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pie. Quant à l’autre, qui est identique du reste à la première, se composant des cinq mêmes caractères, je n’ai jamais pu obtenir du dit bédouin, ni d’aucun autre, qu’ils avouassent en connaître l’existence, et pourtant la perspective d’un bakhshish semblait les électriser. J’en conclus donc qu’eux-mêmes ignoraient
où elle se trouve. C’est de cette dernière, de celle que je n’ai pu ni voir ni copier, que je donne la reproduction d’après une photographie du Palestine Exploration Fund.
Ce qu’il y a de particulier et de vexant à constater à propos de cette inscription, c’est qu’elle constitue un mystère indéchiffrable. Il y a quelque chose d'humiliant pour des hébraïsants à devoir confesser que la seule inscription hébraïque, ou à peu près, que
l’on rencontre en Palestine, demeure une énigme non résolue. Cette humiliation est peut-être très salutaire, mais elle n’en est pas moins pénible. Autrefois, on lisait volontiers Adnyyâ, qu’on interprétait arbitrairement, par « délices de l’Eternel. » Il est maintenant de mode de lire plutôt Tobiyyâ, ce qui, toutefois, ne peut en tout cas pas signifier « l’Eternel est bon, » comme le veulent encore quelques-uns, mais ce qui serait le nom propre Tobija, Tobie 1.
Ce n’était pas une sinécure que de grimper dans ces rochers, de caverne en caverne, entre onze heures et midi, par une température presque caniculaire. Le temps, en effet, beau depuis plusieurs
1 La troisième lettre est un B, du vieil alphabet hébreu, la quatrième un Y du même type, sans aucun doute, quoiqu'elle soit peu distincte sur notre planche La cinquième enfin est un H, mais de l’alphabet dit carré. Deux types d’écriture sont donc employés côte à côte dans une inscription de cinq lettres ! Cela ferait presque songer à une mystification, à une fraude... Mais où serait dans ce cas l’intérêt du fabricant? Nons ne le voyons pas apparaître, contrairement à ce qui est arrivé dans la célèbre aventure des poteries moabites, ou bien dans celle du faux Deutéronome de Shapira. La grosse question est en somme celle de la première lettre ; celle-ci est-elle tout à fait ronde ou bien munie d’un petit appendice à son sommet? Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu cet appendice, je ne l’ai pas copié ; mais ceci n’cst pas une preuve. La seconde lettre peut être un W ou un D, quoiqu’elle semble surtout présenter l’aspect d’un N.
jours, nous avait apporté une chaleur écrasante. Dans cette étroite vallée du Ouadi Sîr, sur cette terrasse exposée en plein midi, dans ces couloirs de rochers brûlés par le soleil, il faisait vraiment torride, et nous sentions d’autant plus l’ardeur des rayons solaires au sortir des grottes ténébreuses. Et pourtant nous ne regrettons certes pas ces instants passés à explorer ce singulier labyrinthe, duquel s’élancent parfois des vaches que nous troublons dans leur quiétude. Tout à l’extrémité occidentale de la rangée de rochers, nous examinons encore un bloc noirâtre, de provenance volcanique, nous semble-t-il, et qui, par sa conformation, diffère notablement de tous les rocs avoisinants. Il attire doublement notre attention, parce qu’il a été évidemment creusé par la main des hommes et qu’il présente sur sa face antérieure quatre rangées horizontales, superposées, de petites niches ou excavations circulaires, semblables à celles des columbaires, au-dessous desquelles règne une sorte de corniche ; puis, au-dessous de la corniche, de nouveau deux rangées encore de ces mêmes excava-
tions, l’une de cinq, l’autre de quatre; au total, vingt-cinq niches en tout.
Sur la terrasse que dominent les rochers d’Arak el-Amîr, il est aisé de reconnaître encore aujourd’hui les restes d’une enceinte qui a dû être jadis fortifiée. Puis, plus à l’ouest, les vestiges d’un grand bassin ou réservoir d’eau, tellement considérable qu’on dirait un petit lac, et enfin les ruines d’un édifice monumental. Nous reprenons nos montures et nous nous dirigeons vers cet emplacement qui porte le nom de Kasr el-Abd, château de l’esclave. Ce qu’il y a de moins endommagé, c’est la façade orientale, au milieu de laquelle s’ouvrait une grande entrée. Des deux côtés, se dressent des pans de murs, faits de blocs énormes, et, chose curieuse et très rare en ce pays, ces pierres portent des sculptures en hautrelief : de chaque côté deux lions, encore aisément reconnaissables ; et, détail bizarre et inaccoutumé, les deux lions de droite tournent le dos à ceux de gauche, et réciproquement; au lieu de converger vers la porte médiane du bâtiment, ces animaux s’en éloignent de part et d’autre.
Arak el-Amir Kasi el-Abd (d’après une phot. du Palestine Exploration Fund, reproduction autorisée par le Comité).
Quelle est la race qui a édifié ces massives murailles et les a décorées de ces sculptures gigantesques ? Les archéologues sont en défaut, et discutent sans arriver à un résultat positif. Une fois de plus, nous constatons qu’Arak el-Amîr est un endroit fertile en énigmes: ces grottes multiples, ces inscriptions incompréhensibles, cette architecture que l’on ne sait à qui attribuer, autant de problèmes qui demeurent sans solution. Une combinaison hardie, ingénieuse plutôt que plausible, rapproche l’un de l’autre le pré • tendu Tobija des deux inscriptions et l’esclave (Abd) du château, et veut y découvrir la trace de « Tobija l’esclave ammonite » mentionné plusieurs fois dans le livre de Néhémie1. Mais ce rapprochement, pour intéressant qu’il soit, ne projette aucune clarté sur les origines de cet édifice. Devons-nous le faire remonter seulement au temps de la domination gréco-romaine2 ? ou bien jusqu’à l’époque de Hyrcan ? ou bien seraitce quelque vestige de la domination des Perses sur
1 Néh. II, io, 19; IV, 3, 7, etc.
2 Comp. Perrot et Chipiez, Histoire de l’Art dans l’Antiquité, tome IV (Paris, 1887), p. 21 1.
cette contrée? ou encore un produit de l’architecture israélite ou ammonite, remontant à des temps plus reculés ? Et quant à la nature ou à la destination de l’édifice, était-ce un temple? était-ce un palais? autre chose encore? nous n’en savons rien1.
Nous franchissons avec nos chevaux la pente de la colline qui domine le Kasr el-Abd, du côté de l’ouest2, et qui sépare le Ouadi Sir d’une autre vallée, le Ouadi Mousa, dépourvu d’eau. Là, sur la pente, nous nous arrêtons à l’abri de quelques buissons qui donnent un peu d’ombre, et nous faisons notre repas du milieu du jour, sans que notre guide circassien, musulman strict et zélé observateur du Ramadan, accepte une parcelle de nourriture ou une goutte d’eau, malgré la chaleur du jour, la fatigue de la course et la lourdeur du costume dont il est revêtu. Il n’allume pas même une cigarette, montrant ainsi un respect stoïque pour les observances de sa re-
1 Quant au nom moderne d’Arak el-Amir, Conder (ouvr. cité, p. 363) et le P. Séjourné (art. cité, p. 141) racontent une légende arabe qui a la prétention d’en expliquer l’origine, ainsi que de celui de Kas1- el- Abd.
1 Le chemin passe par la légère dépression que l’on aperçoit au-dessus des ruines du Kasr el-Abd, à gauche, sur la gravure de la page 123.
ligion. Nous avons pu voir le lendemain matin que ses principes en fait de morale et de véracité en particulier n’étaient point à la hauteur de son ascétisme.
J’ai peu de chose à raconter des trois heures et demie qui suivirent. Nous cheminons, en descendant presque toujours, sauf quand il faut remonter quelque peu pour redescendre ensuite selon les caprices du sentier. Après avoir longtemps longé le Ouadi Mousa, et y avoir rencontré çà et là des cavernes jadis habitées, des ruines insignifiantes, et parfois aussi des bestiaux gardés par des bédouins, nous finissons par atteindre une nouvelle vallée, arrosée celle-ci par un joli ruisseau. C’est la partie inférieure du Ouadi Schaïb 1, qui vient de Sait en décrivant une courbe très prononcée. Nous traversons le cours d’eau assez copieux en cet endroit, et dérangeons à notre passage un indigène qui prend un bain. De là, le trajet n’est plus bien long; en un quart d’heure, nous atteignons le campement du chef des Adwân Ali Diâb. Nous mettons pied à terre (5 h. 05) devant
1 Voir plus haut, page 24.
la tente principale, et nous nous trouvons en face d’un vieillard, évidemment très âgé, mais vert encore, simplement vêtu comme tous ses congénères, mais ayant pourtant un air de dignité incontestable. C’est le grand cheikh en personne. Accueillant notre demande de pouvoir devenir ses hôtes pour la nuit, il
nous tend gravement la main en signe de bienvenue. Nous pénétrons sous la tente, où l’on nous assigne aussitôt une place très honorable; on nous apporte tapis et coussins, et, après avoir posé nos chaussures pour nous conformer à l’étiquette, nous goûtons un repos après lequel, je dois le dire, les dernières heures de notre cavalcade nous avaient fait soupirer plus d’une fois.
Le Ramadan empêche encore les bédouins de toucher au café qu’un serviteur à la peau noire est en train de préparer sur le brasier ardent. Mais à nous, qui ne sommes point astreints au jeûne, on peut nous offrir sans retard ce breuvage réconfortant, et l’on n’y manque pas. Très fort, non sucré, mais fortement assaisonné de substances aromatiques, le café des bédouins ne plaît pas à chacun; pour moi, je m’en
suis régalé. Les regards de nos hôtes se portent à chaque instant vers le soleil couchant ; l’heure de rompre le jeûne approche, elle arrive enfin. Et aussitôt tout semble reprendre vie et activité dans la grande tente noirâtre. Les hommes arrivent les uns après les autres et s’installent en groupes pittoresques, par-ci, par-là, sous la vaste étoffe brun foncé qui sert de toit. Quant aux tentures latérales, elles sont relevées pour laisser un libre passage à l’air doux et tiède du Ghôr.
Ali Diâb a 80 ans passés, assure-t-on : d’aucuns disent 90. Sa carrière a été très mouvementée; à bien des reprises il a eu maille à partir, dans le passé, tantôt avec le gouvernement turc, tantôt avec ses voisins, et spécialement avec la remuante et nombreuse tribu des Beni-Sakhr. C’est du reste un gros personnage, ayant sous ses ordres des guerriers qui se comptent, à ce qu’on prétend, par milliers. Que de faits curieux ne pourrait-il pas raconter, soit sur lui-même, soit sur son père, le vieux cheikh Diâb, qui pendant bien des années a exercé l’autorité suprême
sur les Adwân 1. Maintenant c’est au tour d’Ali d’être un vieillard, et prochainement ce sera son fils aine, nommé Soultân, qui deviendra le grand chef.
En comptant son premier né, Ali a cinq fils, dont les trois plus âgés sont mariés et établis à part : nous ne les avons pas vus2. Le cinquième est un petit garçon de 7 à 8 ans qui reste encore avec les femmes. Le seul par conséquent qui se montre sous la tente paternelle est le quatrième, Saoûd, un beau garçon de 18 à 19 ans, au teint d’un blanc mat un peu bistré, avec de grands yeux noirs cerclés de kohl. Il participe avec nous au repas que son père nous offre.
1 On nous a raconté entre autres'le fait suivant, que nous reproduisons sans garantie. Diâb et son fils, après une période de luttes contre l’autorité turque, avaient été dans l’obligation de se rendre à une entrevue que leur assignait un pacha. Le vieux chef, qui avait ses raisons de se méfier, enjoignit à son fils d’imiter son exemple: et, lorsqu’on leur offrit le café, qu’il n’était pas question de pouvoir refuser, le père et le fils le prirent bien dans leur bouche, mais sans l’avaler, et le laissèrent couler dans leur barbe. La pacha et son entourage furent déçus dans leur attente de voir les deux bédouins tomber sous l’action du poison. Mais les dents du père et du fils furent complètement détruites par l'action corrosive du breuvage, et celles que l’on admire actuellement dans la bouche d’Ali Diàb, sont, paraît-il, des dents artificielles.
2 Et c’est pourtant leur photographie que nous pouvons présenter au lecteur (page 137), tandis que nous n’avons ni celle de leur père, ni celle de leur frère Saoûd.
Comme la veille chez Mahmoud le Tcherkesse, la nourriture est apportée dans un grand plateau qu’on dépose sur un escabeau minuscule, en plein air, au bord de la tente. Nous nous groupons autour de ce plat, avec le vieux chef et son fils. Les autres ne sont pas admis à cette table d’honneur. On nous sert de la viande, préparée de deux manières différentes, du riz excellent, des choux : le tout n’est pas entassé pêle-mêle dans le plat, mais en bon ordre, chaque chose à part. A chacun de se servir selon ses goûts et selon son appétit. A nous, l’on remet des cuillers, et l’on ajoute comme explication que c’est parce que sûrement nous « ne savons pas » manger avec les doigts, et cette expression n’est point immotivée. Ali et son fils, au contraire « savent » manger avec les doigts, je l’atteste, et s’acquittent de cette fonction avec une dextérité, une élégance et j’oserai dire une propreté qui dénote chez eux, au point de vue bédouin, ce que nous pourrions appeler de très bonnes manières. Ils avancent trois doigts, trois seulement, s’emparent d’un peu de viande ou de riz et portent la bouchée ainsi saisie à leurs lèvres sans
qu’aucune parcelle, aucun grain détaché du reste ne vienne à tomber. C’est un art. Et après le repas, un des serviteurs vient verser de l’eau sur les deux mains tendues que son maître lui présente. Comme boisson, de l’eau puisée sans doute au cours d’eau voisin et remarquablement fraîche. Après le repas, la soirée remplie de conversations variées. Peu avec Ali, qui nous fait l’effet d’un silencieux, mais beaucoup avec Saoûd et avec d’autres. Notre guide d’Amman se rattrape à cœur joie de son abstinence forcée de la journée entière. Il y a là, sous la tente, aussi des ouvriers maçons, venus de Haïfa. Que font-ils ici, chez le cheikh desAdwân? Je crois comprendre qu’il s’agit de l’érection ou de la restauration d’un monument funéraire. Ces hommes sont chrétiens, et l’un d’entre eux est très fier des quatre mots de français qu’il connaît. Il me questionne, comme le font sans cesse les indigènes, sur tout au monde et en particulier sur mon pays. Grand étonnement: je ne suis ni Anglais, ni Français, ni Allemand, ni Autrichien, ni Italien. « Quel est donc ton roi ?» — « Je n’en ai point ! » — « Alors tu as une reine comme les Anglais ?» —
« Non, pas davantage! » Ses yeux brillent, il a compris : « Tu es Américain ! » — Non, brave homme, pas tout à fait, mais ton erreur même dénote chez toi quelques notions assez justes. Et quant à nous, Suisses, mes chers concitoyens, nous voyons que nous ne devons pas nous attendre à ce que notre petite patrie soit très connue au delà des mers.
Peu à peu les conversations s’apaisent, le bruit diminue. Soudain retentit dans l’obscurité, à l’extérieur de la tente, un appel lent et solennel : tous les bédouins se lèvent et répondent à cette invitation. Et c’est un spectacle impressionnant, saisissant dans sa simplicité, que celui de cette troupe d’hommes, dans leurs grands manteaux flottants, groupés en rangs réguliers derrière celui des leurs qui dirige leurs invocations, et faisant monter vers le ciel étoilé le récitatif monotone et guttural de leurs prières.
Puis, c’est le repos. Chacun s’étend et se prépare à dormir. Nous avons reçu de la main hospitalière du vieux cheikh des couvertures et des tapis, et couchés sur le sol gazonné de la plaine du Jourdain,
tandis que l’air circule librement sous l’étoffe flottante, nous dormons d’un sommeil exquis, interrompu quelquefois par la clameur retentissante d’un baudet malavisé qui s’approche de la tente et qui est aussitôt repoussé avec perte. Les chiens aussi, par intervalles, font retentir leurs aboiements, mais enfin tout se calme, tout se tait, c’est le grand silence du désert qui plane sur le campement endormi.
'"{/ endrecLi et samedi, 16 et -IJ mars.
A cinq heures trois quarts nous sommes en selle. Renvoyant notre déjeuner à plus tard et prenant congé du vieux chef, nous partons dans la direction du Jourdain. Afnân, qui nous a accompagnés jusqu’ici, nous suivra encore jusqu’à Jéricho. En revanche nous congédions notre Tcherkesse après l’avoir payé. Mais à peine sommes-nous en route qu’il nous rejoint
sur son petit cheval à l’allure fringante, et c’est pour nous assaillir de prières et d’obsessions, tantôt affirmant avoir perdu l’argent que nous lui avons remis, tantôt accusant notre drogman de le lui avoir repris, entremêlant ses mensonges de serments pompeux et blasphématoires, le tout uniquement pour nous extorquer quelque bakhchish supplémentaire. Et cela dure, dure, dure presque jusqu’au Jourdain. Enfin, las de cette persécution, nous lui remettons une petite pièce de monnaie : aussitôt sa figure se rassérène, il redevient tout à fait aimable, cherche à fraterniser avec notre drogman que tout à l’heure il vilipendait, finit par lui mendier quelques cigarettes, et piquant des deux il nous quitte, sans nous laisser de regrets.
Nous touchons presque à la rivière. Au moment d’arriver au pont, nous voyons deux figures suspectes qui disparaissent dans les fourrés du rivage. Un homme à pied, de la tribu des Adwân, chemine du reste avec nous à partir du campement. Je me suis d’abord demandé si c’est une escorte d’honneur que nous a octroyée Ali Diâb. Mais non ! c’est nous qui sommes l’escorte, car le brave homme, ayant à aller
à Jéricho, a jugé sage de se mettre sous notre protection. Les abords du Jourdain, avec leurs épais taillis, jouissent d’une mauvaise réputation qui n’est point usurpée.
Nous traversons le pont, et aussitôt arrivés sur la rive occidentale, nous nous accordons avec délices la joie d’un bain dans la rivière, tandis que Karam apprête un déjeuner qui nous paraîtra doublement bon au sortir de l’eau froide. Comme nous nous préparons à repartir, voici des pas de chevaux qui retentissent sur le plancher du pont. C’est Saoûd, le fils d’Ali Diâb, qui arrive, armé, escortant des mulets chargés de sacs de grains que son père envoie à Jéricho sous sa garde. Nous chevauchons ensemble à travers la plaine, parfaitement sèche aujourd’hui, bien différente de ce qu’elle était la semaine dernière. Aussi, quoique avec des chevaux fatigués, nous arrivons en moins d’une heure et demie à l’hôtel du Jourdain.
Ici je rentre dans le connu et vais prendre congé de mes lecteurs. Que leur dirais-je en effet encore? Que le reste de cette chaude journée fut passé à Jé-
richo en dolce farniente, en paisibles flâneries, tandis que M. Cooke, qui n’avait point encore visité la mer Morte, s’y rendait intrépidement dans l’après-midi par une température sénégalienne. Et puis, le lendemain, tandis que mon compagnon de voyage, avec des amis retrouvés à Jéricho, se préparait à regagner Jérusalem sans se hâter, moi-même, pressé de rejoindre les miens après huit jours de séparation, je partais à 6 heures avec Karam, et dès 10 heures et demie, je frappais à la porte de notre maison à Jérusalem. Le même jour, à 1 h. après-midi, j’étais au Saint-Sépulcre, assistant à l’entrée solennelle des patriarches, latin, grec, arménien, revêtus de leurs costumes de fête et entourés de leurs hauts dignitaires: il me semblait déjà alors que mon excursion chez les Tcherkesses et chez les bédouins n’était qu’un rêve rapidement envolé.