‹ Au-dela du RhinChapitre 53 sur 65 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

incontinent. La séance du conseil s'ouvre. Ici le poète verse la plus amère ironie sur l'état social; le chancelier se lamente sur la corruption de la justice et de la religion ; le général déplore l'absence de patriotisme, l'égoïsme des bourgeois , la licence de la chevalerie; le trésorier renchérit sur ces doléances, car les coffres de l'Etat sont vides ; personne ne veut secourir l'intérêt général, ou celui de son prochain. Le maréchal du palais parle des énormes dépenses et des dettes de l'Empereur. Le fou est consulté à son tour. Il répond que, puisqu'il n'y a pas d'argent sur la terre, il faut en chercher dessous; la sagesse sait se procurer ce qu'il y a de plus profond;

Doch Weisheit weiss das Tiefste herzuschaffen.

Il y a de l'or au fond de la terre; il y a pour le trouver la nature de l'homme et la force de l'esprit.

Ici, le chancelier se met en courroux :

Natur und Geist— sospricht man nicht zu Christen.

Desshalb verbrennt man Atheisten

Weil solche Reden hôchat gefàbrlich sind.

Natur ist Sûnde, Geist ist Teufel ;

Sic hegen zwischen sich den Zweifel,

ïhr missgestaltet Zwitterkind (1).

« Nature et esprit ! ... on ne parle point ainsi à des

(1) Faust, seconde partie, page 15. t-

chrétiens. Pour cela on brûle les athées, parce que de pareils discours sont très dangereux. La nature est le péché, l'esprit est le diable. Ils nourrissent au milieu d'eux le doute, leur enfant difforme et bâtard.

La réponse de Méphistophelès est une moquerie excellenté :

Daran crkenn' ich den gelchrten Herrn ! Was ihr nich tastet, steht euch meilenfern ; Was ihr nich fasst, das fehlt euch ganz und gar ; Was ihr nicht rechnet, glaubt ihr sey nicht wahr; Was ihr nicht wâgt, hat fur euch Kein gewicht ; Was ihr nicht munzt, dàs, meint ihr, gelte nicht (1).

Je reconnais là ces savans messieurs. Ce que vous ne palpez pas est pour vous à mille lieues; ce que yous ne saisissez pas vous manque entièrement; ce que vous ne comptez pas, vous ne le croyez pas vrai; ce que vous ne pesez pas n'a pas pour vous de poids; ce que vous ne monnayez pas n'a pas pour vous de valeur.

Survient un astrologue qui partage l'avis de Méphistophelès; et l'Empereur décide qu'après le carnaval on exécutera ce qu'a proposé le fou, c'est-à-dire qu'après le plaisir, on cherchera de l'or pour se procurer du plaisir encore.

Où sommes -nous? dans un monde enchanté. Les oliviers, les fleurs et les fruits se mettent à former un chœur avec de jeunes filles qui les cultivent.

(1) Faust, seconde partie, page 16.

164 AU-DELA DU A Bill»

Vient ensuite Polichinelle, puis des parasites, des ivrognes et des satyres. Les Grâces leur succèdent; elles sont remplacées par les Parques; la Crainte et la Pudeur prennent ensuite la parole ;Zoïle-Thersite intervient, enûn après un jeune conducteur de char, parait Plutus.

Plutus se met à réprandre des richesses infinies devant la foule qui se précipite sur elles. Cependant les gnomes, les géans. et les nymphes servent d'escorte au grand Pan qui est l'Empereur même ; le maître du mon de se brûle en se jetant sur les richesses qui allument dans ce monde enchanté aussi bien que dans toutes les ames un vaste incendie. .

Dans un riant jardin, l'Empereur se repose de ses. distractions magiques : son trésor regorge d'or et de billets; le trésorier, le chancelier et le général sont dans l'ivresse ; les courtisans sont comblés de dons ët de cadeaux ; tous sont heureux,

Après une conversation dé Faust et de Méphistophelès, un chambellan rappella à ce dernier qu'il doit une évocation d'esprits (Geisterscene) à l'Empereur qui est impatient delà voir. Après plusieurs fantômes, Hélène parait. Faust est dans l'enivrement,, il s'écrie que dès ce moment il commence seulement à vivre. Il ne veut pas la céder à Paris; et par sa violence il dissipe l'enchantement de la scène que termine une explosion magique : Faust tombe anéanti par un amour trop vif de la beauté.

Nous sommes, ati second acte, dans le cabinet de Faust : Méphjstophelçs remarque que rien n'est

SVTUÀTIOfC LITTÉRAIRE. 163,

changé dans la chambre du savant; tout est resté a la même place.

Sogar die Feder liegt noch hier,

Hith welcher Faust dem Teufel sich verschrieben .

Voici encore fa plume avec laquelle Faust a signé son engagement et son pacte avec le diable.

Méphistophelès secoue la pelisse du docteur et en fait scfrtir une nuée d'insectes , de cigales, qui célèbrent par leurs chants le retour de leur patron.

Willkommen, willkommen Da alten Patron, Wir schwben und summen Undkennen diohschon.

Sois le bien venu , noire ancien patron ; nous volons en bourdonnant autour de toi et nous te reconnaissons.

Méphistophelès appelle un serviteur.

Heran, mein freund, ihr heisset Kicoderaua?

FAMtJLCS.

Hochwûrdiger herr! So ist mein Ufam's — Oremus.

Holà, mon ami, vous vous appelez Nicodémus?

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