‹ Au-dela du RhinChapitre 52 sur 65 · DER MENSCH IST EWIGKEIT · texte numérisé non relu

DER MENSCH IST EWIGKEIT

Ioh sclbst bin Ewigkeit, wenn ich die Zeit verlasse, Und mich in Gott, und Gott in mien zusammenfasse.

l'homme est l'éternité.

Moi-même suis l'éternité , si j'abandonne le temps, si je m'absorbe dans Dieu, et Dieu dans moi.

DIE UBER-GOTTHEIT.

Wass man von gotl gesagt, das gniiget mir noch nicht; Die Uber-gottheit ist mein Leben und mein Licht.

l'au-dessus de dieu.

Ce que Ton dit de Dieu ne me satisfait point. L'audessus de Dieu est ma vie et ma lumière.

Certes le mysticisme ne peut montrer plus naïvement cette plénitude de Dieu qui le caractérise. Mais outre ses élans d'amour, il s'est construit une science, qui aujourd'hui en Allemagne s'est partagée entre le catholicisme et le protestantisme.

Halle est le siège du piétisme. Le haut piétisme que représentent Tholuck et ses disciples, nie le rationalisme chrétien du protestantisme ordinaire , et s'élève à la conception des faits surnaturels de la révélation et du dogme, par un effort de la foi et d'amour. L'intelligence s'emploie à comprendre la nécessité de la foi et la sainteté de l'amour; elle met son triomphe dans sa soumission. Par le piétisme, le protestantisme échappe à la morale rationaliste; il

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reprend de la chaleur et de la passion; il renoue les traditions mystiques du génie allemand, et il prépare une révolution au sein des églises de Calvin et de Luther.

Munich est la capitale d'un mysticisme catholique qui veut à la fois honorer et dominer l'église officielle. Baader est le chef infatigable et persuasif de ces mystiques ultra mon tains : ses maîtres sont Jacob Boehme et Saint-Martin ; il les continue en les développant (l). Il se propose de raviver la lettre catho-

(1) Baader écrit quelquefois en français. Pour donner à nos lecteurs une idée de sa philosophie et de sa manière, nous citerons un fragment sur le temps, plein d'aperçus ingénieux. Nous avons retranché de ce morceau de longues notes. « Le mouvement accompli de la vie roule sur ces trois points de l'origine, de la permanence et de la rentrée, ou en autres mots, la production (la descente), la conservation et la réintégration (réascente). C'est dans ce sens que Dieu est représenté dans l'Écriture comme l'Être qui est, qui a été et qui sera toujours.

» C'est donc avec erreur qu'on a représenté jusqu'ici l'Eternité comme une présence immobile et glacée, ne voyant pas que dans cette présence les deux autres temps (le passé et l'avenir) doivent y être compris, afin d'effectuer l'existence ou la permanence accomplie dans ses trois dimensions. Tout ce donc qui est dans l'éternité, c'est-à-dire tout ce qui est reçu dans la vie accomplie (parfaite ou absolue, car c'est le sens vrai du mot : vie éternelle), doit se reconnaître comme existant toujours, comme ayant existé toujours et comme devant exister à jamais, et par là reposant dans son mouvement toujours et toujours se mouvant dans le repos, ou comme toujours nouveau et cependant toujours le même.

» A ce temps éternel, lequel on peut appeler avec Saint- Martin le temps vrai, on a opposé jusqu'ici le temps dans le sens

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lique par une invasion progressive de l'esprit : il voudrait régénérer ridée même dans la permanence des formes extérieures.

rétréci, dans lequel le présent manque toujours (parce qu'il n'y a que les deux dimensions du Ternaire complet du temps qui sortent, savoir le passé et l'avenir) et dans lequel le vide de la présence vraie n'est rempli que par une présence apparente {Prœsentia Phœnomenon).

» Apparence, laquelle on n'aurait pas tort de nommer Apparition dans toute la force de ce terme, et de nommer par conséquent ce temps dernier, dans un sens un peu plus profond qu'on n'est accoutumé de donner à cette expression, le temps apparent.

» Mais ce n'est nullement la présence apparente, c'est au contraire la négation absolue de toute présence vraie, laquelle se trouve opposée directement à la présence vraie, et l'opposition entre le temps vrai et le temps apparent n'est donc qu'apparente elle-même, au moins point directe, laquelle ne se trouve qu'entre le premier et un troisième temps, lequel on doit nom* mer le temps faux. En effet le Dualisme du temps apparent (haletant et palpitant toujours) se montre en dernière analyse comme l'effet d'une telle réaction négative s'opposant à la manifestation parfaite de la présence vraie, quoique cette réaction elle-même se trouve toujours réprimée de nouveau , de sorte qu'elle ne saurait jamais éclater elle-même, et qu'elle ne puisse manifester sa propre présence que négativement, c'est-à-dire par la non-manifestation de cette présence réelle ou du temps vrai. Le feu qui cherche ici de s'ouvrir ou de faire son explosion, n'est donc point un feu générateur et nourrissant , mais un feu destructeur, et l'inflaramabilité de ce feu (nommé dans l'Ecriture « le ver rongeur, ne mourant jamais d) fait le danger et pour ainsi dire le sérieux de chaque vie créée ou émanée (Periculum vitœ).

» Ce n'est point à tort qu'on a comparé plusieurs fois le

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Lepiétisme et le mysticisme catholique s'efforcent parallèlement de relever l'esprit chrétien; ils sont séparés aujourd'hui sans être hostiles ; peut-être se

mouvement de la vie dans le temps apparent avec le mouvement peVtpAertgue, celui-ci n'étant produit comme on sait que parce que ni la puissance qui réalise ou pose le centre, ni la puissance opposée, laquelle l'annule, ne sont en état de se faire valoir exclusivement. Cette comparaison, saisie organiquement; et non pas seulement mécaniquement, serait devenue plus instruisante si on eût bien considéré que les notions du centre et de la périphérie s'entendent ici dans leur rapport mutuel audedans d'un seul et même système organique ; car dans un tel système, ce n'est que par le repos (le posément) du centre que se fait le mouvement libre dans sa périphérie (dans son extérieur), parce que tout mouvement ne part que de l'immuable, comme ce n'est que par le non-repos de ce centre (c'est-à-dire son ouverture ou sa disparition) que s'effectue la géhenne de Parrêt du mouvement libre dans la périphérie. Au milieu de ces deux extrêmes se trouve un état troisième, c'est-à-dire un mouvement dans la périphérie qui n'étant ni appuyé par son centre interne ou propre (raison pour laquelle ce mouvement ne peut être libre), ni arrêté par l'ouverture de son autre centre , part d'un centre extérieur à l'être qui se meut de cette sorte dans la périphérie; et c'est précisément ce mouvement dans la périphérie qui caractérise le temps apparent.

» En effet nous nous trouvons renvoyés par l'Écriture même à cette théorie du temps (du monde temporel), lorsqu'elle appelle l'Esprit négatif le menteur et le meurtrier du commencement, c'est-à-dire du commencement de ce temps apparent; car commencer ce temps, ce n'est que finir (arrêter ou suspendre) pour soi-même le temps vrai, et celui qui à commencé (de cette manière) de passer, ne saurait plus (au moins réduit à ses propres fonds) finir dépasser.

» Supposons naître au milieu d'un système des êtres une ac-

m AU-DELA. DU ROI*.

combattront-ils un jour , mais nous les croyons destinés à une réconciliation qui consommera l'unité du mysticisme chrétien.

tion contrariant et menaçant l'unité et l'harmonie active de ce système. On comprend que le rapport (ou la relation) du centre d'un tel système avec cette action ne peut plus rester le même et qu'il doit changer sur l'instant. Si l'agent daus le moment de la naissance de cette action réfractaire se trouva en relation directe ou totale avec ce centre, celui-ci réagira à son tour dans sa totalité ou directement sur et contre cet agent pour arrêter et annuler son action ou pour Y éloigner de soimême, pas absolument il est vrai, parce qu'un éloignement absolu sera un anéantissement absolu, mais relativement, c'est-àdire l'agent rebelle cessera de se trouver en rapport actif direct avec le centre producteur. Il ne sera plus soutenu et rempli par lui qu'extérieurement, de sorte que la durée d'un tel agent ou être ne se trouvera plus fondée que dans son intérieur, tandis que, dans son intérieur, cet être ne se trouvant que dans une étisie permanente ne puisse faire que désiner ou descendre toujours; désinence inarrêtable dans l'intérieur, correspondante au placement, pour ainsi dire, inamovible dans l'extérieur (c'est-à-dire dam l'espace).

» Un agent au contraire, lequel dans le moment de l'exercice d'une telle action contrariante l'unité du système, ne se trouva pas dans un rapport direct ou total avec cette unité, ou un agent dont l'action contraire n'aura pas attaqué directement le centre, mais seulement indirectement, ne ressentira pas non plus la réaction directe supprimante ou le poids total du dernier, et tant son éloignement du centre que l'anéantissement dans son intérieur (comme l'effet naturel de cet éloignement) ne seront donc non plus qu'indirectes ou partielles.

)> C'est précisément dans ce dernier cas que se trouve l'homme dans ce temps apparent, vis-à-vis ou au-dessous de la Divinité, et il sera instructif de développer quelques caractères de ce

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Quand le mysticisme chrétien sera sorti élémentaire et simple du dualisme et des variétés qui le partagent , les formes antiques n'en pourront supporter l'esprit et le feu, elles tomberont.

temps, lesquels, très obscurs d'ailleurs et incompréhensibles, s'expliquent très naturellement quand on les considère sous ce point de vue.

» Premièrement si dans ce temps apparent l'homme ne peut trouver jamais Faction totale du centre, il suit qu'il ne puisse jamais trouver son Dieu total autant qu'il ne se tient que dans ce temps. Tout ce qui se présente à lui dans ce temps et l'espace le sollicite donc (ou d'une manière douce ou d'une manière terrible) d'en sortir; car ce n'est, comme on le sait parfaitement en théorie, quoiqu'on l'oublie toujours dans la pratique, qu'une illusion quand cet homme abusé toujours de ce temps, y crotf pourtant toujours, c'est-à-dire quand il espère toujours de trouver dans un autre point ou partie de ce même temps ou de ce même' espace ce qu'il n'a pas pu trouver dans un ptemier. — Toutes les soi-disantes démonstrations de Dieu ou proprement tous les cultes, qui ne vont pas effectivement sortir du temps, ne vous manifesteront donc jamais ce Dieu total dont vous sentez le besoin. Enfin comme c'est la nature de chaque fraction de l'unité de diminuer dans sa valeur en proportion qu'elle monte dans ses puissances, et de s'approcher par cette progression ou croissance vers le néant, on voit donc pourquoi chaque être temporel n'étant qu'une fraction de l'unité et point un entier dans son ordre (raison par laquelle il est composé en essence et dissoluble), et ne pouvant s'élever dans ses puissances qu'en se séparant toujours plus de cette unité centre, doit en croissant s'épuiser toujours plus (c'est-à-dire vieillir) et que sa vie (temporelle) même le doit mener à sa mort.

» Une autre conséquence, plus consolante de cette manière de voir, est la suivante, savoir, que dans la notion d'un temps apparent même se trouve comprise celle d'une rédemption ou

Mais au-dessous du mysticisme chrétien il y a le mysticisme de l'infini. Si belle que soit la tradition chrétienne , elle n'est point égale à l'universalité des

réintégration possible, et que par conséquent la nature temporelle se montre comme la première religion. C'est l'amour miséricordieux qui temporise avec ses enfans égarés, et l'eau élémentaire, nommée par Steffens la larme de la nature, peut donc être nommée par la même raison la larme première de cet amour. — En effet, comme la communication indirecte de l'être encerclé dans ce temps se présente comme communication médiate, l'idée d'un médiateur nous rencontre, comme le fil d'Ariane, du moment que nous entrons dans ce temps.

» Cette communication médiate en étant plus extérieure , c'est-à-dire plus abaissée ou déprimée que la communication directe, il suit que le centre même, autant qu'il soutient sa communion active avec l'être dégradé, se trouve à son tour dans une espèce de dépression : dépression laquelle on aurait pourtant tort, de la croire être autre chose qu'une émanation descendante de ce centre (y amour descend), lequel se fait ou rend organe par cette émanation ou descente, sans cesser pourtant de demeurer centre ou principe. Cette émanation, en suspendant ses puissances développées (sa gloire, Philip., 2, 6, 7), en s* expatriant, se réduit donc à l'état inostensible de germe ou de racine, pour pouvoir semer dans les êtres dégradés, afin que par sa réascension ou croissante elle puisse les réunir et lè*s relever en et par soi-même dans le temps vrai, comme la se* mence d'un arbre, en rassemblant dans son unité collective les puissances végétatives, dispersées et supprimées par leur dis-» persion, dans la terre, les relève avec soi au-dessus de cette terre. Mais regardez ici l'industrie de cet amour! Car ce centre générateur en devenant régénérateur, c'est-à-dire en descendant plus profondément dans son propre être, pour y puiser cette émanation régénératrice, trouve par cela le moyen d'eiitrer aussi plus avant dam les êtres à régénérer, de sorte que

DEUX CHRISTIANISEES, \HQ

choses. I/humariiténe peut s'enfermer éternellement dans la conception hébraïque de la cabale et de l'Évangile^ Le christianisme, si pur et si éthéré qu'on

ceux-rci, après leur régénération ou réintégration) se trouveront plus intimement unis et plus élevés. dans leur centre gé* nérateur qu'ils ne Tétaient avant leur chute ou départ, et qu'ils se trouveront dorénavant inséparables ( illabiles ) de la vie du centre; à peu près comme nous voyons la nature organisatrice fortifier toujours une partie blessée de l'organisme et la rendre moins vulnérable pour l'avenir ! Félix culpa ! — *

» On le trouvera bien clair sous ce point de vue* qûeVatkée (ou celui qui* s'opposant à la manifestation complète de Dieu dans son intérieur , pourrait être nommé Déicide) ne nie que cette manifestation intérieure ( morale comme, on dit ) de ce Dieu, mais non pas sa manifestation extérieure, nommée par lui lôiêde la nature> sort, fatalité, etc., etc., et on ne peut réfuter un tel athéequ'en lui montrant que sa propre anomie (privation intérieure de toutes lois) contre laquelle il oppose vainement son autonomie mensongère, ou en autres mots : que sa séparation intérieure de Dieu n'est que son propre ouvrage et l'effet de sa propre faute.

iV A la notion du temps apparent se lie étroitement celle de la pesanteur. On nomme pesant, dans le sens le plus général, ce qui* séparé intérieurement de son principe générateur et abandonné àsoi-même et dans l'impuissance de se soutenir (enexis« tence), et a besoin pour cela d'un secours extérieur > pour conserver et entretenir* une communion (indirecte) avec ce principe, parce que sans cette communion il n'y aurait point de conservation ou permanence. Et il semble être important de fixer l'identité de ces deux notions, savoir celle de la conservation d'un tel être et de son support (ou pour ainsi dire, remplissèment, extérieur. , u Comme l'être temporel > séparé de son centre, ne le comprend plus dans soi-même, ou comme cet être n'est pas rempli tome ii. 14

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se le réprésente , est lui-même une forme matérielle, en face de l'idéalité, éphémère en face de l'éternité. De toutes les traditions du monde et de la verre

(intérieurement), c'est-à-dire comme il est vide de lui, il doit trouver dans sa propre circonscription la même impuissance de soutenir ses élémens ou facteurs dans leurs centres respectifs (de les remplir), et il sera montré dans une autre occasion-comment cette constitution de l'être temporel a pu donner naissance à cette théorie des atomes, prise par les philosophes anciens grecs dans un sens beaucoup plus profond , que par nos mécaniciens modernes depuis Descartes, En effet , la même ten- # dance, ou pente de se séparer de son centre, soit par une explosion, soit par une dissolution, se continue daus ce même-être tombé, lequel, ou après qu'il a conçu là volonté rebelle de surmonter son centre, ou la volonté basse de se subordonner à un centre inférieur, ressent naître cette même volonté, réfraotaire ou basse, dans tous les points de sa circonscription particulière, parce que le principe supérieur, porteur ou élevant et soutenant (le centre de gravité ou rorient)fest en^même temps h principe unissant, substantant ou corporisantpour chaque étro.

» Pour chaque être séparé de son centre générateur, et tombé dans une enceinte plus extérieure (donc plus étroite) , on peut donc fixer l'échelle suivante pour sa réascension ou réintégration possible. 1° Désordre ou solution de la vraie continuité ou corporation supérieure (laquelle se montre donc, relativement a cette enceinte inférieure, comme une corporation dans Tordre des principes) : on peut nommer cet état de désordre celui de l'abîmation ; "2° immédiatement à cet état succède un rassemblement forcéou une corporisation inférieure et extérieure, laquelle sert pour fixer un esprit central et de ralliement, sur elle. Cette corporisation (laquelle ne peut exister que par une translocation ou transposition (sensible et douloureuse) de ses élémens, parce que l'être qui se corporise de cette manière inférieure est lui-même transposé ) sert -à la réunion des débris

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même de l'esprit humain peut seulement sortir la satisfaction Véritable de l'humanité. Le mysticisme de l'infini absorbera par une supériorité nécessaire

épars de cet être comme en même temps à la séparation de ceux, lesquels se trouvent dans un rassemblement contre nature, afin que, tant par ces ralliemens que par ces séparations, cet être se corporisede nouveau dans Tordre supérieur, comme arme et résistance contre une action opposée à cette corporisation dernière, action laquelle se tâche de se corporfoer ou de se substanter û son tour, mais se trouve toujours empêchée dans cette entreprise pour lacorporisation régulière extérieure; 3° enfin, après que le but de celte corporation inférieure est rempli, c'est-à-dire que la corporation supérieure et dorénavant indissoluble est finie, la mort, ou la dissolution de la corporation inférieure, doit coïncider avec la génération accomplie de la corporisation supérieure, comme l'échafaudage s'écroule après que la maison est bâtie.

>► C'est donc dans un sens très vrai qu'il nous est dit dans les Proverbes que chaque être ici-bas a son temps, lequel doit finir pour lui ou quand il en a fait tout l'usage bon pour sa corporisation supérieure, ou quand il en a fait l'usage contraire. — Le même temps, c'est-à-dire la même matière corruptible donnée à l'homme pour sauver sa vraie ame, s'il en fait usage d'un holocauste (Moïse, III, c. xvii, v. h) exerce donc un effet bien différent sur un être lequel, ou en tant qu'il se trouve déjà dessous, ce temps, et c'est très justement que Saint-Martin disait : que cette mature externe exerce la fonction de tenir en dissolution continuelle l'être pervers, afin que le mal ne puisse jamais prendre nature ou corps.

» Ce penchant intérieur, à tomber et à passer, se fera donc remarquer dans tous les êtres temporels, mais d'une manière différente, selon que ces êtres n'étaient destinés par leur origine qu'à une communication indirecte avec le principe générateur (ce qui s'applique à toutes les créatures proprement

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ici mysticisme chrétien . Cela fait, des formes nouveiles s'élèveront sur la face changée de la terré , au milieu des hommes convertis,

dites temporelles ), on selon que ces êtres, comme l-homme étaient- destinés par leur origine à une communication directe et entière avec Dieu. Distinction, laquelle nous donne des lumières pour discerner entre la création et Y émanation. Savoir un être créé est proprement celui qui, en sortant de son prin cipe générateur, s'en trouve dans son action séparé intérieure* ment, ce qui prouve qu'il' n'est pas sorti qu'indirectement de ce principe. Au contraire, l'être émané est celui qui, sorti directement* de» son principe, entre ou peut entrer en rapport direct avec lui. Le premier être pèse, mats pas l'autre dans son état originel, lequel, dans cet état, quoiqu'il ne soit nullement son propre appui (prérogative du Dieu seul, qui seul se porte *oiméme), le trouve pourtant en dedans de sa circonscription, et ne connaît donc pas le besoin de sortir de soi-même pour le cher-, cher c&Àors. C'est pourquoi le souffle vivifiant donné à l'homme (selon la Genèse) ne fut pas une création, mais une émanation, et cette émanation aurait dû, soutenir et soulever tout le reste créé de cet homme (ët par lui toute la créature. Romains S1 19) dans la ligne des êtres inoréés. Après donc que l'homme par sa chute à enseveli pour ainsi dire ce souffle divin (divin œ particwlam aurœ) sous1 les décombres de sa partie créée, et qu'en se créa turi saut par cela tout* entier, a fait rétrograder cette ascen te intentionnée delà part de Dieu, il fallut donc que ce souffle fût ressuscité de riouve.au, afin que l'homme entier puisse être élève d'un homme naturel et créé en homme«espiit et enfin en enfapt de Dieu (I. Gorinth. 15, 45). Car l'émanation a la même relation à la génération, 'laquelle se montre entre la faction d'un œuvre et la création. w , , \ ■

; ; »> Nos1 philosophes modernes ont • dono mal saisi cette pesanteur, prise dans le se ml le plus général, en la confondant avec ^attraction» Car sûrement ce qui tombe est censé < se trouver

DEUX GHRI8TIANISMES. 1 &3

{/Allemagne , comme si elle eût voulu obéir à; rJa> parole de Novalis, a ouvert, pour ainsi parler , une école de christianisme scientifique, ^t *le disciplines

tout-à-fait dehors et dessous sa loi, donc dans le» ténèbres absolus, ot n'ayant, nullement présente dans son intérieur la direction (but ou guide) son mouvement, présence laquelle au contraire caractérise exactement le mouvement de l'attraction, et nous donne la raison de la clairvoyance de Vamour comme de l'aveuglement de chaque passion. Car celui qui est entraîné par sa passion, se trouve, comme dit le Christ, dans les ténèbres, et ne sait pas où il va.

»J'ai fait déjà remarquer ailleurs cette différence essentielle se trouvant entre la pesanteur et l'attraction dans toutes les régions, et il sera développé dans mon ouvrage, sur la religion, comment cette manière fausse d'envisager cette pesanteur où le temps apparent a dû contribuer à obscurcir jusqu'ici nos vues tant dans la science de la nature externe que dans celle de l'homme. En effet et prenant ce mot pesanteur ici dans le sens actif, ou comme le poids, lequel pèse sur un être, il est clair que comme l'air ne pèse que sur les corps qui en sont vides, ou lesquels cet air ne remplit pas, l'esprit, l'air divin ou la la parole ne pèsent sur nos ames qu'autant elles s'en trouvent vides, ou qu'elles tiennent fermé l'accès à cet esprit ou à cette parole, air ou souffle. C'est dans ce sens que saint Paul nous dit que nous ne restons au-dessous de la loi, que nous n'en sentons le poids qu'autant que l'esprit de cette loi ne nous remplit et ne nous soutient pas. C'était donc une méprise assez grande de plusieurs de nos moralistes modernes, dont le coryphée fut le célèbre Kant, quand ils voulaient fonder leur morale sur l'impérative seule de la loi, et en exclure l'optative, c'est-à-dire nous mettre dessous la ligne d'un être, lequel nous contient par la crainte, sans pourtant nous mettre en rapport ou contact avec l'être lequel nous remplit et soutient par Vamour. — C'est pourquoi la morale de ces néologues, comme leur physique, ne

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religieuses. Elle concourt à la religion future du genre humain par sa théologie , comme elle y travaille par sa métaphysique.

pouvait guère nous intéresser jusqu'ici que comme ces récits des sections des cadavres, parce que ce n'est sûrement que sur des ames vides de la vie, comme sur une nature sans vie, qu'ils ont appliqué leurs observations et leurs analyses. •

TÏII

CjOoqIc

£ituatt0tt Sittètaixt.

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Kein Augustich Alter blûhte, Keines Medizârs Gûte

Là elle lie der deutschen Kunst j Sie ward nicht gepflegt vom Rhume, Sie ëntfaltete die Blume •

îficht am Sfrâhlider îiirstengunst.

Von dem grôssten deulschen Sohne Von des grossen Friedrichs Throne

Ging sie schutzlos, ungeehrt.

Rûhmend darfs der Deutsche sagenf Hoher darf das Herz ihm schlagen :

Selbst erschuf er sich den werth >

Darum steigt in hoherm Bogen, Darum stromt in Tollern wogen

Deutscher Barden Hochgesang, Und in einerîûlle schwellend, Und ans Herzens Tiefen quellend,

Spottet er der Regeln Zwang.

Il n'y eut point de siècle d'Auguste pour la muse allemande, et les faveurs des Médicis ne lui sourirent pas. Elle ne fut pas caressée par la gloire , et elle n'épanouit pas ses fleurs aux rayons des royales faveurs.

Elle s'éleva sans protection et sans honneur auprès du trône du plus glorieux enfant de l'Allemagne; du

grand Frédéric. L'Allemand peut dire avec orgueil ,

et son cœur peut battre plus fortement à cette pensée, qu'il s'est créé à lui-même sa propre valeur.

Aussi le chant des bardes de l'Allemagne s'élève au sommet des monts et roule librement avec les vagues et les flots. Il se gonfle dans son abondance, dans sa richesse, et jaillissant des profondeurs du cœur, il se rit de la contrainte dés règles.

A cette noble origine, chantée par Schiller, qui fait sortir l'art allemand de l'ame même et des mœurs de la nation, il faut joindre cet autre avantage que la littérature et la philosophie se développèrent ensemble. Les lettres allemandes arrivant les dernières parmi les littératures de l'Europe à l'harmonie et à la gloire, la réflexion dut être leur caractère.

Tout ce qui écrit en Allemagne a l'esprit philosophique de la nation, et la métaphysique à des degrés différons, est partout présente. Ceux même qui ont voulu écrire contre elle en ont porté l'empreinte.

La période illustre de la littérature allemande commence avec Kant et finit avec Hegel. Elle trouve son caractère dans l'union de l'art et de la philosophie. En France le siècle littéraire précéda l'âge philosophique ; en Allemagne la philosophie et les lettres brillèrent à la même époque. Leur plus grand médiateur fut Goethe.

Qu'il fut favorisé dans l'opportunité de sa venue !

il fut le premier et Je dernier dans la gloire littéraire de son pays; il cueillit les premières fleurs et les derniers fruits. Il a tout vu et il a tout fait. Que pouvons -nous dire de mieux que lui appliquer ces vers de Schakspeare :

Hislife was gentle; and the éléments

So rnixM in him, that Nature might stand up,

And say to ail the world : This toàs a tnan ! (1)

« Sa vie fut calme et les élémens de son être si » heureusement tempérés, que la nature put se lever » et dire au monde entier : Voilà un homme. »

Nous ne songeons point à énumérerici les œuvres de Goethe; ce serait revenir sur soixante années , et sur des choses déjà racontées par plusieurs» Mais Goethe appartient à notre sujet par sa mort qui affli* gea l'Europe en l'an 1832; par une heureuse occurrence, Tannée qui suivit cette triste disparition nous donna une œuvre posthume de Goethe quiles résume toutes, et par laquelle il semble avoir voulu clore ses propres travaux et ceux du siècle littéraire dont il fut le héros. Nous voulons parler du Second Faust* Nous tâcherons, après une rapide analyse, d'en démêler le sens intime et philosophique. Seulement que ceux qui liront ceci renoncent pour quelques instans aux notions ordinaires de la réalité : si l'on n'entrait pas dans l'école de la philosophie sans

(l) Julius Cœsar, dernière scène.

SITUATION LITTÉRAIRE* ]6l

avoir l'esprit logique et géomètre , on* n*entre pas davantage dans le monde du poète, sans quelque ressemblance avec son: imagination divine.

Faust n'est pas mort ; il a fui avec Méphistophelès de la prison de Marguerite ; mais il né pouvait pas enfermer sa vie dans la destinée de cette fille. F! rentré dans l'action et reprend lé déploiement de sà force. Nous le trouvons, au début du drame, ter trempant sa vigueur dans lé sommeil. Des esprits l'environnent, révêtus de formes gracieuses et jolies. Ils chantent, ils célèbrent la nature. Faust se réveille. Lui aussi il s'adresse à la nature, puis il rétombe sûr lui-même, et il retrouve dan» son cœur le feu qui le dévore.

Des Lebens tackel wolten Wir enizûnden,

Ein feuermcer umschlingt uns, welch'ein feuer.

Isfs Lieb?IstrsHass(l)'!»

« Voulons-nous exciter le flambeau de la vie, une » mer de feu nous enveloppe : et quel feu ! Est-ce » amour? est-ce haine? »

Mais nous voici dans le conseil d'état de l'Empereur, présidé par le chef même de l'Empire. L'Empereur, environné de ses sages, demande ce qu'est devenu son fou ; mais le fou s'est rompu le cou, en descendant l'escalier, et Méphistophelès le remplace

(l) Faust, Zweiter Theil, page 7, édition Stuttgard, Î833.

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