DIX-HUITIÈME SIÈCLE
Landshut. ......... 1802
Remplacé par l'université de Munich.
Berlin 1810
Bonn 1818
Munich. ........ , 1826
Dans les universités allemandes s'est conservée l'image des franchises et de Findépéndance du moyen-âge. Là , le jeune homme commence sa vie par la jouissance d'une liberté qui l'enivre et le transporte. Il se livre avec la même ardeur aux premiers développemens des idées et des passions. Ne peut-il pas tout tenter et tout comprendre, car il est étudiant, (student)? Autour de lui tout honore et res-
(1) Ce tableau est dû aux recherches de Meiners dans son Histoire des universités, tom. 1, pag. 293, 259. — Gœttingue, 1802. Le nombre des universités allemandes a été réduit, au commencement de ce siècle, de quarante à vingt- deux.
ie» . umvBMtvfts. 83
pecto ce formidable nom. Dans une *ttle d'uaiver* site, le student et le prQfmor régnent différemment mais tous deux saut rois. ,
Quel enivrement dans cette vie d'étudiant ! Fumer, boire, monter à cheval, s'initier à la fois à la philosophie et à l'amour, passer de la lecture d'Homère à celle de Gœtbe, travailler à son heure, à sa guise, et goûter avec ses frères d'université tous les char* mes de la science et de l'amitié I Le seul inconvénient de cette vie est d'apporter à l'homme trop de bon* heur et d'émotions vive* au début de la carrière. Après tant de jouissance et de liberté, la réalité de* vient amère et d'autant plus douloureuse qu'on y tombe de toute la hauteur d'un idéal qui s'écroule.
Il n'y a pas seulement pour l'étudiant allemand l'indépendance individuelle, mais la solidarité du compagnonage. Les étudians forment entre eux comme une république qui a sa discipline, sa hiérarchie, ses mœurs et son histoire intérieure.
Dans les dernières années de la restauration, les étudians renoncèrent aux Landsmannschaften, c'està-dire aux corporations formées par les jeunes gens de la même province ; ils voulurent constituer, pour l'Allemagne entière, une association unique, Burschenschaft, république de la jeunesse, image idéale des destinées futures de la patrie.
Que devaient accomplir les membres de la JBurschenschaft? ils devaient toujours se proposer la triple idée de la science, delà moralité et de la liberté ; trinité rationnelle qui devait enfanter un jour l'unité
se
AX-DILA DU RHIfT.
politique. La Burschenschaft inquiéta dès l'abord les gouvernemens; une commission centrale, établie à Mayence, fut chargée de la surveillance des universités; elle ne fut pas avare de persécutions.
Depuis quelque temps là Diète germanique a tourné son attention sur les universités ; enfin , l'an dernier elle a pris une décision générale qui change de fond en comble le régime de ces hautes écoles, l'honneur de l'Allemagne et de l'Europe; il est impossible de se montrer plus révolutionnaire que ne l'a fait la Diète et de manifester plus de mépris pour les mœurs et les affections delà patrie (1).
(1) Voici le texte de cette décision qui commence pour l'A lemagne une législation universitaire écrite :
Décision prise par la Diète de la Confédération germanique dans sa 39e séance de Tannée 1834, tenue le 13 novembre de ladite année et concernant les mesures prises d'un commun accord relativement aux universités et aux établissemens d'instruction et d'éducation en Allemagne.
Art. 1<». Chaque gouvernement établira dans ses université! une commission spéciale , chargée de l'immatriculation , à laquelle prendra part le commissaire du gouvernement ou, en son absence, un suppléant nommé par lui. Tout étudiant est tenu , dans les deux premiers jours de son arrivée , de se présenter pour être porté sur les registres matricules. Les autorités nommées à cet effet, par le gouvernemënt , ne permettront aucune inscription dans les registres, huit jours après que les cours auront commencé , conformément à l'ordonnance , à moins d'une autorisation particulière desdites autorités, autorisation qui pourra se donner quand un étudiant pourra justifier , par des preuves positives, qu'il n'a pu se présenter plus tôt. Les étudians, qui déjà ont été immatriculés dans une autre uni-
Aussi rien n'a plus blessé l'Allemagne ; c'était la poursuivre et la frapper dans ce qu'elle avait de plus cher et de plus intime. Les hommes les plus modérés avaient demandé grâce pour les franchises de la
versité , sont tenus de se présenter chaque semestre devant la commission , et à l'heure fixée à cet effet , afin de constater leur présence à l'université pendant le courant du semestre.
Art. 2. Tout étudiant qui sollicitera d'être immatriculé sera tenu de présenter les pièces suivantes : 1° s'il commence ses études académiques, un certificat de ses études préparatoires et un second sur ses bonnes mœurs , d'après les lois du pays qu'il habite ; dans les endroits ou il n'existe point d'ordonnance à ce sujet, on se réserve d'en publier une; les gouvernemens feront part à la Diète des lois qu'ils auront promulguées relativement aux certificats ; 2° chaque étudiant qui voudra se rendre d'une université à une autre devra se* munir d'un certificat d'application et de bortnes mœurs; 3» dans le eas othin étudiant- aurait interrompu ses études académiques , il présentera un' attestât des autorités locales , constatant son séjour d'une p lus ou moins longue durée dans la dernière année de son séjour à l'université ; dans ce certificat il sera fait mention s'il a fréquenté un établis* sèment public d'instruction; des passeports ou toute autre attestation particulière ne sont point suffisons; néanmoins si un étudiant arrivait d'un pays hors de l'Allemagne, l'on pourrait avoir égard à cette circonstance; 4* toutes les fois qu'un étudiant sera soumis à la tutelle de sesparens ou d'un tuteur/ il devra être muni dTun certificat de ses parens , ou de la personne qui lui en tiendra lieu, légalisé par les autorités locales ^ constatant que c'est bien de leur propre gré , que l'étudiant se rend 4 l'université Ou il désire être admis ; la commission d'immatriculation aura soin de conserver les certificats ainsi que les passeports des étudians jusqu'à leur départ. Quand toutes ces formalités auront été exactement remplies, l'étudiant pourra être inscrit au registre des matricules. Les gouvernemens des
, science, M. de Sayigny, daiis un petit çorit intitulé : Wesen und JVerth der deutschen Universitaten, <fc la nature et de l'importance des universités allemandes, avait exposé avec beaucoup d'art et de prudence les
ÉtaU confédérés auront soin de donner les ordres nécessaires pour que , dans aucun d'eux , les susdits certificats d'immatriculation ne tiennent lieu de passeport et ne soient admis comme tels.
Art. 3. On aura soin de mentionner, dans les certificats de conduite, les punitions qu'aurait pu subir l'étudiant, ainsi que la cause de ces punitions, et surtout chaque fois qu'elles auront ..été infligées pour participation reconnue à des sociétés défendues. La spécification des punitions infligées pour cause de contravention peu grave pourra, selon l'opinion de l'autorité, être supprimée entièrement ou n'être indiquée qu'en général. On déclarera dans tous ces certificats (en indiquant, autant que possible, les causes" sur lesquelles l'opinion est fondée), si le porteur est soupçonné ou non d'avoir pris part à des sociétés défendues. Çhaque étudiant est tenu de demander ces certificats asseï à temps pour qu'il puisse les présenter , lprs de l'immatriculation, et les autorités sont tenues de les délivrer surle-champ , à moins qu'elles n'aient des motifs valables pour les refuser , circonstance que l'étudiant est autorisé à faire certifier par l'autorité , qui ne peut le refuser ; en cas de reftis, l'étudiant aura recours à l'autorité supérieure. Si cependant un étudiant se présentait pour être immatriculé , sans pouvoir présenter les certificats nécessaires, promettant pourtant de les produire plus tard , il pourra , selon le gré de la commission , participer provisoirement aux cours et être soumis aux examens; mais l'université écrira de suite aux autorités chargées de délivrer ou de légaliser lesdits certificats, pour prendre des informations sur la cause du retard auxquelles lesdites autorités, sont tenues de répondre sans délai.
Art. 4. On refusera l'iminatriculaiion à toui étudiant qui se
avantages que procurent à la nation les universités; il les avâit représentées comme on héritage et un privilège de la civilisation allemande qui devaient trouver auprès du pouvoir de pieux racnagemerisV
présctitfiràît trop tafd^atîô poUTOÎtr fournir des Taisons iraffisàmment excusables (art. 1) ; 2» quand il ne présentera pas les certificats prescrits, s'il résulte des informations prises par l'univer- : sité dont la réponse ne doit pas se prolonger au-delà d'un mois,' à dater du jour de l'expédition de la lettre, que les autorités gardent le silence ou refusent les certificats pour des motifs quel^' conques (art. 2, 3); l'étudiant sera forcé de quitter sur-le-champ1 l'université, à moins que le gouvernement, par égard pour des causes particulières, ne se détermine à lui accorder l'autorisation J de suivre temporairement les cours de l'université, sous la restriction prescrite dans l'article précédent ; malgré cela, il est libre de se présenter derechef plus tard pour être reçu, pourvu qu'il soit muni des certificats nécessaires; 3" quand l'étudiant qui se présente a été renvoyé d'une autre université en vertu d'une sentence (con$ilium abeundi), il lie pourra être reçu qu'après que le gouvernement de l'université à laquelle il së présente aura, par la voie des commissaires des gouvememens respectifs, conféré à ce sujet avec le gouvernement de l'un iversité qui a ordonné le renvoi. Pourla réception d un étudiant relégué, il faut en outre l'autorisation du gouvernement auquel il appartient; 4* l'immatriculation sera également refusée à tout récu piendiaire fortement soupçonné d'appartenir à une société' défendue et qui ne pourrait s'en justifier d'une manière satisfaisante. Les commissaires du gouvernement veilleront à ce que les universités ne négligent pas dè se communiquer mutuellement l'expulsion des étudians de leur université , en ayant soin d'en indiquer la cause et d'y joindre le signalement de l'expulsé, et à ce qu'elles n'omettent pas d'en prévenir les parens ou les personnes qui les représentent.
Art. 5. On remettra à chaque étudiant, avant son immatricu-
40 ÀB-DELA DU RHIIf.
Cette, modération fat vaine et n'a point arrêté les gouvernemens qui ont adopté l'étrange parti de détruire les vieilles mœurs pour attaquer l'esprit nouveau.
lation, un imprimé exact des réglemens des paragraphes 3 et 4 de l'arrêt de la Diète du 20 septembre 1819, sur les mesures à prendre à l'égard des universités, ainsi que des dispositions contenues dans les cinq articles suivans ; cet imprimé se terminera par ces mots : « Moi soussigné, promets par ma signature , sur mon honneur et ma conscience : 1° de ne jamais faire partie d'aucune société d'étudians défendue ou non autorisée, surtout de celles dites Bturachenschaft, qu'elle qu'en soit la dénomination, de ne m'associer ni ne contribuer en aucune manière à de pareilles réunions, directement ni indirectement ; 2^ de ne me réunir jamais à d'autres, dans le but de délibérer en commun sur les lois et l'organisation existantes de l'Etat, ou de s'opposer activement aux mesures prises par des autorités. Je déclare surtout m'engager à toujours observer ponctuellement toutes les prescriptions contenues dans les dispositions .ci-dessus, et dans le cas contraire, à me soumettre sans résistance à toutes les peines applicables à quiconque y contreviendrait, l'immatriculation ne pourra avoir lieu qu'autant que l'étudiant aura signé ladite pièce. Quiconque refuserait de la signer, sera sur-lechamp, et sans aucun égard , renvoyé de l'université.
Art. 6. Des réunions d'étudians soi t dans un but scientifique, •oit même dans un but d'amusement, ne pourront avoir lieu qu'avec l'autorisation du gouvernement et d'après les conditions qu'il fixera. Toutes les. autres associations d'étudians, soit entre eux, soit pour se réunir à des sociétés secrètes, sont considérées comme défendues*
Art. 7. La participation aux sociétés secrètes défendues sera punie, sans porter préjudice aux dispositions plus sévères existant es à cet effet dans plusieurs Etats, d'après les degrés suivans : l ies fondateurs d'une société secrète défendue et tous ceux qui
L'Allemagne perd ainsi les dernières naïvetés de sa phyS10nom>e anl.que; elle passe sous le joug de 1 un»formité administrative, et la décision de la Diète « du eontrister les savans et vénérables profesfeur,
«on , leur ZltrlÎlT^ ^ Ce"e de *
de ce. société, seront condamnés à ™ "? ""^ de récidive, après avoir déja^tolî 1 emprl80Dne,nent 5 « «a, damné pour participation à un^0cîét!,,neraPJP,iqUée à UD C°nsente d'autres cas .L^Tr î. ' °" ^ "P*"
sentence du cwS «ffi "* "» «- d° *"« ,. noncée et même la peine de h J" î P6Ut étre Pro"
délit ; 3» on appliquera 1» „! , C,rconstl,ncc» aggravent le
activée la correa^ï^f^^ ' "7* P^t autre université , dans le b7t î™ étUdians d'une
«ans être membre de la sociiT S ' 4°toutet"diant qui, active à l'exécution de c e s m e n' aUra C°ntr'b"é d'Une ma"^e «es divers degrés c^^^^^^ 5» quiconque aura subi un jugemen nô! ^ d" Mit« société défendue, perdra i ' T P ^ Pris Part à «ne académiques p^,Ï '£t°l !' ™co»«'™°, les bénéfice, oes villes! ^ZlT^Z^tvLv ^ "*
de l'autorité; SU^Sl?""** h ~'«-t accordée de payer leT hono™ T"6 qui ,ui aurait «é
-ntence duL^^^"^ J« «« ; 6- qUa„d la étudiant, pour cause d^ 1T !" * Prononcée contre un ton „. 6 *aTUW° * u«e .ociété défendue, il
habitués à la liberté des anciens jours. Adieu la simplicité et la bonhomie des rapports entre le professeur et l'étudiant! le despotisme d'une discipline nouvelle les brise sans retour.
ne pourra, d'après l'article 4, n.3, obtenir la permission nécessaire pour être réintégré dans une université qu'après six mois ; et celui qui, pour le même délit, aura été condamné à larele- Ration, ne pourra l'obtenir qu'après une année d'absence. Si l'une des peines susdites a été infiigée en partie pour avoir participé à des sociétés défendues, en partie pour tout autre motif, et que le premier délit ne l'emporte pas sur le second , de ma* nière que la relégation ait été particulièrement appliquée pour participation auxdites sociétés , le temps fixé ci-dessus sera ré* duit à la moitié ; 7» lors de déhts d'étudians mentionnés dans les lois de l'Etat que cela concerne , on aura soin , du moment où il existera des indices , de rechercber si ces délits ont été provoqués directement ou indirectement par une sociétédéfendue, si le cas existe, on considère le délit comme aggravant; 8° les gouvernemens n'acquiesceront jamais à la demande d'un étudiant qui solliciterait l'annulation de la peine de la relégation d une université dans le cas et après le temps fixé pour avoir droit à la grâce (n° 9 ci-dessus), tant que le solliciteur ne prouvera pas d'une manière positive qu'il a bien employé le temps de sa relégation de l'université, qu'il a une conduite irréprochable et qu'il n'existe aucun indice probable contre lui d'avoir pris part à des sociétés défendues.
Art. 8. La peine de la relégation aggravée (sans préjudice des peines criminelles, applicables audélit), s'appliquera. à tous les membres de la société défendue, dite Burachemchaft, ou de toute autre pareille , instituée dans un but politique. Ceux des étudians qui auraient encouru pour de tels motifs la peine susdite, ne pourront être admis ni au service civil ni en qualité d'ecclésiastique ou d'instituteur, ni à une dignité académique, ni dans le barreau, ni en qualité de médecin ou de chirurgien
La vie du professeur allemand n'est qu'une longue étude. Dès la cinquième heure du matin il a repris l'objet chéri de ses méditations et de ses recherches; il lit, il écrit jusqu'au moment de commencer son
dàn8 tous les États de la Confédération germanique. Si par hasard un gouvernement se déterminait, par des motifs tout particuliers, à annuler la peine pronoucée contre l'un de ses sujets, pour délit de participation à des sociétés défendues, en lui faisant grâce, cette détermination ne pourrait être prise sans motiver soigneusement toutes les circonstances, et sans avoir acquis la conviction que l'étudiant est revenu de son erreur et a cessé de faire partie de ces sociétés, et dans ce cas même il devra être l'objet d'une surveillance spéciale.
Art. 9. Les gouvernemens donneront les ordres nécessaires pour que, du moment où des sociétés politiques d'étudians auront lieu à des universités , les autres universités en soient instruites sans délai.
Art. 10. Dans tous les délits , où l'on appliquera les peines académiques, les punitions criminelles seront conservées selon la nature du délit, et à plus forte raison quand le cas de réunion d'étudians ou d'actions criminelles, provoquées par elles , emportera l'application des peines plus sévères.
Art. 11. Quiconque s'avisera de discréditer directement ou indirectement une université , un institut , une autorité ou un professeur de l'académie, sera exclu de toutes les universités allemandes, et son exclusion sera rendue publique. Tout étudiant qui , avec préméditation , provoquera l'exécution d'une telle déclaration de discrédit , sera condamné selon les circonstances aggravantes au consilium abeundi, ou bien à la relégation, et Ton observera, quant à sa réintégration dans une autre université , les dispositions de l'art. 6, n. 6. On appliquera la même punition, à laquelle est soumis l'étudiant, auteur desdites déclarations de discrédit, à tout étudiant qui se permettrait de pareilles déclarations envers des particuliers, ou même ne ferait
cours; à la moitié du jour, un repas vient suspendre son trayait; puis, ordinairement, il professe encore, rentre dans son cabinet et n'en sort que pour se permettre avant le souper le plaisir d'une conversation,
qu'y prendre part. On laisse à la disposition de la législature du pays de juger jusqu'à quel degré ce délit peut être en outre considéré comme injurieux.
Art. 12. Quiconque veut faire ses études dans une université avec l'intention d'entrer au service de l'État, est tenu, en quittant l'université, de se pourvoir d'un attestât des cours qu'il a suivis et d'un autre de bonne conduite et d'application, pièces sans lesquelles aucun étudiant ne pourra dorénavant être admis à passer son examen, ni par conséquent à parvenir à un emploi au service de l'Etat. Les gouvernemens prendront les dispositions nécessaires pour que les attestats qui seront délivrés offrent autant que possible un jugement exact et positif. Ils s'étendront nommément sur la clause de la participation à des sociétés défendues. On invitera les commissaires des gouvernemens à veiller à ce que cette ordonnance s'exécute consciencieusement
Art. 13. Les autorités académiques sont, en cette qualité, démises en tout et partout des fonctions juridiques en matière criminelle ou de police générale qu'elles exerçaient jusqu'ici à l'égard des étudians. Les gouvernemens seuls sont chargés individuellement de composer et de désigner les autorités auxquelles on confiera cette juridiction. Mais cette disposition précédente ne s'étend ni sur les cas de simple discipline, concernant exclusivement les étudians, comme par exemple la surveillance dans les études, les mœurs et l'observation des statuts de l'académie, ni sur Finfliction de peines purement académiques.
Art. 14. Les dispositions contenues dans les articles ci-dessus subsisteront pendant six ans en qualité de convention obligatoire, sauf d'autres dispositions prises d'un commun accord se-
de la promenade ou de la lecture des feuilles. Le souper est le moment de délassement et de réjouissance ; là , au milieu de sa famille et de quelques amis , notre savant , content de lui-même et de sa journée, goûte, sans contrainte, le repos, la liberté et les joies innocentes d'une table abondamment frugale. On discute, on s'épanche, on se livre, on boit un peu, on rit beaucoup ; enfin , après cette récréation de l'esprit et du corps, on va gaîment chercher un sommeil qui permette de recommencer le lendemain la simplicité laborieuse de cette vie antique.
Ne demandez pas à notre professeur des nouvelles de ce qui se passe dans l'Etat ou dans sa famille ; il vit dans une iguorance entière de tout ce qui n'est pas la science. Sa vie est arrangée de façon à lui épargner tous les soucis domestiques. En Allemagne, les professeurs se marient toujours très jeunes, et, sitôtqu ils obtiennent une chaire, ils prennent femme. L'abdication de tous les tracas vulgaires entre les mains d'une compagne leur est nécessaire; ils sont
Ion que l'expérience, en attendant, en aura démontré la nécessité.
Art. 15. Les articles ci-dessus s'appliqueront aussi à tout autre établissement public d'instruction et d'éducation, pour autant que leur position le permettra. Les gouverne mens auront aussi soin de veiller que dans lesdits ctablissemens ne s'introduise aucun esprit d'association, surtout s'il avait une tendance politique, et d'appliquer aussi aux institutions privées, les réglemens du paragraphe 2 des décisions de la Diète du 20 septembre 1819.
époux et pères avec une probité affectueuse et aussi avec économie de temps.
Leur temps est leur richesse; est comment, sans en disposer largement, pourraient-ils suffire à tous leurs devoirs? Il n'est pas rare qu'ils professent tous les jours sur quatre ou cinq matières différentes; et même , à notre sens , les professeurs en Allemagne font trop de cours ; par une sorte de compensation , en France, nous n'en faisons pas assez. C'est un excellent usage qu'un professeur puisse avoir la parole sur d'autres sujets que ceux qui sont l'objet spécial de sa chaire; il se fortifie en s'étendant; il inquiète ses voisins et ses collègues qui lui répondent par une noble émulation : combats féconds en progrès pour la science et la jeunesse.
La quantité de connaissances positives, déposées dans les cours des professeurs allemands, est énorme; ils sont inépuisables dans ce qu'ils appellent le matériel de la science , Material. Peut-être même ce matériel immense exerce-t-il trop la mémoire des étudians aux dépens de leurs facultés conceptives et imaginatives. Il nous a semblé qu'ils écrivaient trop aux cours de leurs professeurs et n'écoutaient pas assez avec cette attention qui saisit, résume et transforme les choses.
Au Collège de France, à la Sorbonne, il y a souvent dans les cours des professeurs plus d'idées générales que de faits; et cela est inévitable dans l'état des esprits avec les besoins qui les travaillent et les irritations qui les possèdent. On veut savoir les faits,
mais plus encore leur signification et leur portée : un cours ne saurait avoir la richesse technique d'un manuel ou d'un compendium ; un professeur parle mal quand il parle comme un livre : qu'il en corn-* pôse au sortir de sa chaire, mais qu'au milieu de la jeunesse il soit homme, qu'il soit lui-même, soldat de la science avec ses qualités et son caractère.
On pourrait désirer aux professeurs allemands plus de personnalité et plus de chaleur, aux professeurs français plus d'érudition et de patience*
Mais ce qui est inestimable dans le haut enseignement de l'Allemagne, ç'a été jusqu'à présent la liberté, ç'a été jusqu'à présentie mode de recrutement intellectuel de ses universités. Un jeune homme sent dans sa tête une théorie nouvelle qui germe et qui pointe, une vocation scientifique qui veut éclater; il écrit une dissertation qui lui conquiert le droit d'enseigner à son tour : hier étudiant, aujourd'hui professeur, il va s'asseoir au milieu de ses camarades et de ses maîtres ; il va se faire juger par ses égaux et ses supérieurs ; il va conquérir à la face du soleil son rang et son nom; si le talent est fort, si le génie est réel, les universités se disputeront ce jeune homme, et il n'aura dû qu'à lui-même de devenir rapidement l'orgueil de la patrie.
Voilà les bienfaits de la liberté ; voilà comment s'élèvent les hommes, non pas en serre chaude, non pas sous un régime qui les étiole et les pâlit. Considérez notre école normale; elle a été épuisée par une seule génération d'hommes de talens; elle n'a
plus d'arae maintenant, parce que le despotisme d'un faux système l'oppresse et la tue.
De l'air, de l'air! Remplissez d'inspiration et de liberté ces jeunes têtes et ces cœurs qui battent violemment. Comment aurez-vous l'originalité de la science et du génie sans l'indépendance? Tachons de défendre le droit imprescriptible d'innover dans les choses et les idées humaines. Oui, de par Minerve et Apollon, nous maintiendrons la liberté de parler et de penser.
ZZI
L'Allemagne n'a porté des résultats vraiment nouveaux en philologie que de concert avec le développement de sa littérature et de sa philosophie. En France, la philologie, surtout appliquée à l'antiquité grecque et romaine, a précédé l'âge littéraire et philosophique; en Allemagne elle Ta accompagné et complété.
Aussi la philologie allemande s'est-elle, pour ainsi dire , développée comme un poëme et un système. Il y a dans l'apparition chronologique de ses résultats une méthode évidente. Suivez ceci.
Une grande généralité vint servir de prélude et d'ouverture. Heyne signala la valeur du mythe, et la mythologie prit une place importante dans l'histoire de l'humanité. Le mythe est l'enveloppe d'une vérité, et les fables sont une manifestation des opinions humaines. Ça donc été une innovation salutaire du grand philologue de Gœttingue, de séparer les chimères personnelles aux poètes et aux faiseurs devers, d'avec les symboles conçus nécessairement par le génie de l'homme, indestructible réalité qu'il a besoin de créer et d'adorer à la fois. Heyne avait l'esprit aussi juste que vaste; il fut toujours hardi dans ses inductions avec bonheur et sobriété. APollodore, Tibulle et Pindare, furent édités par lui; il explora les monumens de l'art bizantin ; mais son nom est surtout devenu populaire par sa belle édition de Virgile, qui consomme pour ce grand poète le cercle des études philologiques. Quelle justesse dans l'appréciation critique! quelle science de l'antiquité! et aussi que d'à-propos dans le choix du poète! Qui pouvait mieux que Virgile ouvrir aux modernes une intelligence nouvelle du monde antique? Il le réfléchissait dans son ame avec une harmonieuse fidélité : amant mélancolique de tout ce qui était beau, devin involontaire et tourmenté d'un avenir inconnu , chantre d'une civilisation qui s'affaisse en pâlissant, poète vraiment humain placé par la Providence entre César et Jésus-Christ.
Après Virgile, voici Homère. Un jeune philologue trop dédaigné par Heyne, vint se placer à côté de
lui en donnant à l'âge poétique de la Grèce un aspect nouveau. Homère ne fut plus le chantre unique des poèmes qui portent son nom ; mais des rhapsodes, harmonieux dépositaires des traditions de la Grèce qui passait de l'ère poétique à l'ère politique, les répandaient par leurs chants, et leur concert formait les épopées vivantes qui s'appellent Ilion et Ulysse. Parmi ces rhapsodes , les homérides étaient illustres, et ces homérides se résumèrent tous dans une seule personnification qui eut pour nom Homère. Ainsi Wolf divisait Homère ; il le déchirait religieusement ; il en partageait les lambeaux à la Grèce entière.
Disjecti raembra poctae.
L'Allemagne savante s'émut; les Prolegomena ad Jffomerum ébranlèrent les imaginations; on écrivit, soit pour nier, soit pour défendre l'humanité individuelle d'Homère, et ces guerres civiles de l'érudition la fécondèrent en ébranlant des principes qui semblaient à jamais affermis.
Cependant les savans seuls participaient à cette rénovation; la philologie seule n'aurait pu la propager, et les littérateurs ne pouvaient être convertis que par les beautés de la forme littéraire. Voss traduisit admirablement l'Odyssée, les Géorgiques et IesEglogucs; il donna plus tard les versions d'Horace, d'Hésiode, de Théocrite et de Tibulle; il versait dans les oreilles allemandes les sons les plus har-
TÔME II. 6
monieux de la muse antique» Cette fois la révolution fut générale ; les fausses représentations qu'on s'était faites des anciens disparurent, et 1* Allemagne com* prit romantiquement l'antiquité.
C'est-à-dire que l'intelligence moderne se haussa au point nécessaire pour découvrir la véritable -physionomie des jours antiques; plus la littérature allemande était fidèle elle-même au génie des temps modernes, mieux elle goûtait en les comprenant les temps anciens, mieux aussi elle cultivait les sauve* nirs du moyen-âge. L'intelligence de l'humanité ne peut se morceler, et tout entendre est la condition imposée à ceux qui veulent entendre quelque chose.
Mais l'antiquité classique ne devait pas seule être remuée, et l'Orient réclama sa part dans ces révolutions de l'esprit historique. Les symboles de l'Inde , de la Perse et de l'Egypte, furent cités en témoignage par Creuzer pour édifier la continuité de la religion du genre humain. Le célèbre professeur d'Heidelberg tenta dans la symbolique d'arracher aux sanctuaires de l'Orient le secret de la sagesse. Gœrres écrivit aussi l'histoire des mythes du monde asiatique. Tous ces travaux démontraient l'éternelle unité de la religion, ses développemens , sa perfectibilité, son départ du sein de Dieu, sa course à travers le temps et l'histoire pour s'y replonger.
Mais voilà-t-il pas que le protestantisme et le rationalisme germanique prirent peur et scandale, et que Voss se fit l'avocat de ses transes et de ses indignations. Il dénonça à l'Allemagne les philologues
orientalistes comme coupables de tramer le retour des idées et des croyances théocra tiques ; l'érudition fut dénoncée comme une conspiration mystique et sacerdotale, et une polémique furieuse, dont on trouve encore a Heidelberg le souvenir et les traditions, partagea les savans. Aujourd'hui tout est apaisé, et les différentes écoles de la philosophie et de l'érudition travaillent à côté les unes des autres, sinon de concert, du moins avec tolérance.
Outre le rationalisme et les appréhensions du protestantisme, une autre cause répandait encore la discorde parmi les philologues : nous voulons dire l'antipathie qui sépare les hellénistes et les orientalistes. L'helléniste, jusqu'à la fin du dernier siècle , semblait investi de tous les honneurs de l'érudition.
Il sait du grec, Madame, autant qu'homme de France.
Cette possession paisible de la gloire scientifique, qui durait depuis le seizième siècle, fut troublée par les orientalistes ; ceux-ci déclarèrent que la civilisation grecque avait son origine dans l'Orient, et que, pour comprendre les commencemens d'Athènes, il fallait étudier l'Inde et l'Egypte. Plusieurs hellénistes crurent leur science et leur honneur intéressés à nier topt rapport entre la Grèce et l'Orient; on s'échauffa de part et d'autre d'une manière un peu injurieuse ; mpis le résultat utile de ces diatribes philologiques fut une connaissance plus approfondie de l'histoire hellénique pt du monde oriental.
De nos jours la patrie d'Arminius s'est encore vengée de Rome en la dévoilant. Nous avions étudié Niebuhr et son livre quand nous visitâmes les vestiges de la Rome antique dans la Rome papale. Seal , Niebuhr avec Byron, put rester debout dans nos souvenirs en face du Forum et du Colysée : les autre» écrivains ne tiennent pas ; ils ne semblent pas assez énergiquement solides pour avoir le droit de parler des Romains. 0 cité de la force et de la guerre! tu écrases ceux qui veulent te peindre, comme ceux qui ont voulu te combattre ; je ne sais quel stylet d'airain est nécessaire dans une main vigoureuse pour écrire ces vainqueurs du monde, cette persévérance de la force , cette déduction entêtée d'une fatalité triomphante, ces grandes ames, ces passions colossales, ces destinées hautaines et tragiques, enfermées entre la louve de Romulus et le cheval d'Attila. Pour cela, il faut posséder soi-même une ame fière, il faut avoir contracté, comme Byron, un vital dédain de toutes choses pour en avoir mieux l'intelligence,
A vital scorn of ail,
alors on chante , on éclate , on écrit pour l'éternité , on laisse échapper des vers aussi solides et aussi purs que les marbres du Forum.
Avec Niebuhr, la philologie s'est élevée, pour ainsi dire, au pathétique et à la tragédie. Cet homme a les Romains dans son esnrit et dans son cœur; et pour-
quoi ne serait-il pas Romain lui-même? N'a-t-il pas vécu avec Vairon ? 11 a conversé avec Salluste ; m'est avis que ce contemporain de Napoléon a vu César. Jamais cette vigueur agile des idées et de la tête, qui vous emporte par-delà les temps et vous place dans une époque comme un contemporain et un ami, n'a mieux transporté un homme au cœur de l'antiquité. Par Niebuhr nous savons Rome , ses véritables commencemens, le génie âpre et invincible delà république, le plébeïanisme, les grandes insolences du patriciat : tout vit, tout dure, et les phrases de Niebuhr seront plus long-temps debout que les pierres du Colysée.
Niebuhr est un génie de premier jet et de premier ordre; il prend les choses au vif; il les dépouille et les renouvelle; il a des divinations inouies et des restaurations vivantes ; il n'a pas tait une histoire , niais il enalaissé d'immortelsfragmens; il est sublime par lambeaux, et son ouvrage est comme un torse antique dont l'incomplète beauté suscite dans l'ame un douloureux amour.
D'autres philologues ont imprimé une forme systématique à des résultats originaux. M. Bœckh a exposé en quatre livres l'économie politique et l'état financier d'Athènes ; il a pénétré avec une érudition pleine de sagacité dans tous les détails de la vie positive et domestique des Athéniens, dans le secret de leurs richesses et de leurs ressources ; avec son livre on connaît, pour qinsi parler, le ménage de la république. Le même philologue professe à l'université
de Berlin un cours d'antiquités grecques dont l'intérêt de la science européenne réclame la publicité.
M. Bœckh continue toujours sa belle édition des inscriptions.
Il est un livre dont nous désirons vivement la traduction française, les Doriens, par Otfried Mùller. Cette monographie d'une race jette sur l'histoire de la Grèce un jour nouveau ; elle est conçue avec audace, exécutée avec méthode ; tout est classé et mis dans un ordre qui double la valeur des résultats. M. Otfried Mùller a une exposition plus didactique que celle de Niebuhr; il porte plus dans ses écrits les habitudes de l'enseignement. Les Étrusques sont tracés sur le même plan que les Doriens. Ce philologue est encore l'auteur d'un travail sur les My^ niens. Nous ne saurions oublier son édition nouvelle de Varron et sa publication des monumens de l'art antique.
L'Allemagne jouit de cet avantage que les découvertes les plus originales de l'érudition sont enseignées sur-le-champ dans les universités. Tous les savans sont professeurs, et, dans leur chaire, ils livrent leurs pensées sitôt après les avoir conçues. La science est surtout puissante par l'enseignement. Aussi l'académie de Berlin n'exerce pas sur la culture intellectuelle de la nation la même influence que chez nous l'Institut de France. En Allemagne et à Berlin, les universités priment les académies, tandis qu'en France l'Institut, en ce qui concerne les sciences naturelles et philologiques, domine souvent les facultés.
La philologie est l'anatomie des langues et la préparation de l'histoire; elle scrute les idiomes humains, elle en démonte les ressorts, en décrit les procédés; elle les compare, et de cette comparaison jaillit la preuve de l'identité des racines humaines.
L'homme parle, parce qu'il pense ; il pense , parce qu'il est homme ; la parole est la condition terrestre de la pensée , et il est puéril de les séparer.
La philologie a donc une mission sociale et n'est inférieure à aucune des sciences humaines ; elle dévoile aujourd'hui l'Orient avec les de Sacy et les Bopp, la Grèce avec Bœckh et Otfried Mûller, Rome avec Niebuhr ; elle accomplit une œuvre nécessaire dans le labeur du siècle; en renouvelant le passé, elle trace vers l'avenir un sillon de lumière.
Sans doute, la science des mots a eu ses présomptions et ses excès; la philologie quelquefois s'est prise pour son but à elle-même, et n'a pas toujours eu la raison de se considérer comme un moyen. La grammaire a affiché un orgueil ridicule; mais qu importent ces travers et ces illusions? la science générale s'enrichit, et chemine vers le dénouement des débats de l'intelligence.
Appliquée à la théologie , la philologie change la foi de l'humanité. Reuclin et Luther donnèrent le signal au seizième siècle. Nous avons cousidéré à Berlin avec un pieux respect l'exemplaire de la Bible hébraïque sur lequel Luther a écrit son immortelle version. Depuis ce monument, la philologie a été l'auxiliaire assidu de la science traditionnelle de
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Dieu ; elle a servi tour à tour l'orthodoxie , le mysticisme (1), Tidéalisme et le rationalisme.
Si vous la tournez vers la jurisprudence , la philologie change l'obéissance des sociétés à leurs lois ,
> • j i • car elle change le sens et l'interprétation de ces Lois.
Depuis Ange Politien jusqu'à Savigny , il s'est fait une étude des mots qui constituent la légalité humaine , et avec les révolutions fondamentales des idées . il y a eu de petites révolutions par voie de commentaire grammatical.
Mais c'est en amenant à l'histoire que la philologie est surtout grande et utile; elle en dégage les matériaux , les éclaircit , les restaure en les polissant , et les livre à l'architecte, à l'artiste qui doit leur imprimer le sceau de la création. Le génie allemand exeellet-il dans l'histoire comme dans la philologie?
(1) Yoyei Philosophie de la tradition par Molitor, dont le premier volume a ètè abrégé et traduit par S. Xavier Quris.
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