‹ Au foyer de mon presbytère [microforme]Chapitre 34 sur 66 · BADINAGE A L'EAU SUCRÉE, DÉDIÉ A E. M · texte numérisé non relu

BADINAGE A L'EAU SUCRÉE, DÉDIÉ A E. M

L faut, pour ces beaux jours, un ami de son choix : Mais ce charmant bijou n’est pas commun, parfois.

Il s’agit de choisir entre cent, entre mille... Allons, décidez-vous : voici le sombre Émile, Un blasé...—Gardons-nous de ce jeune rêveur, . Qui veut tout voir en noir à travers son humeur. Son œil presque toujours roule dans une larme : Il vit de gros soupirs : la tristesse le charme.

126 Au foyer de mon presbytère à

Toujours broyant du noir, des autres séparé,

Il se plaint à la lune et pose en inspiré.

Puisqu’à l'entendre il n’a d'amis ni de famille, Laissons le limaçon tout seul dans sa coquille. Eh ! chacun n’a-t-il pas son fardeau de chagrin ! Pourquoi de ses ennuis ennuyer le prochain ?

—Ainsi, vous n’aimez pas ce rêveur excentrique ?.., —Non.—Eh bien, voici Paul, un garçon très pratique, Dont le pied dédaigneux, sans l'ombre d’un transport, Foulerat dans les prés fleurs et papillons d’or.

Son cœur est fait d'écorce, et jamais rien n’y brûle : Ce cœur bat, mais un peu comme oscille un pendule Paul ne sait admirer la terre ni les cieux :

Paul, garçon de bon sens, ne se sert de ses yeux

Que pour parer la borne, éviter la clôture,

Ou compter les piquets, s’il voyage en voiture. Allons, Paul vous va-t-il ? Pas malin pour un sou... —Je ne veux pas de Paul ! c'est un ours, voilà tout ! —Mais véritablement, vous êtes difficile,

Et pour vous contenter je fouillerais la ville...

Un autre échantillon : ah ! voici les bons lots ! —Quoi donc ? Un bel esprit ! vrai moulin à bons mots! Ni Comme à coups de briquet l'on fait des étincelles, 4 Notre homme à coups de mots tire quelques parcelles, D'esprit ? non : de clinquant,—qu'il est seul à goûter : On fait du purgatoire en voulant l'écouter.

Nuit et jour il travaille, avec peine il façonne

Ses calembourgs qu’un peu de gros sel assaisonne. —Oh ! pour le coup, arrière ! arrière le railleur !

Lami qui plait en vacance 127

mn entamentenmnttnnttaemnrme tnt racontent

Comment ! un bel esprit sottement pointilleur ?

Un chevalet, plutôt ! c'est le genre commère :

Il n’est pas de tourment que je ne lui préfère !

Quand la scie est de fer, le scieur me déplaît,

Et je fuis l’'homme—guêpe à piquer toujours prêt. —Voici, pour en finir, un nouveau personnage.

—Ah ! ah ! un délicat : oh ! le charmant visage ! Catino craint la pluie, et le frais, et le vent, —

Un peu comme une élève au sortir du couvent.

Il se croit poitrinaire, et fuit jusqu’à la brume.

S'il en maigrit, au moins son docteur se remplume.

Ï1 abhorre encor plus les rayons du soleil,

Et pour garder son teint musqué, rose et vermeil, Catino, croyez-le, porterait la capine,

L'élégant parasol, le voile ou l’étamine.

—Mon cher, tu comprends bien qu'après pareil portrait, Catino l’élégant n'est pas du tout mon fait.

—Et moi, je suis à bout : halte, et cherche toi-même ! —Je ramasse le gant et résous le problême :

Pour me dilater l’âme et colorer mes jours,

En vacance voici l’ami que je souhaite :

Pour un pareil portrait ma plume n’est pas faite :

Ma plume, essaie au moins, essaie en quelques tours. — Aux femmes du canton laissant la médisance,

Cet ami, noble cœur, n’a ni fiel ni venin.

C’est un joyeux causeur, mais, d’après lui, je pense, L'amour de pointiller est un goût féminin.

C’est un esprit loyal, un noble caractère,

Artiste par instinct, sensible et très discret,

Simple avant tout, il rit, il cause sans apprêt.

11 lit Châteaubriand, Louis Veuillot, Lacordaire, Sur la mousse des bois comme à son cabinet,

Ni lui ni moi surtout ne fait métier d'écrire : Sous quelque vert érable, aimable pavillon Dont l'ombre inspiratrice agace le crayon,

Nous rimerons parfois quelque refrain pour rire, Parfois, nous chanterons le vol d'un papillon... C'est un ami dont l'âme intelligente, active, Interroge sans cesse et la terre et le ciel, —

Qui derhande ses lois à l'étoile pensive,

Qui demande à l'abeille où se cueille le miel. C'est un ami qui peut au bois passer une heure A regarder, au sein d'un humide rameau,

Le scarabée ourdir sa soyeuse demeure,

Le geai pour ses petits tresser un frais berceau. C'est un ami qui donne une âme à la nature, — À qui semblent sourire et l'aurore et les fleurs, — À qui semble parler le ruisseau qui murmure, — Si sensible, qu’il peut verser parfois des pleurs En écoutant la brise errer dans la ramure...

C'est un ami toujours gai, viril, et dispos,

& Qu'’enivrent la lecture, et la pêche, et la chasse, Que le chant d’un oiseau regaillardit, délasse, Et qui, sous le soleil, n’a peur que du repos. Faire le coup de feu sur les lacs, sur les grèves ; Après dix mois d'étude enfermé, soucieux, Libre comme l'oiseau voyager sous les cieux : En vacance pour lui voilà de jolis rêves.

pré fes fe h

l LL ji l :

L'ami qui plaît en vacance ennemie mm»

11 sait qu'à la montagne et loin de la cité, Se cueillent l'appétit, la joie, et la santé!

‘* De ces amis choisis, —m'objectez-vous sans doute, — Il en croît assez peu snus la céleste voûte $ En amis si parfaits tout sol n'est pas fécond ! ”

L J'étais à retourner l’autre vers sur l'enciume,

1 Lorsque soudain je vis accourir sous ma plume

À Le nom de cet ami : c'était celui ‘ d'Edmond !

pi gi

Page 1