‹ Au fil des joursChapitre 7 sur 14 · LE BOIS · texte numérisé non relu

LE BOIS

Je t'apporte l'écho des montagnes prochaines Et la plainte des bois où j'ai dormi souvent, Caché, comme un oiseau, sous la feuille des chênes Et bercé par le souffle harmonieux du vent.

LA VIE IOI

Au printemps, j'écoutais la sève frémissante Monter au cœur joyeux des arbres rajeunis, Je m'éveillais au bruit de la feuille naissante, Au prélude léger de la chanson des nids.

L'été, quand les blancheurs de la lune sereine Eclairaient vaguement le bois silencieux, Je voyais les chevreuils venir à la fontaine Mouiller leur jambe fine en regardant les cieux.

A l'automne, c'était la chasse et ses murmures, Et les cris furieux de la meute, et la voix Des piqueurs, et le cor sonnant sous les ramures Le cruel hallali pour la bête aux abois.

L'hiver, quand le bois mort et les feuilles tombées Avaient rougi le sol et caché le chemin, Le hardi bûcheron, aux grandes enjambées, Entrait dans le taillis, sa cognée à la main;

Et j'entendais alors des chutes formidables, Car les arbres hautains, meurtris comme une chair, Au rythme cadencé des haches redoutables, Tombaient avec fracas sous le tranchant du fer;

Puis, quand leur lourde masse avait jonché la terre, Je regardais de loin, par les sentiers boueux, Venir, pour dépouiller la forêt solitaire, Les chariots pesants traînés par les grands bœufs;

Et quelquefois, le soir, une petite fille Glanait, portant sa hotte et chantant sa chanson, Le fagot qui devait à l'âtre de famille Faire le pauvre feu de la pauvre maison.

Voilà ce que j'ai vu, voilà ce que je chante, Rêveur, à ton foyer tranquille, et je voudrais Faire passer pour toi dans la bûche flambante L'écho de la montagne et l'âme des forêts.

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