LA FLAMME
Ce qu'un bois mort dit à ton âme, Songeur pensif et curieux, Moi, l'Esprit vivant de la flamme, Je saurai le dire à tes yeux.
LA VIE lu]
Comme lui, fils des bois sauvages, J'ai vécu dans les anciens âges, Et j'ai vu l'homme à peine né Me tirer par son industrie Du sein de l'écorce flétrie Où je dormais emprisonné.
Je suis bruyant comme la joie, Lumineux comme le soleil, Et, lorsque la bûche flamboie Dans le fond de l'âtre vermeil, Pour exciter la flamme vive, Je lui souffle mon âme active, Et je mêle au cri du sarment, Avec sa note aiguë et brève, Le craquement du bois qui crève, Et qui geint en se consumant.
Le foyer a des harmonies;
Et la flamme est pleine de voix
Où passe l'appel des génies
Du vent, de la lande et des bois.
Elles disent, ces voix légères,
Ce que racontent les grand'mères,
Le soir, en tournant leurs fuseaux, Les visions du clair de lune, Et les lueurs, dans la nuit brune, Du feu follet sur les roseaux.
Elles chantent, ces voix profondes, Tout ce que l'homme audacieux, Depuis la naissance des mondes, A trouvé de grand sous les cieux :
La locomotive qui passe, Coursier de fer, fendant l'espace, Sous l'éperon du noir chauffeur, Et, dans un blanc sillon d'écume, Le bateau haletant qui fume, Poussé par l'ardente vapeur.
Le bois n'est rien qu'une matière
Inerte et brute, et moi, le feu,
Je suis le fils de la lumière,
Et le souffle même de Dieu.
Aussi, quand pour charmer ta veille,
Attisant le feu qui sommeille,
Tu rêves aux temps d'autrefois,
Je fais luire dans ta mémoire Les jours lointains de ton histoire Et les clartés que tu me dois.