‹ Au-dela du RhinChapitre 49 sur 65 · TOME lî · texte numérisé non relu

TOME lî

verbe mystique du christianisme devait devenir roi de la terre. Ces couronnes, ces dominations, ces empires que le démon avait souvent offerts à Jésus pour le tenter , devaient enfin devenir le prix du sacrifice consommé .

A la venue du christianisme, le monde étaitsoumis à la civilisation romaine; la langue, l'administration, les lois des Romains avaient passé dans les habitudes de la majorité des peuples. La foi du christianisme pénétra dans cette civilisation politique dont le caractère positif lui servit de fondement solide. H était heureux pour la parole chrétienne de se greffer sur le monde romain. C'était une de ces fortunes tenues en réserve parla fatalité pour les nouveautés qui doivent réussir.

Il y avait une terre , domaine particulier des maîtres du monde, couverte de villes florissantes, de temples et de forums ; toute la civilisation antique s'y était assise avec une majestueuse autorité. L'Italie au sein de l'univers historique, était pour ainsi dire chargée des dépouilles opimes ; le christianisme mit la main sur elle, et plaça la croix sur sa couronne; il se fit Italine.

Il y avait une ville superbe entre toutes , la ville par excellence, urbs, la ville de l'humanité qu'elle avait éerasée. Rome sommeillait affaissée sur ses prospérités et ses souvenirs, temple magnifique, n'enfermant plus que des Dieux impuissans. Sortez donc, divinités incommodes et surannées, un Dieu nouveau vous chasse, disparaissez. Vos enceintes lui convien-

nent; le panthéon d'Agrippa lui plaît : il quitte les catacombes poiirtràner dans vos temples; il est nouveau, voilà son titre; vous êtes vieux, voilà votre tort, mais les murs où vous séjourniez sont solides, et il estde bon augure pour un Dieu d'hierd'habiter la ville éternelle. Le christianisme se fit donc Romain 9 et c'est au Capitole qu'il prit le droit de cité pour le monde.

Italien et Romain, le christianisme se proclama facilement catholique. Comment ne pas songer dans Rome à l'empire de l'univers? Universel par son principe même, car l'amour est aussi vaste que l'idée, il joignit à sa propre catholicité les habitudes de l'universalité romaine. Du sein de Rome , il regarda le monde avec sécurité et résolut de l'envahir*

Les Gaules déjà dociles à la civilisation romaine acceptèrent mieux le christianisme mêlé à cette civilisation ; d'ailleurs l'esprit gaulois incline à ce qui est général et grand. L'Espagne ne répugnait pas non plus à ce mélange du génie romain et du christianisme.

Rome devenue chrétienne continua ses procédés de maîtresse du monde ; elle envoya le christianisme partout ; elle dépêcha ses missionnaires en Allemagne, en Angleterre, dans la saxe comme dans le Northumberland ; elle ne jetait plus dans le monde des armées et des proconsuls, mais des moines et des prêtres.

Cependant les peuples germaniques, après avoir été convertis par Rome , s'assimilèrent lentement le christianisme qui s'infiltra dans leurs veines, dans

leur sang, et se remplit lui-même du génie des peuples qu'il avait changés. Par un travail naturel lé christianisme de ces peuples fut différent et original. Rome continuait à vivre sans soupçonner la différence; l'originalité de ces peuples se développa longtemps sans se connaître.

Il y eut deux christiantemes, le christianisme italien et le christianisme germanique. Cette dualité exista dès l'origine, dans la nature des choses^ même quand Boniface était à Mayence, et Augustin à Londres ; le temps la développa, et un jour on vit réellement en présence les deux christianismes, le catholicisme et le protestantisme, discorde sortie des entrailles de l'histoire.

Cette discorde remplit le monde ; mais elle se trouve surtout en saillie en Allemagne. Nous laisserons la suitô même desévénemens, le seizième siècle, Lûthfer et l'édification de son œuvre. Nous apprécierons les deux christianisme tels qu'ils sont aujourd'hui. Nous tâcherons d'esquisser les principaux linéamens de leurs traits et de leur caractère.

Le catholicisme a donné au christianisme une forme politique et sociale pleine d'unité et d'harmonie. Il Fa vêtu de pourpre et Ta mis sur le trône du monde. Il lui a donné un chef visible et suprême qu'il a nommé le représentant de Dieu ; il a fait ce chef, le papfe, le successeur deà anciens César et rival des nouveaux. H a enchaîné le christianisme à la série des traditions religieuses et politiques qui l'ont précédé ; il l'a fortifie par l'héritage des doctrines

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orientales, de la philosophie platonicienne et de la législation romaine. Unitaire , traditionnel et politique, consciencieux de sa force, il a protégé pendant longtemps la liberté des peuples contre la domination des rois ; sitôt qu'il faiblit contre les puissances temporelles, il commença de décheoir. Il lui fut encore donné d'être poétique aussi bien que positif, et de charmer l'imagination des peuples, en même temps qu'il protégeait leurs intérêts.

Un jour, le 15 septembre 1883, après avoir quitté Salzbourg à cinq heures du matin, nous arrivâmes à Ischel, lieu charmant entre des lacs et des monta-' gnes, au moment où se célébrait le service divin et catholique. L'église était ouverte de tous côtés ; il y avait autant de fidèles à l'extérieur du temple que dans le vaisseau même ; le soleil versait ses rayons sur les ornemens des autels, des prêtres, et sur les nuages d'encens. Le chant religieux éclatait de toutes parts avec enthousiasme et ferveur; tous étaient heureux, et semblaient sentir la communication de Dieu, autant que le permet la grossièreté hu-t maine, À quelques pas de l'église on lisait cette inscription sur l'édifice des bains : In sale et in sole onmia consislunt. Il semblait que la nature tout entière, le soleil , l'homme et les élémens, venait demander au prêtre catholique sa bénédiction.

Mais c'est Dans Rome que se révèle tout-à-fait à l'esprit le génie du catholicisme. On voit dans quelles pensées et dans quels soucis il est entré en prenant possession de la ville éternelle. Il a conçu d'un

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coup l'empire du monde, le gouvernement des nations et des consciences. 11 a tout appelé à son aide, la science, la politique, l'art, la poésie ; il a été tour à tour, et selon l'opportunité, sévère, facile, sombre, joyeux, tolérant, rigide, voluptueux, austère. Rome nous montre tous ces moyens et tous ces contrastes. Elle a toujours marché au grand but de la domination, et dans cet acheminement elle a su long-temps se faire un cortège de toutes les puissances de l'humanité.

Rome était encore une fois appelée à dominer le inonde. En vain Constantin, dans son ardeur de , néophyte, construisit une ville nouvelle à l'ancien empire et à la foi récente ; sans le savoir il bâtissait le séjour de Mahomet et non celui de Jésus-Christ.

Le prêtre romain succédait à la grandeur du citoyen romain. Y avait-il quelque chose de plus irrésistible que la parole et l'autorité du prêtre catholique, de cet homme qui ne connaissait qu'un chef, le pape, et des inférieurs, les rois et les peuples ? Il siège dans la chaire sacerdotale , il y plane , il y tonne. Alors la parole tombait de haut : alors elle entrait avant dans les esprits et dans les aines. Qui pouvait prévaloir contre le prêtre, armé du double don de la foi et de l'éloquence? Il valait alors la peine de se dévouer à la religion ; on pouvait alors déchirer ses pieds dans les pl us rudes sentiers de la terre ; n'avait-on pas pour récompense les voluptés les plus pénétrantes, du dévouaient, de la gloire et de la force qui s'exerce?

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Je tâcherai d'indiquer clairement pourquoi le catholicisme déchut. Il s'était élevé de la moralité individuelle à la moralité sociale ; mais il sacrifia trop le foyer domestique à l'état ; il abondonna trop l'intimité du cœur et de la famille pour les affairespolitiques et les grands succès. Il n'entrait plus dans les maisons pour consoler et guérir, mais pour demander le denier qui devait servir à la décoration du Vatican. 11 trahit trop les espérances et les affections de Famé.

Il trahit encore la liberté des peuples après l'avoir servie. Cette moralité sociale dont il avait été l'instrument le plus énergique, se trouva destituée de son appui, au moment où plus que jamais elle avait conscience de ses droits. Le catholicisme ne fut plus rempli de cet orgeuil divin qui le poussait à s'élever au-dessus des rois, en élevant les peuples avec lui; il lia pacte et solidarité avec les puissances qu'il avait auparavant surveillées et combattues.

Enfin , après s'être servi de la science , il voulut l'arrêterdans son cours. De trèsbonneheure, lecatholicisme avait élevé une doctrine, une orthodoxie, qui avait été pour l'éducation et l'obéissance des peuples un moyen efficace. Mais plus il avait eu d'ardeur à fabriquer un système , plus il eut d'entètement à le maintenir immobile; et il se mit encore à trahir l'esprit humain , après l'avoir servi et s'en être servi.

En trompant à la fois l'intimité du cœur et de la famille > la liberté des peuples et l'indépendance de l'esprit humain , le catholicisme ne pouvait garder

toujours l'empire du monde, car enfih la puissance et la justice n'ont pas été condamnées à un divorce éternel .

L'Etfangilë est un admirable livre. Que ses quatre fragmens dus à l'esprit différent et gradué de Ma-> thieu , de Marc , de Luc et de Jean , répandirent driris les âmes de délectables émotions , quand ils commencèrent à être lus et enseignés dans les communions chrétiennes. Les hommes étaient alors fatigués des efforts fastueux et impuissans de la littérature antique qui déclinait; les anciens chefs-d'œuvre même ne convenaient plus aux dispositions des, cœurs. D'ailleurs il y avait une grande partie de rhumàtiité étrangère aux délicatesses des lettres , a leurs beautés raffinées, et qui attendait avidement

une forte et simple pâture. L'Evangile parut. Littérature du peuple , écrite avec la foi de Dieu , l'Evangile réunissait tous les caractères ; il avait la simplicité de l'enfance, les profondeurs du mystère et de la pensée, la tristesse du pauvre, les joies ineffables du croyant , la douleur et l'espérance. Oh ! saintes joies des premiers chrétiens ! Illuminations vives ! Réceptions délicieuses de la lumière divine ! Non , jamais le cœur de l'homme ne dut être plus remué par un livre , et par la lettre qui figure l'esprit.

Quelque chose d'analogue se passa en Allemagne au seizième siècle. Luther traduisit dans l'idiome national les deux témoignages du christianisme, l'ancien et le nouveau. Ce fut pour la moitié de l'Europe comme une nouvelle apparition de Moïse et de

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Jésus-Christ. On sentait comme aux premiers temps de la religion, le charme et la vertu de la parole, l'efficacité de l'Ecriture , et on se remit à être chré* tien avec une foi nouvelle. L'esprit de l'Évangile et le génie germanique resserrèrent leur union que Rome avait formée, mais qu'ensuite elle avait affaiblie , et le protestantisme s'établit.

Le christianisme politique contre lequel s'insurgeait l'esprit nouveau s'était incarné dans le pape ; le pape dut être l'objet de toutes les attaques de l'innovation. L'unité théocratique fut assaillie (1). A toute révolution il faut une colère et un cri : la colère et le cri s'élevèrent contre le pape , et les nouveaux chrétiens répétaient qu'ils avaient les plus évidentes et les meilleures raisons pour ne pas obéir au pape, ideo magnas, necessarias et manifestas causas habent omnespii, ne obtempèrent papœ.

Si l'invective contre le pape fut la forme saillante du protestantisme, l'intimité du cœur eu fut le fonds

(1) a Quum autem judicia synodorum sint ecclesiœ judicia, non pontificuro, praecipue regibus convenit,coercere pontificum, licentiara et efficere , ne ecclesiœ eripiatur facilitas judicandi et decernendi ex yerbo dei. Et ut reliquos errores papœ taxaro ccteri christiani debent, ita etîam reprehendere debent pontifie em defugientem et impedientem veram cognitionem et verarn judicium ecclesiae. Ilaque etiam siromanus episcopusjure divino haberet primatum; tamen posteaquam défendit irapios cultus et doctrinam pugnantem cum Evangelio non debetur ei obedientia. Ideo magnas necessarias et manifestas causas habent ovines piinû obtempèrent papœ. » Article de Smalkad , sous le titre de Potcstate et Primatu Papœ,

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précieux. Cette moralité du foyer domestiqué que le catholicisme ne favorisait plus trouva dans la réforme une satisfaction long-temps désirée. On lisait eu commun les Écritures dans la langue nationale ; on les commentait avec une piété à la fois libre et soumise. Et aussi se plaisant dans la solitude, le nouveau chrétien cherchait dans les tristesses mieux connues de l'Évangile une réponse divine à la mélancolie naturelle du cœur de l'homme. Comment une révolution religieuse qui concordait si bien avec les sentimens de la famille et de Faine n'eût-elle pas prospéré ?

La liberté de l'esprit humain était encore flattée par le mouvement nouveau. L'homme avait le plaisir d'examiner l'objet de sa foi; il croyait en jugeant. La science s'élevait à côté de la religion ; l'intelligence de l'Évangile non-seulement satisfaisait l'ame mais l'esprit, et le moment était proche où de l'amour on passerait à l'idée. Voilà pourquoi les docteurs, les sa vans et les professeurs inclinèrent si fort à la réforme. Pendant que les simples se réjouissaient par l'usage familier de la Bible et de la religion, les habiles et lesérudits goûtaient les plaisirs délicats de l'examen et de l'indépendance. ,

Au milieu de ces nobles prospérités , le protestantisme eut une disgrâce ; il subit trop la faveur et la protection des princes. Le caractère démocratique lui fut refusé. 11 trouva trop tôt des appuis et des représentai chez les puissans de la terre. Les électeurs, les ducs et les comtes se firent ses patrons, et contre

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leur sauve-garde il échangea sa liberté. De là cette déférence obséquieuse qui descendit parfois à la servilité ; de là cette soumission de la nouvelle Église aux anciens États.

D'ailleurs le protestantisme puisant dans la famille et dans les universités manqua dès l'origine du caractère sacerdotal, aussi bien que du démocratique. Le ministre de la nouvelle Eglise était un docteur, et non pas un prêtre; il conseillait, il n'ordonnait pas; il prononçait la prière , il ne consommait pas le sacrifice ; il n'avait ni l'audace de l'anathème , ni la majesté de la bénédiction.

Nous avons entendu à Berlin l'illustre Schleiermâcher dans la chaire de l'université et dans celle du temple. Professeur, Schleiermacher exposait avec lucidité la parole traditionnelle; c'était un admirable commentateur de saint Paul, un rationaliste expliquant la foi par les lois de l'intelligence. iMinistre, Schleiermacher était plus disert qu'éloquent, plus didactique que persuasif; il enseignait, mais n'entraînait pas ; on eût dit que ce vieillard se défiait de l'efficacité de son ministère ; il y avait comme une secrète ironie chez ce rationaliste interprète de la foi : tout conspirait contre l'ascendant sacerdotal, l'exiguité de la taille, la malignité de l'œil, la disgrâce du corps ; cet homme n'était pas un prêtre, il ne faisait planer sur son auditoire ni la bénédiction ni le tonnerre.

Quand le protestantisme se leva, il vint en aide à l'esprit du christianisme outragé par un long oubli.

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Nous Usons dans un écrivain contemporain de la réforme que la passion du Christ était traitée comme une simple histoire, et qu'on gardait un profond silence sur les fondemens de la foi. w Passio et satisfactio Christi, ut nuda historia veluti Odissea Homeri tractabatur : defide quaejus justitia etsanctitas cum haereditate vitœ œternœ adprehenditur, altum erat silentium. » Aujourd'hui le protestantisme rationnel a aussi oublié le dogme; dans la chaire du temple il est moraliste plus que théologique* Un catholique allemand caractérisait ainsi ce sacrifice du dogme à la morale. « Dans les églises protestantes la prédication se réduit à répéter chaque dimanche ceci : Christ fut honnête, il a recommandé à ses disciples d'être honnêtes; imitons Christ et ses disciples, soyons honnêtes. »

Dans ces dernières années les gouvernemens de l'Allemagne ont exigé certains sacrifices d'opinions et de différences dogmatiques. Le roi de Prusse a ordonné aux adhérens de Luther et de Calvin de concorder ensemble; ils ont trouvé dans une indifférence profonde les facilités de l'obéissance, et sur ce concordat la philosophie par la bouche de Hegel a prononcé ces mots : ils se sont unis dans la n«/lité.

Le protestantisme décline aujourd'hui parce quil délaisse la liberté des peuples, et encore parce qu'il est envahi par la philosophie contre laquelle même il commence à gronder; il n'est pas populaire; il a porté tous ses résultats scientifiques; mais il est en-

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core le prédicateur nécessaire d'une certaine honnêteté évangélique.

Opposez l'un à Vautre les deux christianisme*, vous trouverez le catholicisme majestueux sans énergie, dogmatique avec les vieilles richesses de l'esprit humain et la crainte de ses mouvemens nouveaux, oublieux du génie démocratique qui lui valut l'empire du mônde; vous verrez le protestantisme plus intime et moins social, envahi par le rationalisme, n'ayant pas souci de l'émancipation des peuples, dévoué aux puissances, et craignant pour lui-même les révolutions. Le principal caractère du catholicisme est sa haine contre la philosophie; celui du protestantisme est son impuissance à servir la liberté; la conclusion imminente est que l'avenir du monde n'appartient ni à l'un ni à l'autre.

Mais n'y aurait-il pas dans les profondeurs même du christianisme une vie latente destinée dans une époque future à un radieux éclat? Se faire cette demande, c'est poser la question du mysticisme.

Il y eut, dès l'origine des sociétés et des religions, une tradition toujours transmise et toujours perpétuée de quelques vérités élémentaires de l'humanité. Voir face à face ces vérités, la faiblesse humaine ne le pouvait. H fut donc nécessaire à la fois de les garder et de les voiler. Le mystère se transmit de génération en génération, comme l'enveloppe sacrée de la vérité. De là le mysticisme.

Le mysticisme est contemporain de toutes les religions officielles du genre humain. Il a toujours

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vécu derrière elles. Il a vécu sur les rives du Gange, parmi les anciens Perses; il fut égyptien, juif, aujourd'hui chrétien.

Les mystiques ont été à la fois mêlés aux manifestations vulgaires des cultes établis, et aussi en dehors de cette solidarité commune, en dehors de l'enceinte triviale du temple : les uns ont contemplé purement la vérité; les autres ont uni l'acte à la contemplation. Il y a les solitaires, les docteurs, les militants; les extases de Jean, la plume de Gerson, et l'épée du templier, appartiennent au mysticisme.

Le mysticisme est une surabondance de Dieu qui gonfle certaines ames, etqui consumerait les hommes vulgaires si elle débordait sur elle. Ecoutez un mystique, Angélus le Silésien (1).

GOTT KANIf ALLEtN VERGRUGEN.

Weg, weg, ihr Seraphira ! ihr kœnnt mich nicht erquicken. Weg, weg, ihr Heilligen! und was an urtcli thut blicken, Ich will nun eurer nicht ; ich werfe mich allcin In's ungeschaffne ffleer der blossen Gottheit ein.

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