‹ Au couchant de la monarchieChapitre 92 sur 148 · I. Mémoires du prince de Montbarrey · texte numérisé non relu

I. Mémoires du prince de Montbarrey

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gneurs et faisaient « trembler dans leur peau i> les détenteurs de sinécures. On surprend Técho de ces craintes dans les lignes suivantes, qu*écrit à Gustave III la comtesse de La Marck : « M. de Saint-Germain est une espèce de pourfendeur, qui va d'estoc et de taille. Nous sommes dans un moment de crise; il faut espérer que le bon tempérament de la France supportera sans périr tant d'opérations cruelles. Nos ministres sont des chirurgiens qui nous coupent bras et jambes. »

Enfin, pour achever celte revue, les militaires, dans leur ensemble, applaudissaient à Tavcnement d'un homme probe, instruit, courageux, épris du bien public, plein de bonnes intentions et d'idées généreuses. Quelques-uns cependant — non parmi les moins éclairés — exprimaient l'inquiétude que son humeur entière et son esprit systématique ne l'entraînassent à des mesures insuffisamment réfléchies, et qu'au cours de sa longue pratique des armées allemandes et suédoises, il n'eût, selon l'expression d'un contemporain, « perdu la sensibilité française ».

CHAPITUE X

Empressement de Turgot à réaliser son plan de réforuios.

— Les six édits de janvier 1776. — La corvée sous l'ancienne monarchie; raisons de son impopularité. — Premières résistances que rencontre le projet de Turgot.

— Les jurandes et maîtrises. — Acceptation des édits par Louis XVL — Vive opposition du parlement. — Le lit de justice du 12 mars. — Le triomphe de Turgot.

Par radjonclion do Malesherbes et de Saint-Germain, le cabinet présentait désormais im ensemble homogène. Nul obstacle intérieur ne semblait plus devoir arrêter les réformes, et Turgot sentait Theurc venue de marcher en avant. A l'exception de Tédit sur les grains, les mesures prises par lui depuis son arrivée au contrôle général étaient des actes d'administration; il avait hâte maintenant de réaliser son programme et de faire œuvre de législateur. Ainsi s'explique la rédaction presque simultanée des six édits qu'il déposait, le 6 janvier 1776, sur la table du Roi et dont il réclamait l'examen immédiat.

On lui a reproché cette précipitation, et Malesherbes

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lui-même le reprenait affectueusement sur l'excès de son zèle : « Pourquoi, lui disait-il S vouloir tant de choses à la fois? Vous êtes trop pressé. Vous vous imaginez avoir Tamour du bien public ; point du tout, vous en avez la rage! » D'autres amis, en sens inverse, notamment Condorcet, Texhortaient à agir et lui poussaient Tépée aux reins, s'indignant de bonne foi qu'il fût depuis seize mois ministre et qu'il n'eût pas encore tout détruit et tout rénové. Il fallait résister à ces courants contraires. « Sur beaucoup de points, vous prêchez un converti, répondait-il à Condorcet. Sur d'autres, vous n'êtes pas à portée de juger ce que les circonstances rendent possible. Surtout, vous êtes trop impatient. ii> Aux prudents conseils de Malesherbes il opposait des raisons d'un autre ordre ; « Est-ce qu'avec le mal de famille qui circule dans mes veines, il m'est permis d'avoir de la patience? Ce mal s'aigrit tous les joure par le travail. En mettant toutes mes heures à profit, j'aurai du moins fait ce que j'aurai pu, et ce seront toujours autant de vexations dont j'aurai délivré le peuple ^ »

Des six édits soumis ensemble à l'approbation de Louis XVI, quatre visaient des objets d'importance secondaire, police des grains, règlement sur les halles, quais et ports de Paris, caisse de Poissy, droits sur les suifs; mais deux résolvaient des questions d'une

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