‹ Au docteur Auguste PettitChapitre 3 sur 3 · DOCTEUR RAYMOND BONNEAU · texte numérisé non relu

DOCTEUR RAYMOND BONNEAU

Ancien Interne des Hôpitaux Chirurgien de V Hôpital Saint- Jacques

Mon cher Auguste Pettit,

Il y a quelques vingt cinq ans, vous étiez chef de laboratoire d’Albarran, etmoi interne à Necker. Nous nous rencontrâmes, certain soir, à la salle de garde avec d'autres collègues amateurs de musique. L’exécution ne fut pas particulièrement brillante, mais cette réunion m’a laissé un bon souvenir puisqu’elle fut l’origine de la profonde amitié qui nous unit et qui me vaut aujourd’hui l’honneur de prendre la parole au nom de tous vos amis, dont quelques uns sont présents, tandis que d’autres, plus nombreux, Français et Etrangers, retenus au loin, sont de cœur avec nous.

Les premiers qui se présentent naturellement à mon esprit sont ces instrumentistes et ces chanteurs qui constituent le groupement musical dont vous fûtes l’organisateur persévérant. Laissez-moi croire qu’ils ont facilité d’une façon indirecte vos travaux anatomo-pathologiques, en permettant à votre esprit de prendre un harmonieux repos, tandis que, de votre côté, vous leur imposiez la discipline orchestrale grâce à vos précieuses qualités de clarté et de méthode. Vous avez su composer avec dilettantisme nos programmes, en découvrant dans les œuvres anciennes, des morceaux peu connus, et en associant aux classiques consacrés

des modernes parfois osés, mais toujours dignes de votre choix II est vrai que nous possédions le précieux avantage d’avoir pour collègue de pupitre un éminent savant qui est en même temps un exquis compositeur, auquel nous devons notamment une cantate et un quintette qui ont constitué notre meilleur moment musical.

Quant à vous, non seulement vous êtes l’animateur de notre petit orchestre, mais encore l’exécutant de ressource, passant de l’alto au violon, inventant les timbales, jouant avec brio de la trompette et du cor. L’orgue Mustel qui vous est offert aujourd’hui, conformément à vos désirs, va donner un' nouveau lustre à nos séances. Avec lui nous exécuterons nos plus beaux airs en l’honneur de votre élection à l’Académie de Médecine.

A côté de la petite phalange des musiciens se groupe la masse imposante de nos confrères Médecins qui ont eu besoin de votre science. Embarrassés par un diagnostic, inquiets sur la nature d’une tumeur, hésitants dans leur thérapeutique, ils ont trouvé en vous l’homme cordial, précis et discret, et ils vous en sont reconnaissants.

D’autres faces de votre caractère ont été fort appréciées. Dans les petits différends scientifiques où les convictions sincères poussées à l’extrême sont sur le point d’égratigner les personnes, ne vous a-t-on pas vu intervenir en arbitre judicieux, affable, écouté.

Les malades, eux aussi, ont bien su forcer la porte du Savant ne faisant pas de clientèle, et vous leur avez prodigué les conseils les plus utiles et les plus désintéressés.

Pendant la guerre vous avez su montrer qu’un homme de laboratoire habitué à lire dans un microscope et à manipuler des cobayes, pouvait être au moment du péril un homme de courage et d’initiative. Vos chefs militaires ont reconnu vos mérites en vous décernant, au cours même des hostilités, la croix

de la Légion d’honneur qui eût été aussi bien la juste récompense de vos travaux scientifiques en temps de paix.

Vous m’en voudriez si, regardant maintenant tout près de vous, je n’associais pas à votre triomphe Mademoiselle Marthe Pettit, votre excellente sœur et votre meilleure amie, qui a bien droit à une citation.

N’a-t-elle pas été l’aide réelle des débuts pénibles, le soutien matériel et moral, partageant intimement vos travaux, collationnant les observations, classant les fiches, corrigeant les épreuves d’imprimerie. Elle a aussi pris part à vos délassements, puisqu’elle est le délicieux soprano de nos cantates, la pianiste virtuose, la copiste des partitions, et encore la compagne au pied solide qui vous suit dans vos excursions en montagne. Fêtons-la donc joyeusement.

Mon cher ami, au cours de vos années de lutte et de progrès, vous vous êtes acquis de nombreuses sympathies, mais maintenant que, suivant l’expression consacrée, “ vous êtes arrivé ” combien de nouvelles relations ne vont-elles pas s’offrir à vous. Si brillantes soient-elles, je suis bien certain qu’elles ne vous feront pas oublier celles du vieux temps, et que rien ne sera changé dans votre manière droite et simple d’envisager la vie. Soit sur le chemin qui mène de votre petite maison de Vanves à l’Institut Pasteur, accompagné de votre brave chien “ Bout de Bibi ” (encore un bon compagnon celui-là î), soit dans nos réunions intimes, soit dans votre laboratoire, on vous retrouvera semblable à vous-même, assidu dans vos travaux, régulier dans vos plaisirs, fidèle dans vos affections.

Il ne me reste plus qu’à vous remercier d’avoir bien voulu qu’à côté des Savants qui célèbrent aujourd’hui avec tant d’éclat votre gloire scientifique, se fit entendre une voix bien plus modeste, celle de la seule amitié. Vous n’attendiez, certes pas d’elle un superbe discours. Elle aura cependant tenu son petit rôle si elle est parvenue à votre cœur.

DISCOURS

DU

DOCTEUR NOËL FIESSINGER

Médecin des Hôpitaux Professeur agrégé à la Faculté

Mon cher Maitre,

Je ne crois pas être le plus ancien de vos élèves, mais je voudrais être parmi les plus fidèles. Je suis de ceux qui sont allés vous trouver au Muséeum d’histoire naturelle. En 1905, j’étais interne à Necker, je désirais travailler au laboratoire et l’histologie m’intéressait. Je ne sais plus quel ami dont le conseil me fut précieux, m’engagea à aller vous trouver au fond de vos cours de la rue Cuvier. Votre laboratoire à ce moment était bien pauvre, on disposait pour tout d’une platine chauffante; il fallait apporter ses réactifs et son alcool. Dans une petite chambre chauffée par un poêle à gaz dont le ronflement se mêlait au bruit des microtomes, le patron travaillait. Ce n’était pas un patron, mais un ami. Oh! Je veux bien! un ami pas toujours facile. Votre minutie vous poussait à des critiques sévères. Il fallait être technicien, car vous êtes de ceux qui aiment le beau travail. Combien de fois devions nous refaire des coupes avant d’oser vous les soumettre !

Mais passons au Maitre intellectuel. Vous êtes pour vos élèves un semeur d’idées. Des idées, vous en aviez de fécondes et nous allions vous en demander. Je ne veux ni compter, ni nommer tous ceux qui vous doivent l’idée de leur thèse. Je

n’oserais, car je serais incomplet. Vous vous donniez bien du mal et, pour mon compte, je n’oublierai jamais l’inquiétude qui m’envahissait quand je vous voyais ajuster votre lorgnon. C’était le prélude des grandes critiques. Vous avez formé en nous, vos élèves, ce qu’il y eut de meilleur comme technicien et comme esprit analytique. Ce n’est pas dire que nous n’apprenions pas à échafauder une synthèse, mais pour une synthèse d’une heure nous construisions des fondations de plusieurs mois.

Cette direction continuait quand on vous avait quitté. On revenait vous voir à l’Hôtel Dieu, à la Terrasse, enfin à Pasteur. Une coupe, un conseil, une idée, et, toujours accueillant, vous écoutiez, regardiez et après le geste immanquable du lorgnon, la critique commençait. Pendant la guerre, après votre retour du front, on vint beaucoup vous voir. Le petit escalier tournant de Pasteur en a fait souffler plus d’un qui vous entoure. On descendait parfois un peu désaxé, mais quelle belle leçon !

Maintenant vous voilà de l’Académie. Eh bien ! Croyez-moi, cela n’effraie pas vos élèves et nous n’irons pas interrompre vos savants entretiens de la rue Bonaparte. Nous continuerons à souffler dans le petit escalier de la rue Dutot. Car, si l’Académie en est l’occasion, c’est le patron que nous fêtons aujourd’hui et auquel nous apportons l’hommage d’une reconnaissance sans bornes, la plus grande des reconnaissances, la reconnaissance intellectuelle.

Vos élèves se groupent ici; se joignent à eux vos amis et cette triomphante Société de Biologie dont le nom éclate dans le monde entier comme l’étincelle de la pensée française, cette Société, ses filiales que vous avez organisées et que vous dirigez ; tous sont ici dans cette salle qui est un peu la vôtre pour vous dire merci.

Les remerciements ne vont pas à vous seul. Près de vous, les élèves, les amis, les biologistes n’oublient pas celle qui vous double, Mademoiselle Pettit. Son rôle est bien difficile à décrire, ce n’est pas celui d’une secrétaire, ce n’est pas non plus celui

d’une simple collaboratrice. Mademoiselle Pettit est une continuation de votre “ vous-même ” mais, je ne crois pas vous froisser, c’est un “ vous-même ” beaucoup plus aimable et plus souriant.

Personne ne l’oublie et, votre rêve, l’orgue Mustel en est un sonore témoin. Nous aurions voulu vous le remettre ici, les accès de la Société de Biologie sont trop tortueux. Il est monté plus facilement à Vanves, il vous attend là-bas.

Maintenant je m’acquitte d’un autre devoir bien agréable, celui de remercier notre trésorier, le jeune et actif éditeur qu’est M. Peyronnet. Il fut un financier remarquable et à cette époque de déficit, il fit de telle sorte que notre caisse dépassa nos espérances. Je remercie aussi la maison Mustel d’avoir consenti pour nous un prix de faveur en raison de votre haute personnalité scientifique. Je remercie tous ceux qui du monde entier ont répondu à notre appel. Mais j’outrepasse mes fonctions; mes fonctions furent celles de l’élève, je l’ai été, je le suis, je le reste avec tous ceux que vous avez formés et qui vous gardent une infinie reconnaissance.

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