec Louis XVI le plus parfait contraste. On a discuté son physique, et il parait certain qu'elle n'était pas régulièrement jolie ; mais sur sa grâce, sur sa noblesse, sur le charme et l'éclat radieux qui paraient sa jeunesse, tous les témoignages sont d'accord, c Lorsqu'elle est debout ou assise, c'est la statue de la beauté ; lorsqu'elle se meut, c'est la grâce en personne... On dit qu'elle ne danse pas en mesure, mais alors c'est la mesure qui a tort. » Ainsi s'exprime Walpole*. Le comte d'Hézeckes, dans ses Souvenirs d'un page^ donne la même note, avec moins de lyrisme : « Quand elle sortait, le dimanche, de son appartement au bout de la galerie, pour venir chercher le Roi et aller à la messe, on voyait

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