‹ Au fil de l'eauChapitre 33 sur 38 · ROUGI VAL · texte numérisé non relu

ROUGI VAL

Dorai val, cirque de coteaux Où pose un léger ciel de France, Avec ton fleuve, tes bateaux.

Et le bain froid en espérance,

Que le jour soit gai, qu'il soit gris. Je t'aime, frais ou plein de flammes Car la campagne de Paris, Frêle et fine comme ses femmes.

A, selon l'heure et la saison, Des parures de fantaisie, Où chaque chose a sa raison D'avoir été mise et choisie :

Tel un sein à peine couvert Sous des frissons de mousselines ; Telle, en son cadre jaune et vert, La grâce exquise des collines.

Je t'ai découvert un matin; Il faisait bleu, limpide et rose; L'air était clair jusqu'au lointain; C'était la paix sur toute chose ;

C'étaient des vols de papillons, Les fleurs des mûres toutes blanches, Des coups d'ailes dans des rayons, L'odeur de l'eau mêlée aux branches..

Cette grande île de Croissy Est belle parmi les plus belles :

Les amoureux viennent ici Eparpiller leurs ribambelles.

Le dôme propice et charmant Des grandes verdures profondes

LES HORIZONS AIMES

Verse son ombre sagemenc

Sur les brunes et sur les blondes.

O les coteaux couleur d'été, Les parfums vagues de fritures.

Le ciel qui rit avec bonté, Et les petites créatures!

J E voudrais passer un été A Bougival à voir la Seine.

C'est un coin de terre enchanté, Non sans un peu de mise en scène.

Pour être libre jusqu'au bout Je me logerais à l'auberge; Et je ne ferais rieu du tout Que me promener sur la berge.

Je me réveillerais matin,

Presque en même temps que les poule.*

LES HO RI /OS S A l.M KS.

Laissanc s'agiter au loincain Les Grenouillères ec les foules.

J'irais du côté de Marly Qui vie des splendeurs anciennes; Rien au monde n'est plus joli Que les coteaux de Louveciennes;

Ou bien dans l'île de Croissy, Parmi les roseaux et les branches, Car elle est adorable aussi, Sauf l'invasion des dimanches.

Ce serait la saison d'aimer :

J'aimerais le soleil superbe.

Et je ne pourrais pas former

D'à itre vœu que d'être dans l'herbe.

Tranquille et sage, point jaloux D'une occupation plus digne, J'aurais un cœur naïf et doux.

Un cœur de pêcheur à la ligne.

Sous un hêtre ou sous un bouleau, Au bois OU près de la rivière, Je verrais la fuite de l'eau Ou la fiùte de la lumière :

Ec je reviendrais à Paris Libre d'esprit, brun de visage, Pour voir bleu quand il ferai: gris, En évoquanc ce paysage.

LES HORIZONS AIMES

Page 1