L'AUBERGE DES MARINIERS
A FRANÇOIS COPPEt
De côté, derrière et devant, A la pluie, au soleil, au vent, L'auberge blanche : c'est la scène ; Juste à l'endroit où la forêt, Dévalant le coteau, paraît Venir se jeter dans la Seine.
C'est le jour! le coq a chanté :
Au bienfaisant matin d'été S'ouvre à deux battants ma fenêtre.
Je crois voir couler au travers Le fleuve plein de grands joncs verts, Frais de l'aube qui vient de naître.
LF.S BF.RGES.
Holà! ce sont les mariniers, Les plus hâtifs et les derniers, Au soleil ou sous les étoiles, Menant l'hiver, menant toujours, Debout, leurs trains mouillés et lourds, Sans rames, sans mâts et sans voiles.
Quand l'on voit ainsi l'eau couler, On peut boire, sans s'attabler, Un verre ou deux pour tant de peine.
Avant que le jour ait grandi, On aurait le cœur engourdi, Malgré le bourgeron de laine.
Donnez-leur un verre de vin.
— A grand labeur salaire vain; Le destin nous mène à sa guise.
Pour faire leur cerveau vermeil Qu'un peu de vin et de soleil Brille sur eux et les conduise!