A JULES
A in' si qu'un beau regard sied à de frais visages, Les étangs sont les yeux de nos blonds paysages. Ce qui fait leur couleur diverse, c'est le ciel; Dar.s la verte saison où la ronce a du miel, Devant cette eau si calme au creux du val laissée, On arrête à la fois sa marche et sa pensée. Leurs franges de roseaux ressemblent à des cils. Quand se sont-ils ouverts? quand se fermeront-ils? Qu'ils luisent! Que la main du paysan avide Ne sJme pas le blé dans leur orbite vide!
Il en esc, à deux pas, de si clairs, de si doux
Qu'Horace pour Tibur en eut été jaloux.
L'un est presque ignoré, mais l'autre a sur ses rives
LES HORIZONS AIMES. 8
Un joyeux cabaret sonore de convives.
Tous onc le bois charmant pour cadre, avec les fleurs.
Les bouleaux reflétés y plongent leurs pâleurs,
Et le ciel, à l'envers au fond de l'eau, se raie
Des grands joncs et des brins rouges de l'oseraie.
Le s 'leil, d'un pinceau magique, met du fard
Aux roses sans éclat du pâle nénuphar.
La menthe au goût poivré dans les bruyères fauves
Rit à la violette indécise des mauves;
Aux points plus froids, où l'œil devine le frisson
Des sources, se répand et flotte le cresson.
Au frais des hauts genêts les mousses sont blotties ;
Pour défense elles ont l'aiguille des orties,
Et saponaires, thyms, lavandes, bouillons-blancs,
Mêlent, bouquet léger, leurs calices tremblants.
Sur l'étang immobile ou que ride la brise
La poule d'eau peureuse et la sarcelle grise
Frôlent d'un pied palmé les anguilles d'argent.
Le martin-pêcheur vert luit et file en plongeant.
A cette eau sans courant, dont l'air plisse la moire,
Les merles, comme au long des ruisseaux, viennent boire.
Près d'un papillon ivre et de lumière épris
La libellule vibre aux flammes des iris.
L'eau se fronce au patin des grandes araignées ;
L'obscur fourmillement des bêtes dédaignées,
Des larves et des vers dont les autres ont faim.
Agite le secret du sable jaune et fin,
Et des joncs, où la vase a déposé ses rouilles,
Un bond part, et l'étang cliquette de grenouilles.
Le bleu regard de l'eau m'a charmé tout le jour. Quand le soir indécis vient du ciel à son tour, Tout s'efface; les voix se taisent une à une, Et, bien que l'étang brille encore au clair de lune. La couleur disparaît dans l'ombre avec le bruit : La vie expire ou dort aux lèvres de la nuit.
HT
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